19. févr., 2019

Chronique de Vanf : si l’urbanisme avait écouté la Culture

J’entends d’ici certaines maugréations : «Les gens sont malheureux, mais l’État préfère reconstruire le Rova». Normal que certains biaisent ainsi la démarche : depuis 60 ans de République, les Malgaches ont toujours cru que la Culture, ça ne se mange pas. 

 Et d’abord, il ne s’agit pas de reconstruire le Rova en volant de l’argent dans les caisses des allocations familiales, ni en pillant la CNAPS et ses pensions de retraite, ni à priver les ministères dédiés de leurs subventions sociales. L’État ne va pas habiller le Rova avec les frusques dont on aurait dépouillé la population. La reconstruction du Rova, tâche titanesque mais prestigieuse, attirera des mécènes qui n’ont cure de participer à des levées de fonds humanitaires. 

 D’ailleurs, les contributeurs les plus modestes furent nombreux à participer aux dépenses de la restauration de la silhouette du palais de Manjakamiadana. Preuve que les gens ne pratiquent pas uniquement la «politique du ventre». Et que la richesse du coeur ne se marchande pas : «fitia tsy mba hetra». Il ne s’agissait pas de revendiquer la propriété d’une seule des milliers de pierres taillées nécessaires à l’édification du monument, mais bien d’apporter sa part. En ce sens, les gens les plus modestes firent véritablement «sym-bole», apportant la part, aussi petite fût-elle, mais qui aurait cruellement manqué à l’autre moitié de l’ensemble. 

 Je contribue, donc je suis. Curieusement, on retrouva donc, à l’occasion de cette contribution volontaire, un lointain écho de l’antique coutume de la remise du «Hasina» sous forme de Vola-tsi-vaky», la dîme de la piastre entière non morcelée : renouvellement périodique de l’allégeance à la personne royale et à la protection de l’Andriana (en l’occurrence, le souverain ou le seigneur tompomenakely avec sa part d’autonomie féodale). Les maîtres d’ouvrage du Manjakamiadana XXIème siècle racontent comment des tailleurs de pierre se firent un point d’honneur d’acheminer à leurs frais les blocs nécessaires à la reconstruction de Manjakamiadana. Personne, jamais, ne l’apprendra. Mais, eux le sauront pour eux-mêmes, et c’est bien là, l’essentiel.

Autre récrimination très actuelle, s’il fallait que, «pour le symbole», quelque activité au Rova devait débuter en cette période : celle de ceux qui se feront les porte-paroles des très récentes victimes d’énièmes éboulements au bas d’Ampamarinana. 

 Les dates, on les a : 3 février 2019, 19 janvier 2019, 17 février 2018, 26 février 2015. Les statistiques, on les connaît : au moins, une trentaine de morts. Le bilan macabre risque encore de grimper si on ne se rend pas à la raison. Il ne fallait jamais autoriser toutes ces constructions à flanc d’une roche à pic. 

 Si l’urbanisme avait écouté la Culture, le Maire ou le Ministre auraient vu les photos qui prouvent que jusqu’au début de la colonisation, et donc de la fin de la période typiquement malgache, le «tany gasy» comme disaient les Anciens, personne n’était assez fou pour s’aventurer au bord de ce précipice ou suffisament dément pour se la jouer troglodyte à mi-pente ou en bas de la falaise. Et comme toujours, en pareil cas, les Anciens avaient pris la précaution de sanctionner d’un «fady» (tabou) ce qui n’était que prudence de bon sens. 

 Alors, reconstruire le Rova, oui, certainement. Parce qu’on a un besoin de Culture et que ce site historique, autour du tellement emblématique Manjakamiadana que ce palais en phagocyterait Besakana et les Fitomiandalana dans l’imaginaire collectif, en fournit un formidable condensé : un lien spirituel avec les anciens-maîtres-de-la-Terre ; un cordon organique pour ceux qui y comptent des ancêtres ensevelis ; une dimension historique majuscule dont notre susceptibilité actuelle témoigne plus que tout ; une matrice architecturale au fondement de notre «Trano Gasy» ; une lisibilité socio-spatiale collinaire avec vue panoramique sur une mer de rizières, à la fois douve inondable et grenier irrigué.

15. févr., 2019

Sih Rakout met en valeur la mode vintage et écologique

Chose promise, chose due ! L’année dernière Sih Rakouth a présenté sa toute première collection, et hier, elle vient d’ouvrir sa première boutique de prêt-à-porter à Ambatobe.

La mode des années 60, elle y est attachée et s’en inspire tout en gardant son statut d’artiste contemporaine engagée. Elle, c’est Sih Rakout, cette jeune styliste qui est en train de gravir les échelons pour faire de sa passion son gagne-pain. Sa bonne étoile et sa persévérance semblent lui réussir car hier, elle vient d’ouvrir la porte de sa toute première boutique à Ambatobe. Portant la griffe de Sih Rakout, cette maison entre incontestablement dans les incontournables des amoureuses de haute couture.

Nouvel antre. Dans un espace convivial, des livres sur les étagères, sur les murs sont accrochés des tableaux sans pour autant donner l’impression de surcharge dans la pièce. Au milieu de la salle, un Quatuor Squad donne le ton en jouant des airs plutôt calmes et procure une ambiance bonne enfant à l’évènement. Aux alentours, ses œuvres habillent des mannequins et attirent les yeux avides des grands passionnés de modes venus nombreux dans ce nouvel antre de Sih Rakout. Des pièces uniques qui nous rappellent ces robes volantes des hippies mais avec une touche d’élégance qu’elle met en point d’honneur, grâce à l’inclinaison des « lamba » malgaches.

Elégance. Des robes aux couleurs d’été, attirant soleil, relatant la bonne humeur et gratifiant de cette joie de vivre, faites pour ces dames qui aiment croquer la vie à pleine dent sans pour autant verser dans le vulgaire ni l’excentrisme. Digne des tapis rouges et des grandes occasions, ses créations se démarquent par la conjugaison parfaite des matières et des couleurs. Car si elle est modeuse avant tout, elle est une artiste engagée dans la protection de l’environnement. La styliste laisse vaquer son imagination entre lin, soie sauvage, du marron, du beige, de la moutarde… tout ce qui nous rappelle la générosité de la nature. Effectivement, une partie sort de sa collection « Ala » qu’elle a présentée au grand public l’année dernière.

Midi Madagascar

Le 04/02/19

Zo Toniaina

14. févr., 2019

La haute ville au centre des priorités

Hier la ministre de la Communication et de la Culture a reçu la Commission nationale malgache pour l’Unesco. Les actions pour la valorisation des patrimoines nationaux ont été rediscutées.

Agir pour la postérité, mais surtout pour la préservation de ces patrimoines qui témoignent de la richesse de notre culture ainsi que de notre histoire. Tel est le leitmotiv que le ministère de la Communication et de la Culture scande actuellement pour fédérer tous les acteurs sociaux et culturels. Une action collective pour mieux perpétuer cet héritage à la fois culturel et historique, c’est ce que la ministre Lalatiana Andriantongarivo Rakotondrazafy a prôné essentiellement, lors de sa rencontre avec les représentants de la Commission nationale malgache pour l’Unesco, hier. Lors de cette rencontre, il a ainsi été décidé que la Haute ville d’Antananarivo, réputée pour ses sites et lieux emblématiques, sera particulièrement privilégiée par ce projet.

Plusieurs travaux de rénovation mais aussi d’aménagement seront ainsi entrepris sur la Haute ville concernant ces patrimoines. « On mettra un point d’honneur à redonner ses lettres de noblesse à ces lieux historiques, de sorte que l’on puisse retrouver la beauté de la ville d’Antananarivo d’antan, notamment à travers la valorisation de cette architecture propre à la capitale », confie Lalatiana Andriantongarivo Rakotondrazafy.

La beauté de la ville

C’est tout un programme que la ministère de la Communication et de la Culture affiche pour améliorer la protection des patrimoines malgaches. « Avec le soutien de l’Unesco et de sa commission nationale, les actions entreprises pour la valorisation de nos patrimoines seront renforcées. D’autant plus que cette collaboration contribuera aussi à la mise en œuvre d’une politique nationale exclusive à la promotion de la culture, de l’art et du patrimoine malgaches », ajoute la ministre. Optant pour la continuité, la ministère de la Communication et de la Culture continue de répertorier les patrimoines matériels et immatériels à l’échelle nationale, à travers les vingt-deux régions. Lalatiana Andriantongarivo Rakoton­drazafy a également reçu le Consul honoraire d’Italie, le docteur Michèle Franchi, pour discuter des divers échanges culturels et interculturels qui peuvent se faire entre nos deux pays. « Notre pays est plus que réputé pour la splendeur de son environnement naturel, que pour la beauté de ses vestiges patrila la beauté de ses vestiges matrimoniales. Qu’ils soient matériels ou immatériels, ces patrimoines doivent être entretenus et protégés à bon escient. Ainsi, on met désormais un point d’honneur à appliquer un projet de valorisation pérenne pour nos patrimoines », souligne la ministre de la Communication et de la Culture.

L'Express de Madagascar

Le 06/02/19

Andry Patrick Rakotondrazaka

12. févr., 2019

Patrimoine culturel : l’Unesco épaule le ministère de la culture

Les Nouvelles

Le 27/12/18

Joachim Michael

11. févr., 2019

Chronique de Vanf : tout de suite, soixante ans plus tard

Sur Facebook, il existe de nombreux groupes qui partagent des photos anciennes. Photos anciennes de l’Antananarivo d’antan, quand la Ville n’était pas encore saturée de trop d’exode rural, de trop de taxibe, et que les infrastructures ne s’affaissaient pas encore sur elles-mêmes, de tant de sollicitations quotidiennes, permanentes. Photos historiques, dont l’administration coloniale, même dans la cruauté gallienienne à désacraliser les Fitomiandalana d’Ambohimanga et d’Antananarivo, a pris la précaution dans une démarche salutaire de mémoire.

Ces évocations du passé rencontrent régulièrement une large, et passionnée, audience. Nous serions donc viscéralement nostalgiques des «immuables témoins de notre âge aboli» (Jean-Joseph Rabearivelo).

Mais, justement, il ne faut plus s’en remettre à cet «âge aboli». Rova, belle architecture, objets antiques, beaux livres, archives historiques : le patrimoine existe. Il nous faut le conserver, le restaurer, l’entretenir. Déjà, sachons l’aimer et en profiter tant qu’il existe et que nous sommes de ce monde.

Un monument historique n’est pas une nature morte. Il faut l’ouvrir aux visiteurs, à même d’en parler autour d’eux, provoquer la curiosité, susciter l’engouement. Un monument historique, tout enraciné dans son passé, est témoignage au présent et assure le trait-d’union avec le futur.

Pourtant figé dans ses pierres, le monument historique nous étonne par sa flexibilité aux besoins de notre temps. Parce qu’il est oeuvre humaine. Les besoins humains sont, en quelque sorte, inscrits dans ses gênes. Un ascenseur dans Manjakamiadana ? Indispensable si le projet muséologique veut répondre aux normes internationales. Les bibliothèques ? À toutes les époques, au prétexte d’un conflit politique ou religieux, sinon les deux, les livres furent les victimes faciles de tous les tyrans et despotes qui eurent peur de trop en savoir.

Alors, oui, il y a les monuments historiques, qui frappent d’emblée l’imagination. Progressivement, l’opinion a appris à se sensibiliser aux patrimoines les plus remarquables. Mais, seuls les passionnés s’en font pour les musées, les archives, les vestiges archéologiques.

Qui se souvient de ce 24 juin 1999, quand une poutre de 700 kg avait été symboliquement acheminée à Anatirova, pour la reconstruction des cases royales de Besakana et de Mahitsielafanjaka. Qui sait que toute reconstruction devrait laisser libre cours à une étude archéologique et historique du site ? Posons-nous les questions, dès maintenant, tout de suite, soixante ans après.