15. janv., 2020

VANF ANTRANONKALA : Toute une littérature, la carte postale

 Carte postale : qui s’en souvient seulement encore ? Mais, comment connaître quand on n’en a jamais envoyée ni reçue...

 Dans les vieilles affaires de famille, j’en ai retrouvé qui ne portaient pas le timbre dont le cachet faisait foi. Des cartes postales mises sous enveloppe : sans doute, pour mieux les conserver ; à moins que ça n’ait été pour en soustraire le texte à la curiosité des facteurs du petit village qu’est notre société. D’autres encore restées vierges de toute inscription : «souvenirs». Telle cette représentation des «Ambassadeurs» (1533) de Holbein (1497-1543), avec sa fameuse anamorphose, que j’ai achetée pour me la garder.

 Il y a à peine un quart de siècle, on pouvait acheter des cartes postales UNESCO ou UNICEF, histoire de contribuer à la Culture ou de donner à l’enfance tout en souhaitant Bonne Année. Certes, le format carte postale n’autorise pas toute une littérature mais, bien avant le nombre maximal de signes sur Twitter et le statut «public» des posts sur Facebook, la nudité d’une carte postale incitait d’instinct à la pudeur.

 Il y avait la carte postale minimaliste : un texte au format timbre poste encore plus court que l’adresse sur la colonne en vis-à-vis. C’était l’ancêtre des SMS obligatoires, figures imposées, par principe et pour la forme : «Je quitte», «Bien arrivé». Heureusement, il y avait également des cartes postales plus disertes dont la bienveillance se devine dès le choix de l’image : même à fort tirage, elles n’étaient jamais anonymes. Il y avait aussi des cartes postales très inspirées dont le texte a vite fait de remplir l’espace dédié pour se continuer dans la marge, verticalement, en petits caractères, bien serrés.

 Mon texte n’aurait pas pu tenir dans le format A6 de la carte postale standard. Ah, la carte postale, toute une littérature ! 

 

 
 
 
 
 
 
 
 


 
 
 
 
13. janv., 2020

CHRONIQUE DE VANF : Chaos primordial avant Nouvel An

 

Hier, c’était lundi. Aujourd’hui, on est mardi. Demain, il sera mercredi. Jours ordinaires d’une banale semaine. Mais, nous avons décidé que ce serait le Nouvel An. 

 Nous pouvons raisonner de la sorte parce que nous avons inventé, et convenu, d’un calendrier intelligible et pratique à tous. Il y a 7 millions d’années seraient apparus les premiers ancêtres de notre lignée. Il y a 3,5 millions d’annés, la bidépie était attestée par des traces de pas découvertes en Tanzanie. Les dates d’apparition d’Homo habilis, Homo erectus, Homo georgicus, aussi anciennes soient-elles, ne sont jamais que des inventions de notre temps. 

 Les premiers Homo sapiens, apparus en Éthiopie il y a 200.000 ans, ne savent rien de notre calendrier actuel. Notre génération n’a pas consulté les fossiles et les momies dans l’élaboration du comput qui nous permet d’affirmer, avec tant de certitude mais à l’insu du plein gré posthume des principaux concernés, qu’ils sont apparus X, ont prospéré Y, avant de disparaître Z. 

 Rien qu’à Madagascar, nous n’arrivons déjà pas à nous mettre d’accord sur le calendrier du Nouvel An malgache : Suivre le Soleil? Se baser sur la Lune ? Épouser le cycle agricole ? Ce n’est pas tant la préoccupation du temps qui a passé, mais la susceptibilité de l’Année Zéro. Avant le janvier grégorien, il y avait l’alahamady zafiraminia lui même précédé par l’asara sanskrito-indonésien. 

 Il est symptomatique que les derniers arrivés aient systématiquement «formaté» le calendrier de leurs prédécesseurs. Énoncer une Année Zéro, pour faire table rase du passé de l’Autre. C’est bien par cette méthode que le «temps Vazimba» nous est parvenu aussi grotesquement, déjà méthodiquement déformé par l’histoire officielle de Ralambo (XVème siècle) et les légendes de la métallurgie ou de la viande de boeuf. C’est encore par cette méthode que les manuscrits malgaches du XIXème siècle sont si prolifiques en détails du jour le jour en oubliant de «dater» le temps long de la «maison Andriana» (comme on dirait «maison mérovingienne», «maison Hohenstaufen», «maison Tudor»). 

 L’ancien «Fandroana», observé jusqu’à la chute de la monarchie en 1895, comportait un épisode devenu objet de fantasmes. C’était la nuit de l’abolition codifiée des strates et des barrières sociales. Une simulation, qui devait être parodique, du chaos primordial. Avant de se souhaiter mille vies pour la nouvelle année. 

 

 
 
 
 
 
8. janv., 2020

VANF ANTRANONKALA : Image et réalité d’Antananarivo

 Il était différent ce jeudi 26 d’après Noël. Jour du marché hebdomadaire de Mahamasina, mais une légèreté imperceptible dans la circulation du côté de l’église Saint-Joseph et de Sainte-Famille. 

 Une fluidité dont on avait presque oublié qu’elle put exister entre 6 heures et 7 heures du matin. C’est tellement bon cette ambiance sans la pétarade des scooters, sans les klaxons énervés contre les taxibe, sans le boucan des boutiques qui pensent attirer le chaland à force de haut-parleurs, véritables répulsifs à mes oreilles sensibles. 

 Cette image d’Antananarivo avait pu être sa réalité. Un 26 décembre, entre 6 et 7 heures du matin. Une maigre foule loin des caricatures d’une mégapole obèse d’un double exode rural et provencial, une ville-pays étouffée et étouffante. 

 Cette image d’Antananarivo avait pu être sa réalité. Un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. À ce carrefour de Soarano, aujourd’hui tellement encombré de voitures coincées dans les embouteillages et de marchandises qui envahissent tous les trottoirs, il existait un paisible square où mon grand-père paternel rejoignait d’autres seniors jouer au Fanorona. On a biffé ce havre de paix pour le remplacer par cet hideux immeuble de la Mairie du Premier arrondissement.

 À Mahamasina, les vendeurs achèvent de monter lits et meubles. Un stand s’époumone à vanter ses babioles importées d’Égypte. Un bouchon s’installe doucement. Ici, il y a quarante ans, noces d’or de mes grands-parents maternels, l’église de «chez» le Père Razafindrasendra affichait sa belle façade originelle de 1864, pas encore abâtardie par ces guérites commerciales ni ces agrandissements qu’un permis d’esthétique aurait dû interdire. Cette image d’Antananarivo avait pu être sa réalité. 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
2. janv., 2020

Publication du numéro 18 du Billet des entreprises.

18 numéros. A raison d’un numéro tous les deux mois, le Billet des Entreprises à trois ans. A cette occasion, nous recevons le Directeur de la publication, Jean-Daniel Chaoui.  

Midi Madagascar (MM) : Monsieur Chaoui, bonjour et bon anniversaire pour ces trois années d’existence.

Jean-Daniel Chaoui (JDC) : Merci, c’est vrai que c’est une belle aventure que de créer un magazine et de l’installer dans le paysage des médias à Madagascar.

MM : Quelles sont les caractéristiques de votre magazine ?

JDC : c’est un magazine numérique gratuit  produit par une association que je préside, « Français du Monde Madagascar ». Il développe deux centres d’intérêts, l’entreprise et la citoyenneté sur le thème de la relation franco-malgache.

MM : quelle est son « architecture » ?

JDC : chaque numéro présente un dossier différent. Celui du numéro 18 est « Jouets et cadeaux », le précédent était « Beauté et bien-être ». Pour encadrer ce dossier, de nombreuses rubriques comme « Ma petite entreprise », « Start-up », « rencontre avec », rubrique High-tech… Nous avons toujours l’interview d’un invité et le mot du Président.  Une partie importante est constituée par quatre ensembles d’articles de presse sélectionnés par les journalistes du Billet des Entreprises.

MM : un dernier mot.

JDC : un grand merci à nos partenaires qui nous permettent de financer cette publication par leurs annonces. Vous pouvez vous procurez le Billet des entreprise  sur le site  billetdesentreprises-fdmm.fr   , consulter aussi la page Facebook @billetdesesntreprises  , adresse mail billetdesentreprise.fdmm@gmail.com  

23. déc., 2019

CHRONIQUE DE VANF :  Le noir dans tous ses états

Pierre Soulages au Louvre, de ce 11 décembre 2019 jusqu’au 9 mars 2020. Il est seulement le troisième peintre à y entrer de son vivant, après Pablo Picasso (en 1971) et Marc Chagall (en 1977). Si Pierre Soulages est exposé au Pompidou depuis 1967, il aura donc attendu ses cent ans (né le 24 décembre 1919) pour avoir l’honneur d’une consécration accordée à ses deux prédécesseurs l’année de leur quatre-vingt-dixième année. 

Sans doute le croit-on immortel, Pierre Soulages qui, avec son épouse Colette Llaurens, fêteront en 2020 les noces d’ébène d’un mariage qui tient depuis le 24 octobre 1942. 

Noces d’ébène, tableaux de Noir&Lumière, théorie de l’Outre-Noir. Quand on regarde un tableau de Soulages, il faut suivre le mode d’emploi : se reculer, bouger, envisager tous les angles. Et enfin, peut-être, avoir la chance de distinguer les nuances d’un noir qui n’est jamais obscur, un sombre brun plutôt que noir. Une invite au gris sur un contraste qui veut mettre en avant le fond blanc. 

Ma ligne de fuite risque d’être une grande évasion vers le bistre. Ce sépia, le brun violacé ou brun délavé des photos passées ou des lavis chinois. 

«L’oeuvre est chose, et non point signe», dit Pierre Soulages. De cette oeuvre, de cette chose, de ce silence, Maurice Merleau-Ponty écrivit : «l’oeuvre accomplie n’est donc pas celle qui existe en soi comme une chose, mais celle qui atteint son spectateur, l’invite à reprendre le geste qui l’a créée et, sautant les intermédiaires, sans autre guide qu’un mouvement de la ligne inventée, un tracé presque incorporel, à rejoindre le monde silencieux du peintre, désormais proféré et accessible». 

Noir, c’est noir ? Si dans la peinture chinoise, les «Quatre trésors du cabinet du lettré» comprennent obligatoirement le pinceau, l’encre, le papier, et la pierre à encre, «noire mais pas obscure», Pierre Soulages s’était déjà essayé au goudron «pour son épaisseur, sa viscosité, son noir profond». Sans concession. 

 Rejoindre le geste du peintre ? Dans la calligraphie chinoise, je craindrais ce «souffle de la vie, qui ne permet pas le repentir, laissant une empreinte définitive» : comment trouver, et maîtriser, la spontanéité de la forme-son et du caractère-image ?

Noir, n’est pas noir. Comme j’écrivais dans une chronique Antranonkala (2424.mg, 17.07.2019) : «Ny volo antitra fotsy. Ny volo tanora mainty. Ny volo tanora anefa maitso volo ihany koa. Ny mainty izany maitso. Indraindray koa ny manga milaza mainty : zazamanga, ohatra» (La chevelure blanche du vieillard. Les cheveux noirs de jais du jeune homme. Les Ntaolo disent cependant des jeunes qu’ils sont verts-des-cheveux. Le noir alors peut être vert. Alors quand le bleu se prend à désigner le Noir zazamanga...).

 Post-Scriptum. «Le cancre», Poème de Jacques Prévert, dans «Paroles».

 Il dit non avec la tête

Il dit non au professeur

Il est debout

On le questionne

Et tous les problèmes sont posés

Et il efface tout

Les chiffres et les mots

Les dates et les noms

Les phrases et les pièges

Et malgré les menaces du maître

Sous les huées des enfants prodiges

Avec les craies de toutes les couleurs 

Sur le tableau noir du malheur

Il dessine le visage du bonheur