8. avr., 2019

Universités

Chronique de Vanf : leur thèse en 180 secondes

Rat de la BU (bibliothèque universitaire) pendant quatre ans, chaque visite à l’Université d’Antananarivo me devient pèlerinage. Ces derniers temps, c’est pourtant comme se rendre au chevet d’un vieil ami souffrant : je regarde tristement l’eau glauque des bassins sous la grande esplanade qu’on avait sans doute pris plaisir à contempler il y a quelques décennies. À une époque, les étudiants aimaient à pique-niquer sur la margelle de ces bassins dont les eaux abritaient des poissons colorés. Une oasis un peu hors du temps comme d’autres endroits méconnus de ce site qui recèle tant de surprises.

 Hier, comme aujourd’hui, les niches d’interrupteur béent sur des fils nus dont on se demande s’ils allument encore une ampoule rescapée de la razzia. Les «Vachette» d’antan ont été arrachées depuis longtemps et les trous orphelins permettent de passer une méchante chaîne cadenassée. L’amphi de ma deuxième année de Droit, là-bas, tout en bas du campus, est dans un triste état. Quoique. Je m’étais attendu à pire et d’avoir vu des tables et des chaises survivantes m’a quelque peu rasséréné...

 Les toilettes attenantes à la Salle des Thèses me laissent perplexe si nous devions accueillir des sommités académiques. Tout ça pour dire, à la suite d’autres S.O.S., qu’il faudrait vraiment faire quelque chose pour cette vénérable institution qui fut le fleuron du Sud-Ouest de l’Océan Indien en son temps : nombre des futurs dirigeants et cadres de l’île Maurice, par exemple, y avaient étudié.

 La Salle des Thèses, c’était ma destination. Invité à faire partie du jury du concours régional «Ma Thèse en 180 secondes». Nouveau dada parti des États-Unis : condenser plusieurs années de recherches en trois minutes. «Vulgariser sans brader» peut sembler facile sauf si on oublie que la vulgarisation a nécessairement ses limites : comment, par exemple, et pour ne reprendre que l’intitulé de la lauréate Lalainasoa Rivoarilala, passer auprès du grand public le message de la «détection rapide d’uropathogènes importants en clinique et des gènes de résistance aux B-lactamines par la technique LAMP» ? Ma question concerne l’âge intellectuel plancher en-deçà duquel il faudra reconnaître l’impossibilité d’une transmission crédible sans passer pour un mauvais comédien. 

 Ils étaient trente-deux à avoir eu l’humilité de se soumettre à cet exercice ingrat. Mais, exercice intéressant pour nous autres profanes. Des uns et des autres, j’aurai appris. Sur des thèmes que jamais je n’aurai idée ou audace d’aborder : Sapindaceae contre la goutte, trempage-cuisson de Phaseolus vulgaris, exposition aux Rickettsies...

 L’Enseignement (de base comme supérieur) et la Culture ont toujours été les parents pauvres de la République malgache. Dans les EPP (écoles primaires publiques), CEG (Collèges d’enseignement général) et autres lycées publics, ne se rendent pas souvent des célébrités universitaires (le professeur Raymond Ranjeva, Président de l’Académie malgache et lui-même ancien Recteur de l’Université d’Antananarivo était dans la salle) ni les représentants des coopérations internationales. L’autre intérêt de cet exercice «Ma Thèse en 180 secondes», qui se veut «passerelle», est également d’attirer autrement l’attention sur la réalité universitaire et scolaire dans ce pays. 

 Que ne faut-il pas d’abnégation, et que de chemin péniblement parcouru dans les infrastructures du tiers-monde, pour arriver à l’oeuvre d’une vie : sa thèse. Respect.