31. oct., 2019

La Vérité
Le 25 octobre 2019

13. sept., 2019

L'express de Madagascar
Le 27 août 2019

17. juil., 2019

Eurêka : la chasse d’eau !

RFI, 18 mars 2017 : « Madagascar : le manque de toilettes, une vraie catastrophe sanitaire ». Ce n’est pas le titre qui est honteux, mais notre réalité malgache : en 2010,  plus de la moitié de la population déféquait encore à l’air libre et un énième projet ambitionnait l’éradication de cette pratique moyenâgeuse pour 2019. Parce qu’aujourd’hui, nous sommes en 2019, nous savons donc qu’il n’en fut rien et qu’à cause de maladies diarrhéiques, 14.000 enfants de moins de cinq ans continuent de mourir chaque année.

Pourtant, Madagascar n’a pas toujours été aussi en décalage avec les innovations de son temps. Je n’en veux pour preuve que les innovations qu’on rencontre dans les « Souvenirs d’enfance » de Marcel Pagnol (La gloire de mon père, Le château de ma mère, Le temps des secrets) : la naissance de cet écrivain provençal coïncide avec l’année de notre capitulation en 1895. Par la suite, dans ses pièces et ses romans, il sera souvent question de Malgaches, l’actualité de son enfance ayant sans doute été marquée par les compte-rendus dans la presse des voyages de la Reine Ranavalona III entre Marseille et Alger. 

Marcel Pagnol a donc six ans en 1901. La machine à coudre de sa mère devait être le modèle à navette, fonctionnant aux pieds avec une pédale : brevetée le 12 mai 1868 et fabriquée ensuite par l’entreprise Peugeot qui en a reçu la Légion d’Honneur à l’Exposition universelle de 1878. A l’image de ma propre grand-mère, les Malgaches d’une certaine génération connaissaient parfaitement la machine « Singer » dont l’inventeur, Isaac Merrit Singer, obtint le Premier Prix de l’Exposition universelle de Paris de 1855.

Vers 1901, toujours, le gaz permettait déjà, outre la cuisine, d’éclairer les maisons : l’appartement de l’oncle et de la tante de Marcel Pagnol était équipé de ce raffinement, «luxe» dont le fils d’instituteur qu’il était ne profitait pas encore à la maison. Pour les vacances à la campagne, la famille utilisait une lampe à pétrole à bec matador. Invention de 1853, la lampe à pétrole était familière de nombre de ménages malgaches : une grande-tante l’utilisait quotidiennement, voilà encore quarante ans, dans une campagne lointaine aujourd’hui devenue une simple banlieue d’Antananarivo. 

Inventée en 1884 dans sa forme définitive actuelle, la bicyclette individuelle commençait à se vulgariser vers 1903 même si elle n’était toujours pas à la portée de tout le monde. Dans les premières années de 1900, à l’usage des missionnaires jésuites, la bicyclette a remplacé le filanjana, le cheval et...la marche à pied. De nos jours, la bicyclette demeure d’un large usage à la campagne même si elle se fait désormais rare dans une ville comme Antsirabe qui en avait pourtant fait ses cartes postales en compagnie du pousse-pousse.

Vers 1905, Marcel Pagnol se moque de l’appareil photographique qui a « la forme, les dimensions et l’élégance d’un pavé ». Ce qui était vrai pour sa société provençale le sera également avec les « studios photos » de l’Antananarivo des années 1930, jusque dans les années 1960 : «à cette époque, une photographie était un document remarquable, qui perpétuait le souvenir de la première enfance, du service militaire, d’un mariage ou d’un voyage à l’étranger».

En 1856, le missionnaire William Ellis de la London Missionary Society vint à Antananarivo. Assisté par James Cameron qui était équipé de Daguerréotype, il délaissera cependant cette technique au profit de la plaque en verre au collodion et du papier paraffiné. Ce procédé plus moderne lui fut enseigné par Roger Fenton lui-même, premier photographe de guerre lors de la campagne de Crimée (1855) et fondateur de la Royal Photographic Society de Londres. William Ellis, invité officiellement à Antananarivo par le Gouvernement de la Reine Ranavalona (1828-1861), ne sera autorisé à rester qu’un mois sans avoir pu faire une photo de la souveraine. C’est à son retour, au couronnement de Radama II, en 1862, qu’il réalisera une série de clichés qui avaient fait l’objet d’une exposition en 1995.

Symbole du progrès également, en ces années 1900-1905, l’apparition de l’électricité. Dans la ville de Marseille et ses environs, l’électrification du tramway avait été entamée en 1892. Dès 1903 et 1905, un tramway électrique arivait jusqu’à Aubagne. Justement à cette époque, Marcel Pagnol raconte que les rails de la Gare de l’Est s’arrêtaient à Aubagne et que sa famille voyageait à bord d’un tram électrique «dont le tunnel n’était vaguement éclairé que par des lumignons dans des niches». Cette ligne 68, le premier tramway souterrain français, subsistera jusqu’en 2004. À Madagascar, le général Gallieni avait envisagé le chemin de fer de l’Est dès la fin 1896. Ses trente premiers kilomètres, au départ de Brickaville vers Tamatave, étaient inaugurés le 14 octobre 1902. Ce chemin de fer n’était pas, et n’est toujours pas, 117 ans plus tard, électrique.

Il y a 117 ans, le jeune Marcel Pagnol se languissait de ses chères collines quand, dans la cour de son école communale, au lieu de la vaste pinède, son horizon se trouvait limité par la rangée des portes de toilettes. Il ne pouvait pas savoir, écolier d’un système qui allait en s’améliorant, que d’autres écoliers, malgaches ceux-là, allaient encore ignorer, dans des EPP (écoles primaires publiques) dépourvues de tout le confort du 21ème siècle, ce qui avait tant manqué à son citadin d’oncle dans la rusticité de la campagne : «des cabinets confortables, sans fourmis, sans araignées, sans scorpions, et munis d’une chasse d’eau».

L’utilisation de cette dernière invention, imaginée en Angleterre dès le 16ème siècle, suppose l’existence de l’eau courante et de fosses septiques, commodités banales qui ne sont exceptionnelles que dans un pays comme Madagascar : les «kabone manara-penitra» de Water Aid via Diorano-WASH ne sont même pas encore celles de Marcel Pagnol en 1905 !

   
1. mars, 2019

Les Nouvelles

Le 15/01/19

Fahranarison

 

29. janv., 2019

Les violences sexuelles ne constitueraient que 3% des violences basées sur le genre observées durant les raids des « dahalo ».

Les violences basées sur le genre sont partout, dans les villes comme dans les zones enclavées du pays. Un fait qui n’est plus à démontrer mais qui n’a pas pourtant toujours été pris en compte sérieusement. « L’Etude sur le phénomène de violence basée sur le genre durant les raids des dahalo »  a essayé d’apporter plus d’explication sur la question en démontrant « différents aspects et conséquences desdites violences ». Entrant dans le cadre du mandat de l’UNFPA et menée au mois de juillet 2017 à Betroka, Ankazoabo et à Iakora, l’étude en question met en lumière les réalités locales durant le passage des «  dahalo« . Ainsi, les « violences basées sur le genre concernent en premier lieu les hommes », notamment les chefs de familles. « Du fait de leur statut de chef de famille et propriétaire direct des zébus, les hommes desdites communes sont les cibles premières des ‘dahalo’. Ils sont donc victimes de blessures sévères et de traumatismes physiques voire la mort » a-t-on fait savoir durant la publication de l’étude à l’hôtel Colbert hier. Les violences basées sur le genre revêt d’autres formes chez les femmes a-t-on également expliqué. « Les femmes sont contraintes de fuir leur village avec leurs enfants et quelques affaires lorsque les ‘dahalo’ arrivent. Le phénomène impose des charges – psychologiques, physiques et financières – colossales aux femmes étant donné qu’elles et leurs enfants peuvent passer des semaines à aller d’un village à l’autre, sans aliment, emploi et abri » a fait savoir Holy Ravololomboahangy, membre de la délégation qui a effectué l’étude dans les communes cibles.

Tabou. Par ailleurs, l’étude a fait savoir que « 3% des violences basées sur le genre » observées durant les raids des « dahalo » dans les communes cibles concernent les violences sexuelles. La faible statistique s’expliquerait par le poids social des régions. « Le viol est un sujet tabou dans les sites où les enquêtes ont été menées. Le taux exact  est toujours au-delà de ce qui se passe. Cela est dû au fait que les violences sexuelles sont dans la majeure partie des cas réglées entre les familles. Et  en parler à des personnes extérieures aux familles ne fait pas partie des coutumes locales« . Par ailleurs, les violences basées sur le genre ont également d’autres aspects. Economiques, psychologiques et identitaires, elles affectent aussi bien les hommes que les femmes. Pour les hommes par exemple, « la disparition de leurs zébus est  perçue comme la perte de leur identité et l’estime de leurs pairs« . Les violences psychologiques sont également grandement ressenties par les femmes.  Ciblés par les « dahalo », elles sont victimes de viols (les familles taisent les cas) et servent d’otages pour affaiblir leurs maris. Les après-raids seraient durement vécus par les femmes si l’on se réfère toujours à l’étude. « Même après le retour au village, les femmes restent en permanence hantées par la peur d’être surprises à tout moment par les ‘dahalo’ » peut-on lire dans l’étude.

Recommandations. L’étude sur le phénomène de violence basée sur le genre pendant les raids des « dahalo » a fourni des pistes de propositions. La prise en charge des personnes victimes de raids des « dahalo » au même titre que les personnes victimes des catastrophes naturelles a été avancée. Le renforcement quantitative, en armement et qualitative des Forces de Sécurité travaillant dans les zones des « dahalo » figure également dans la longue liste de recommandations avancées par les initiateurs de l’étude. Partie intégrante du phénomène des « dahalo », la lutte contre les violences basées sur le genre est tributaire de celle tendant à éradiquer le phénomène « dahalo ».

Midi Madagascar

Le 06/12/18

José Belalahy