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9. déc., 2019

Journal de la Réunion

L’aventure malgache d’Air Austral

Manuel Marchal / 6 novembre 2019

En devenant le partenaire stratégique d’Air Madagascar, Air Austral a fait plus que coup double. Air Austral a pris le contrôle opérationnel de la compagnie nationale malgache. Ainsi, Air Austral, avec sa filiale Ewa Air, s’est assurée le monopole de la desserte de Madagascar depuis La Réunion ou Mayotte. Faute de concurrence, il n’est pas rare de voir en classe éco le prix des billets entre La Réunion et Madagascar couter plus cher que pour aller en France. L’ancien gouvernement malgache avait fait place nette à la concurrence, empêchant Corsair de desservir Madagascar depuis La Réunion avec des tarifs nettement moins élevés.

Dans un article paru le 30 octobre dernier, notre confrère l’Express de Madagascar revient sur des zones d’ombres de l’aventure malgache d’Air Austral. Tout d’abord, comment expliquer que cela soit la compagnie réunionnaise qui ait été préférée à Ethiopian Airlines, compagnie d’un pays de 80 millions d’habitants, pour devenir actionnaire à 49 % d’Air Madagascar ? « Des indiscrétions avancent qu’Air Austral n’etait pas soumissionnaire mais aurait été sollicitée par le régime Rajaonarimampianina. C’est d’autant plus surprenant quand on découvre, en 2017, que la Cnaps est devenue actionnaire d’Air Austral à hauteur de 11% pour un montant de 15 millions de dollars. Soit la même somme qu’Air Austral a versé à titre d’apport ». La CNAPS est la caisse nationale de prévoyance, c’est comme si la Sécurité sociale était actionnaire d’une compagnie aérienne non-française, ce qui est pour le moins surprenant.

Mais depuis l’accord entre Air Austral et le gouvernement malgache, la donne a changé à la suite de l’élection présidentielle. Le gouvernement compte déployer une autre stratégie pour développer Air Madagascar. Des avions supplémentaires seraient en projet. En conséquence, il souhaite augmenter le capital. Là encore, Ethiopian est sur les rangs pour y participer, tandis qu’Air Austral ne veut pas suivre. L’Express rappelle que pour réunir la somme nécessaire à l’entrée dans le capital d’Air Madagascar, 40 millions de dollars, la compagnie réunionnaise s’est endettée : « Les fonds ont été apportés par une de nos filiales et par des prêts bancaires » avait indiqué Marie Joseph Malé à l’époque.
Là où l’aventure se complique encore plus, c’est lorsque l’Express indique que « Air Austral devenue actionnaire à 49% devait encore apporter 35 millions de dollars. Elle a donné 15 millions de dollars. Air Madagascar a des difficultés financières aujourd’hui et a besoin d’argent pour tourner. Or, son partenaire stratégique rechigne à régler le solde tout en voulant rester partenaire d’Air Madagascar ». Et selon l’Express, c’est Air Austral qui reproche au gouvernement malgache de lui faire perdre de l’argent en autorisant Ethiopian à augmenter ces fréquences. Rappelons aussi que des compagnies du Golfe sont sur les rangs pour desservir Madagascar. Ceci permettrait d’augmenter le nombre de touristes, source importante de devises.
Et l’Express de préciser que « des solutions ont été imaginées dont la dilution des actions d’Air Austral à 10%. Ce qui permettra à Air Madagascar d’alléger sa structure plombée aujourd’hui par cinq DG adjoints ».

Cela signifierait qu’avec 10 % des actions, et en plus un différend sur leur règlement, il semblerait bien difficile qu’Air Austral garde la direction d’Air Madagascar. Cela permettrait alors le retour d’avions aux couleurs d’Air Madagascar à La Réunion, et l’ouverture possible d’alternatives pour voyager dans le monde avec le Hub d’Air Madagascar à Ivato.
Au final, si l’État malgache réussit l’augmentation de capital escomptée, Air Austral se sera endettée pour être réduite au rang de spectateur de la gestion d’Air Madagascar. Cette hypothèse est sans doute loin du but initial, mais les initiateurs de cette aventure ont semble-t-il sous-estimés le contexte particulier de Madagascar. Autrement dit, la compagnie réunionnaise se serait alors bien faite avoir dans cette histoire. Mais n’était-ce pas couru d’avance ?

M.M.

 

 

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Bientôt une nouvelle route praticable. Les usagers de la RN5A reliant les Districts d’Ambilobe et Vohémar peuvent déjà se réjouir. La signature de l’accord cadre sur le projet de réhabilitation de cet axe s’est effectuée, hier, entre l’Etat malagasy représenté par le ministre des  Affaires étrangères, Naina Andriantsitohaina et la Chine représentée par le chargé d’Affaires de son Ambassade à Madagascar, Chen Xiolei. Une cérémonie solennelle, en présence du Président de la République Andry Rajoelina, au palais d’Etat d’Iavoloha. Après cette signature, la somme d’une valeur de 150 millions de dollars dédiée à cette réhabilitation sera débloquée la semaine prochaine. L’ouvrage qui s’étendra sur plus de 150 km devra débuter la semaine prochaine également.  Il y a près d’un mois, le Chef de l’Etat a effectué une descente dans la Commune de Betsiaka, District d’Ambilobe et a pu constater de visu le piteux état de la route. C’est ainsi qu’il a pris la résolution de faire de la réhabilitation de cet axe l’une de ses priorités, étant donné les nombreuses doléances de la population.

Des vrais travaux

Cette réhabilitation est qualifiée de « travaux du siècle » par le chargé d’Affaires chinois. Une société chinoise déjà présente dans la Grande île depuis plusieurs années est responsable de l’exécution des travaux. Le Chef de l’Etat a été invité spécialement par l’Ambassade de Chine pour la cérémonie de remise de l’enveloppe dédiée à ces travaux de réhabilitation. « Je ressens les difficultés auxquelles font face les habitants de la Diana et de la Sava. Des régions dotées de nombreuses richesses notamment les ressources minières et les produits d’exportation comme la vanille, le girofle ou le cacao mais qui se heurtent au mauvais état des routes », a déclaré le Président Andry Rajoelina. Il n’a pas manqué de rappeler les promesses de ses prédécesseurs qui ont tous déclaré leur intention de réhabiliter cet axe mais en vain. Cela inclut le régime sortant qui avait même fait un semblant de pose de la première pierre pour la construction de cette voie mais qui n’a pas abouti. Au final, ce sera donc le nouveau Président, du haut de ses 80 jours à la tête du pays, qui pourra finalement mettre fin au calvaire des usagers de cette route. Après de nombreuses années d’illusion, les « vrais travaux » vont donc bel et bien commencer. Une nouvelle réalisation qui confirme la devise « Asa fa tsy kabary » (l’action au lieu de la parole) que le Chef de l’Etat fait désormais sien!

La Rédaction