2. févr., 2018

Venez donc à l’Assemblée nationale. Rendez-vous donc dans un de ces motels que squattent les politiciens de tous bords politiques et de toutes provenances ethniques. Vous n’y trouverez pas le peuple qui murmure. Le député de la Sofia parle plus fort que le parlementaire d’Imerina : il en est ainsi de certains dialectes, de certaines prédispositions, de certains tempéraments, qui ne prédisposent pas aux chuchotements.

Les Français, par exemple, parlent fort. C’est ainsi qu’ils ont hérité de ce surnom bien malgache de «tsotsoka», le persifleur. Et ça râle, et ça gueule, et ça proteste pour tout et n’importe quoi. L’autre jour, j’étais attablé dans un restaurant quand les échos de la conversation d’à côté m’amusèrent au plus haut point. Il devait s’agir de touristes ou de missionnaires de l’éducation nationale française, mandés en évaluation auprès des écoles AEFE. Sans vouloir les écouter, je ne pus que les entendre : les Français parlent haut.

Extraits significatifs : «C’est un peuple qui murmure», «On ne les entend pas du tout», «Ils ne râlent jamais». C’est vrai pourtant qu’il y aurait de quoi râler : l’Ariary qui perd 500 points sur la seule année 2017 ; les nids-de-poule qui sont autant de poignées de secondes dans l’éternité des embouteillages ; le sans-gêne-abus-d’autorité de tous ces officiels qui court-circuitent ces mêmes embouteillages plutôt que d’avoir la décence de partir dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne ; les coupures intempestives de la JIRAMA en soirée Ligue des Champions, alors que le Bayern corrige le Barça ; le poids du barda des écoles, AEFE justement, à croire que le gamin de dix ans s’entraîne déjà pour un parcours de la Légion étrangère...

De tout ça, aucun écho direct. C’est un peuple taiseux. Les diffamations anonymes sur les radios privées ne font pas le caractère d’un peuple. Les coups de gueule sur Facebook s’écrivent, se postent et se lisent en silence. On n’élève pas facilement la voix chez nous autres qui n’avons pas les rixes en place publique («ady saritaka an-tsena») dans l’éducation, ni dans le tempérament...

Dans «L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux», le gars de l’Ouest américain me semblait bourru. Pas trop causeur. Plus maladroit avec les mots à l’intention de la femme désirée que ceux à l’adresse du mustang à dompter. Que devait-il bien chuchoter à ce cheval qui n’a jamais l’homme : «Aie confiance», «Tout doux, tout doux», «Laisse-toi faire»... Ces mots-là étaient pour ainsi dire «tsi-ambara-telo», un vrai secret à deux...

Dans mon enfance, j’accompagnais ma grand-mère faire le «tsena», soit d’Analakely, soit d’Andravoahangy. Maintenant que j’y pense, il me revient qu’on n’entendait personne crier. Les maraîchères étaient souvent bien trop occupées à quelque dernière retouche pour s’égosiller à rameuter le chaland. La seule «animation» était celle des hauts-parleurs du marché qui diffusaient les émissions de la Radio nationale : précisons que la radio de cette époque n’était pas l’hystérie de certaines émissions actuelles. Ce n’est que bien plus tard, c’est-à-dire de nos jours, que l’on ne s’entend plus parler : et ce sont les «aide-sôfera» malpolis aux arrêts de taxibe ou les «mpanera» intrusifs des stations de taxi-brousse ; et ce sont les Di-Jéi improvisés des vendeurs de camelote accoustique qui mettent le volume à fond ; et ce sont les sectes qui hurlent leur ferveur envers une divinité apparemment sourde aux multiples suppliques...

Rien de tout cela, voilà quarante ans. Dans mon enfance, la messe des églises catholiques n’était pas cette kermesse folklorique ! L’organiste tapait sur des touches lourdes sans les effets électroniques des synthé modernes. On se tenait bien, dans les églises de mon enfance : chez les Jésuites de Faravohitra Saint Jean-Baptiste, à la Grande Chapelle du Collège Saint-Michel, à Saint-Joseph Mahamasina «chez» Émmanuel Razafindrasendra... Les presbytériens calvinistes du FJKM, les luthériens du FLM, les anglicans EEM, ces autres composantes du FFKM, ont su garder la quintessence du calme, propice au recueillement, que les catholiques «inculturés» ont jetée. Personne n’aurait idée de hurler à proximité d’une tombe vazimba, ni d’un Fitomiandalana (les sept-tombes-alignées) et, pour ma part, dans un Rova, qui est d’abord et surtout nécropole royale, j’ôte systématiquement mon couvre-chef sans plus de manifestation de respect que le silence.

Alors, oui, ce peuple qui murmure, c’est le mien. Nous passons, pour ainsi dire, entre les décibels. Quand 72 serait la norme du trouble de voisinage, mon autre peuple de Cachan, en région parisienne, sait de prédisposition naturelle, veiller à ne pas dépasser les 69. Même là-bas, à 10.000 kilomètres, nous savons nous faire oublier : partout, nous savons faire comme chez nous ; jamais, nous n’oublions être chez autrui.

Le peuple qui murmure... Des gens qui chuchotent volontiers...Un quant-à-soi endogame propice aux confidences collatérales ou aux dernières recommandations grand-paternelles plus verticales : «fa mahatsara ny lehilahy ny ranombary mena»...

 

30. janv., 2018

Chronique de Vanf : Tana by Night, de jour

«La nuit des idées» : «C’est à croire que les nuits sont plus belles que nos jours. Qu’elles sont propices aux pensées chuchotées, aux manifestes proclamés, aux savants apartés. Que les noctures favorisent les dialogues impromptus, les sages exposés ou les idées déjantées. Et que le public averti aime déambuler dans les palais dorés ou les friches aménagées, les librairies ou les musées»...Ce texte évocateur figurait dans Le Monde du 25 janvier 2018, en prélude à la «Nuit des Idées».

Nombre d’évènements festifs nocturnes, d’invention parisienne, rythment désormais l’agenda de plusieurs autres villes, françaises, européennes, malgache... La «Fête de la Musique», officialisée par le ministre français Jack Lang en 1982, est l’occasion de concerts gratuits en plein air, le jour du solstice d’été, c’est-à-dire de la nuit la plus courte (en France, en Europe et dans l’hémisphère Nord, mais pas à Madagascar) ; durant la «Nuit Blanche», que la Ville de Paris organise le premier samedi d’octobre depuis 2002, des milliers de visiteurs déambulent librement dans les rues, allant d’une manifestation culturelle gratuite à une exposition en entrée tout aussi libre ; ou encore la «Nuit des Musées», créée par le Ministère français de la Culture en 2005, que, malheureusement, il serait problématique de dupliquer dans un pays n’ayant pas de musée : ah, si les anciens cinémas Rex, Ritz, Roxy, Rio, Ako, n’étaient pas devenus des églises, plutôt que des bibliothèques, des musées...des cinémas.

Paris, la «Ville-Lumière», elle, ne craint pas la nuit ! Ce qui n’est pas le cas d’Antananarivo. La dernière édition de la «Nuit des idées», reprise d’une idée lancée par l’Institut Français, s’était partagée entre l’Institut Français de Madagascar («Dessine-moi une Ville») et l’Alliance Française d’Antananarivo («Repenser notre Ville») : mais, sur les deux sites, «l’imagination au pouvoir» a axé ses utopies bien réelles sur l’urbanisme tananarivien : un «urbanisme tenant compte de son histoire, de ses caractéristiques, du souhait et des besoins de ses habitants».

Nous avons clairement mal à notre ville, Antananarivo. Une malédiction capitale. Si Antananarivo n’avait pas été la Capitale, jamais le Rova d’Antananarivo n’aurait été incendié en 1995, ni le palais d’Andafiavaratra brûlé, en 1976 : chaque fois pour de basses manoeuvres politiciennes. Ni la plaine du Betsimitatatra ou les eaux de Laniera remblayées inconsidérément par des promoteurs immobiliers qui résidentialisent à outrance Antananarivo la rendant chaque fois un peu moins habitable. Ni la démographie devenue aussi galopante et exponentielle pour une Ville qui devait rester symbole, littérallement, la-ville-aux-mille-villages/la-ville-au-milieu. Ni des clivages de type ghetto (les deux quartiers des «67 hectares» et de la Cité Ambohipo, cette dernière phagocytée par une cité universitaire devenue hors de contrôle et qui n’a plus d’universitaire que le nom) menacer un développement qui aurait pu continuer de courir sur une erre plus tranquille, à lui propre, pour ainsi dire plus naturelle.

Cette «malédiciton capitale» de l’Antananarivo historique empiète désormais sur le Grand Tana proprement des douze collines. Voilà une vingtaine d’années, un conflit avait opposé le Ministère de l’Aménagement avec les natifs du clan Andriandranando, à propos du lotissement immobilier sur la colline-nécropole d’Ambohimailala. Actuellement, et les annonces dans les journaux, sinon les récriminations qui remontent des «tanindrazana», en font foi, les projets immobiliers périphériques (Alasora, Imerimanjaka, Ambohidratrimo, Ilafy, Rangaina, Soavina, Fenoarivo, etc.) vantent tous la désormais proximité automobile avec le centre d’Antananarivo : une durée à vol d’oiseau qui ne tient nullement compte de la circulation au pas dans les interminables embouteillages...

Embouteillages de jour, désert la nuit... À Bruxelles (Belgique), «Designer le futur» avait commencé à 18 heures 45 ; à Malaga (Espagne), «Kaliopolis vs. Utopia» à 18 h 30 ; à Milan (Italie), «Inventer la Ville», 20 h 30 ; à Alexandrie (Égypte), «L’imagination et la radicalisation», à 19 h ; à Addis-Abeba (Éthiopie), «Addis 2100», à 18 h 30 ; à Mexico (Mexique), «Mondes imaginaires», 20 h 30 ; à Jakarta (Indonésie), «L’imagination au pouvoir et pouvoir de l’imagination», à 19 h... Même à Port-Louis (île Maurice), «La Créativité au coeur de la société» était programmée à 19 heures !

À Antananarivo, on s’était dépêché de tenir les conférences et les expositions tant qu'il faisait jour. L’utopie, d’accord, mais la réalité est encore à l’absence d’éclairage public. C’est très simple : Antananarivo by night ne brille que par la devanture des restaurants ou l’enseigne des stations-service 24/24 ! Cette contradiction entre «Nuit», qui se tient de «Jour», illustre la réalité kafkaïenne de notre Ville. Dessine-moi un black-out...

 

29. janv., 2018

Mananjary : deux casseurs de caveaux assassinés

Pris en possession de trois sacs tissés,  pleins à ras bord d’ossements humains, deux individus ont été tabassés à mort. 

Une onde de choc s’est abattue sur Sahandroy Mananjary. Pris en possession d’ossements humains, deux individus ont été lynchés à mort jeudi après-midi.
L’étau s’est resserré autour des deux individus battus  à mort lorsque le comité local de sécurité du village de Sahanavaka, ainsi que les notables ont été mis au parfum que le duo cherchait des preneurs d’ossements humains.
Pour les prendre dans leurs filets, deux membres du comité de vigilance se sont fait passer pour des acheteurs potentiels. Le rendez-vous pour la transaction a été alors fixé dans la nuit de mercredi à jeudi à 2 heures du matin. N’ayant pas flairé le piège, les deux suspects y ont répondu présents. Ils sont venus avec trois sacs de polyéthylène tissé,  pleins d’os longs à craquer.
Les  deux membres du comité local de sécurité qui se sont fait passer pour des clients ont annoncé la couleur sitôt la marchandise prohibée présentée. En un éclair, d’autres villageois sont venus  à la rescousse pour se saisir des deux présumés pilleurs de sépulture.

Enquête
D’emblée, ces derniers ont été amenés au chef lieu de commune de Sahandroy, situé à environ 80 km du chef-lieu de district de Mananjary.
Alors que les deux individus ont été traduits devant le conseil des sages, jeudi après-midi, pour répondre de leur acte, des habitants d’une localité, située dans une zone tampon avec Manakara et dont le caveau familial a été pillé il y a un mois, ont débarqué.
Venus avec une vingtaine de paires de bras, ces villageois en furie se sont déchainés jusqu’à ce que mort s’ensuive  sur les deux jeunes hommes, démasqués en pleine transaction.
Ils ont quitté les lieux, mine de rien, après en avoir fini avec les deux individus, pour refaire la longue marche jusqu’à leur village à Manakara. Les deux suspects battus à mort sont des environs. Après le double meurtre, leurs familles respectives sont venues récupérer leurs dépouilles pour les funérailles.
La compagnie territoriale de la gendarmerie nationale à Mananjary n’a été alertée que dans la soirée, vers 20 heures. Les corps maculés de sang des défunts  attendaient les gendarmes lorsqu’ils sont intervenus.
«Il ne s’agit pas d’acte de vindicte populaire. On a affaire à des coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort, dont les auteurs sont connus. L’enquête est en cours», lance le commandant de la compagnie territoriale de la gendarmerie nationale à Mananjary.

L'Express de Madagascar

Lundi 06 Novembre 2017

Andry Manase

25. janv., 2018

Action internationale des collectivités territoriales franco-malagasy

Dans le cadre de la relation bilatérale France- Madagascar, les deuxièmes Assises de l’action internationale des collectivités territoriales franco-malagasy seront organisées à Antananarivo le 5,6 et 7 Mars 2018 au sein de l’Hôtel Carlton Anosy. Cette rencontre permettra de faire le point sur les réalisations passées et également de dessiner les prospectives sur les coopérations décentralisées à venir. Le partage des expériences et la capitalisation des compétences seront au cœur de ces assises.

L’organisation de cette rencontre se fera sous l’égide du Ministère de l’intérieur et de la Décentralisation, du Ministère des Affaires Etrangères et de l’Ambassade de France. Les élus, malagasy ou français, ainsi que des groupements d’élus seront partis prenantes dans l’organisation ; ainsi que d’autres entités économiques, universitaires et sociales.

19. janv., 2018

Chronique de Vanf : lâcher prise

La «Grande Muette» devrait rester, justement, muette. Il est bon que les chefs militaires rétablissent les fondamentaux de «discipline» et de «hiérarchie», mais inutile d’en faire la publicité. C’est par des actes, en interne, que le problème doit se régler, pas en conférence de presse. Que les accents martiaux tonnent, mais en rassemblement, pas à la Une des journaux. Qu’une armée respecte le principe hiérarchique et fonctionne à la discipline, rien que de parfaitement normal, alors pourquoi en faire un gros titre. Le soleil se lève à l’Est : qui s’en soucierait au quotidien, ce n’est même pas un marronnier journalistique.  

 Les militaires malgaches, par la faute d’une poignée de minables, n’ont que trop fait parler d’eux. La démarche de normalité de l’armée malgache doit d’abord être une attitude de banalité. Qu’on n’entende plus les généraux se mêler de politique (ou d’économie) et qu’on n’entende plus murmurer dans les rangs. 

 En France, des généraux s’étaient exprimés sous le nom de plume «Surcouf». Pour critiquer le «Livre Blanc sur la défense et la sécurité nationale». Cinq ans plus tard, en 2013, des capitaines et lieutenants, réunis sous le nom de «collectif Marc Bloch», devaient dénoncer «le déclin militaire de la France» en regrettant sa perte de capacité opérationnelle. En Grande-Bretagne, c’est en 2010 que cinq amiraux à la retraite (Lord West, Sir Julian Oswald, Sir Jeremy Blackham, John McAnally, Julian Thompson) choisirent de critiquer la réduction du format de la Royal Navy, comparant la situation à la perte de Singapour face aux Japonais, en 1942. Chaque fois, ces militaires, français (réfugiés dans l’anonymat) ou britanniques, s’exprimant en leur nom et non en celui de l’institution, n’ont abordé que le sujet militaire : leur domaine de moindre ignorance. 

 Que des militaires malgaches évoquent la réforme de l’académie militaire, un nécessaire déploiement maritime ou la reconstitution d’une armée de l’air, ne ferait pas scandale. Mais, on ne souhaite plus que l’armée s’immisce dans la politique. La mutinerie d’un régiment, en 2009, avait entraîné Madagascar dans la pire catastrophe de son histoire républicaine. 

 Quand les chefs militaires prennent la parole, qu’ils soient conscients d’abord de ce traumatisme dans l’opinion. Dans un pays à la culture politique encore balbutiante, il leur faut ne pas oublier le poids de leurs étoiles et l’instrumentalisation qu’on peut faire de chacun de leurs mots. En 1972, la classe politique malgache était encore plus embryonnaire qu’actuellement. Et il avait semblé presque naturel qu’un régime aux abois fasse appel à la seule structure organisée de l’époque : l’armée. La politisation de l’armée, qui allait s’ensuivre, la perte des repères, l’embrouillamini des valeurs, ont culminé dans le putsch de 2009. Nous voilà en 2018 : il faut aux généraux la sagesse de renoncer à peser. En psychologie, à moins que ce ne fût une vieille sagesse bouddhiste, il faut savoir lâcher prise.