18. janv., 2019

L’évaluation des Centres d’Ecoute et de Conseil Juridiques (CECJ) de Madagascar menée au mois de mai 2018 dernier, a permis de connaitre des avancées en matière de lutte contre les violences basées sur les genres d’un côté. Mais également, ce qu’il faut améliorer pour une meilleure pertinence et efficacité des CECJ.

Avancées. La lutte contre les violences basées sur le genre connait un vent de changement. Des avancées obtenues par la mise en place des Centres d’Ecoute et de Conseils Juridiques (CECJ) destinés à prendre en charge les personnes victimes de violences. Ladite mise en place a en effet, « permis d’avoir des effets remarquables sur les perceptions de ce que sont les violences basées sur le genre et surtout de leurs effets néfastes sur la société« . Selon le rapport d’évaluation menée au mois de mai 2018 dans les CECJ de Sakaraha, Mahajanga, Ambovombe, Tuléar et Manakara : « les intervenants et les clients des CECJ constatent une baisse progressive des violences basées sur le genre dans leurs communautés grâce aux campagnes de sensibilisation, à l’existence de cellule de veille à proximité, l’existence des CECJ et à d’autres centres/services assimilés« . Prenant en charge les victimes, notamment, par des prises en charge psychosociales et psychologiques, les CECJ ont également permis d’initier un changement de comportement chez les survivants. Ce qui aurait pu se faire via des actions de réinsertions sociales et communautaires, voire une vie familiale sans violence. Par ailleurs, l’évaluation effectuée au mois de mai a permis de savoir que les CECJ ont atteint l’un des objectifs fixés lors de leur mise en place. Notamment, la collecte des données ayant rendu possible la mise en place de bases des données relatives aux violences basées sur le genre.

Recommandations. La publication de l’évaluation sur les CECJ a également été l’opportunité pour les initiateurs d’avancer des recommandations. Etant donné les avancées obtenues par l’existence des Centres d’Ecoute et de Conseils Juridiques, la question de durabilité a été soulevée. L’une des recommandations concerne, en effet, celle liée au statut juridique des CECJ. Ne disposant pas de statut juridique propre, lesdits centres se basent sur des décrets du MPPSPF. N’étant ni association, ni ONG, n’étant pas hiérarchiquement rattaché au ministère de la Population, le statut des CECJ  est encore une question sans réponse. Définis comme étant une simple structure, ils souffrent de la même situation de viabilité non acquise sur le plan financier. Pour de meilleurs résultats, l’élargissement des activités des CECJ figure parmi les recommandations avancées suite à l’évaluation menée au mois de mai. La violence basée sur le genre constitue encore un fléau dans beaucoup de régions du pays. Arriver à les réduire pour une meilleure harmonisation de la société s’annonce comme une lutte de longue haleine.

Midi Madagascar

Le 29/11/18

José Belalahy

8. janv., 2019

L’an dernier, ils étaient près de 2 400 enfants à vivre dans les rues d’Antananarivo. Depuis, en dépit de l’action de quelques associations et ONG qui interviennent auprès des enfants des rues, la situation n’a guère changé pour des milliers d’entre eux. 

Laver les voitures, ou alors « assister » les marchands de légumes ou de friperies d’Analakely, tôt le matin, pour le déchargement des marchandises. Telles sont, entre autres, les occupations des garçons, tandis que les filles vendent des sachets en plastique, du moins, ceux encore autorisés à la vente. D’autres, en haillons, ne font que jouer dans les rues, là où ils dorment également la nuit. Les enfants des rues d’Antananarivo vivent leurs journées de diverses manières, sauf à l’école, structure à laquelle ils n’ont évidemment pas accès. Si certains ont une famille, composée de la mère et de plusieurs enfants et rarement avec le père, d’autres sont seuls ou avec d’autres enfants, abandonnés à leur sort et livrés à eux-mêmes. Tous ces enfants passent leurs nuits dans des abris de fortune faits de cartons et de cellophane, sous les tunnels, ou ailleurs. De telles scènes sont visibles tous les jours dans la capitale, depuis des décennies. Aujourd’hui, le nombre des enfants des rues à Antananarivo dépasse largement le millier puisqu’il en a été dénombré environ 2 400 en 2017, dont une majorité localisée dans le 1er arrondissement, autour du marché d’Analakely et de ses environs immédiats ; et dans le 4è arrondissement, du côté d’Anosibe ; ou encore à Isotry et à Namontana, selon les données de l’an dernier du ministère de la Population et de l’UNICEF.

La mendicité, un métier. Vulnérables et exposés à divers dangers, les enfants des rues sont, à leur tour, vus comme un danger potentiel par les passants. Et pour cause, leur langage, leur mode de vie, leurs agissements, le reflètent. Insultés toute la journée par leur entourage, souvent par leur mère, ils adoptent également le même langage, devenu pour eux une normalité. Influence du milieu de vie. Nombre d’entre eux ont comme principale activité la mendicité. En effet,  celle-ci est devenue un véritable métier pour ces enfants. Dans la majorité des cas, ils sont envoyés par des adultes et usent de divers stratagèmes pour parvenir à récolter quelques billets : réciter des poèmes, simuler un handicap, porter sur leur dos des bébés – parfois loués à d’autres mères sans abris – et les faire passer pour leurs petits frères afin d’attendrir les passants. D’autres en arrivent même jusqu’à fabriquer de « faux bébés » à l’aide de vieux vêtements d’enfants bourrés de chiffons et de vieux papiers. L’objectif est de gagner le maximum d’argent en fin de journée. Généralement, ils empochent environ 2 000 ariary par jour par enfant, et jusqu’à 5 000 ariary certains jours. Une partie est dépensée pour manger à la mi-journée, le reste est remis en fin de journée à la mère, qui  n’en fait pas toujours bon usage hormis pour l’achat de nourriture. Outre la mendicité, certains enfants des rues sont également tentés par le vol.

Ingérables. Les centres d’accueil destinés aux enfants des rues mis en place par les autorités ou les structures non gouvernementales, bien que proposant des alternatives intéressantes à la rue, ne représentent pas toujours la solution pour certains enfants sans abris. Ne supportant pas l’autorité, ils sont ingérables en communauté. Ils restent quelques jours, puis désertent et reviennent  à leurs places habituelles. D’autres enfants, en revanche, ont pu être retirés de la rue grâce aux projets et actions proposés par les associations et ONG œuvrant dans le domaine social. L’accès à l’éducation et à la formation à un métier leur a permis d’être accompagnés dans la mise en place de projets de vie, incluant une activité professionnelle grâce à laquelle ils gagnent leur vie.

Midi Madagascar

Le 27/11/18

Hanitra R.

7. janv., 2019

J’ai vu des enfants, pas plus hauts que trois briques, se coltiner lesdites briques. Main d’oeuvre gratuite que se fournissent à peu de frais les parents de famille nombreuse. Une natalité très utilitaire au service d’une équation pragmatique : beaucoup de bouches à nourrir = encore plus de bras à l’oeuvre. 

Non, nous ne sommes pas dans Germinal. Non, nous ne sommes pas au XIXème siècle. Non, nous ne sommes pas dans quelque cloaque prolétarien dont allait s’indigner Karl Marx pour appeler à la furie révolutionnaire. Mais, ces gosses de Nanisana, dans une ruelle calme d’un «quartier résidentiel», comme ces gosses d’Antsahamarofoza, dans cette banlieue pas si lointaine dont les tentacules urbaines se rapprochent inexorablement, témoignent de l’anachronisme de notre société malgache actuelle.

Si ça se trouve, ce sont les mêmes briques, celles qui étaient collectée à la sortie du four d’Antsahamarofoza, qui étaient acheminées sur quelque chantier de Nanisana : «Quand le bâtiment va, tout va», vraiment ?

Pendant ce temps, cette myriade de candidats à la présidence de la République dépense sans compter. Des milliards jetés par la fenêtre. En décibels, en goodies, en posters avantageux. Tandis que les seules choses sans prix, des idées, demeurent étrangères à leur discours.

Bizarrement, aucune affiche de candidat dans le champ de vision de ces enfants au travail tandis que les nôtres sont à l’école. Sans parti-pris idéologique, sans théorie utopique, sans révélation socialo-communisante, voilà matérialisée sous nos yeux la frontière des classes. Non pas qu’elle n’ait jamais existé, mais c’est autre chose que de la toucher presque du doigt.

C’était déjà celle qui séparait nos ancêtres féodaux de leurs métayers. Voilà, quoi, guère pas plus de 122 ans, que Laroche abolissait l’esclavage (1896) et que Gallieni renchérît en supprimant la monarchie (1897). Un siècle auparavant (1760-1770), l’Angleterre entamait sa révolution industrielle, ce qui explique que le «Manifeste du parti communiste» (1848) et «Le Capital» (1867) aient été écrits à Londres, parce qu’instruits du spectacle des conditions pénibles de la classe ouvrière britannique. Le Madagascar dont héritait Gallieni en 1896 avait pu s’enthousiasmer des initiatives disparates des missionnaires de la LMS (London Missionary Society) ou de la cité industrielle de Jean Laborde, aux résultats tout à fait sympathiques mais somme toute bien artisanaux. Cette même année-là, 1895, la Russie était à l’honneur à Paris avec l’exposition hippique et ethnographique. La Russie-là de cette époque n’était finalement qu’un vaste continent agraire de moujiks, et les théoriciens du «socialisme scientifique» devaient être étonnés que l’herbe révolutionnaire ait finalement si bien pris sur ce terreau inattendu.

Chez nous, la pénibilité de la misère urbaine et péri-urbaine n’a même pas l’excuse d’un essor industriel ni du développement d’un machinisme agricole. Que, sur un chantier de SOGEA-SATOM, les dockers ignorent cette formidable mais basique invention qu’est le «diable» (petit chariot à deux roues basses servant à transporter des fardeaux, nous renseigne le dictionnaire), comment s’indigner encore que les petits diables de Nanisana ou d’Antsahamarofoza serrent les briques contre leur poitrine ou en empilent au sommet de leur crâne ?

Alors, bien sûr, on ne va pas changer le monde. Ce texte n’est même pas un témoignage. Une soupape, un exutoire, une thérapsy. 

 

2. août, 2018

Le tampon. Le tampon du pouvoir. Le tampon d’avec la réalité. Le tampon de la distance. Le tampon de l’indifférence. Dans les cocktails de l’exercice du pouvoir, on vient pour voir et être vu. Dans les limousines et 4x4 du pouvoir, les vitres super-teintées servent à ne pas voir plutôt que d’être vu. Même mon choix de cette langue française est déjà un choix tampon. Le petit gars vit sa détresse en malgache.

 Ce gosse sur ce trottoir d’Anosy, dans le crépuscule, avec pour seul grand écran la file interminable des voitures obnubilées par leur(s) embouteillage(s). La raison pour laquelle, sans doute, mais qu’en saurai-je jamais, cet enfant préféra baisser la tête et consacrer ses yeux à quelque jeu imaginaire (le mot virtuel aura-t-il jamais le même sens pour lui que pour nos gosses jouant à distance, connectés avec des adversaires invisibles et surtout inconnus, à supposer même qu’ils existent) malgré la présence devant lui de cette ancienne boîte de margarine, sébile plastique pour l’aumône dans une mégapole tananarivienne désormais trop méga pour elle même et ses pauvres infrastructures d’ancien chef-lieu d’une colonie de 1896-1960... 

 Quelqu’un avait pu écrire qu’on reste un enfant, avec l’innocence et les rêves de cet âge, quand un ours en peluche pouvait être un super-héros ; que passer à toute vitesse sous une table à manger procurerait la même adrénaline que grimper Pikes Peak ; que Papa avait explication à tout... De ce regard d’enfant, que reste-t-il ? Ce regard d’enfant eut-il jamais émerveillement...

 Petit gars, sorry, azafady leitsy, ce que je t’aurais donné hier soir, aurait été davantage pour apaiser ma conscience que véritablement te rendre service. À un peu manger avant d’aller se réfugier entre carton et «bodofotsy» à même le trottoir : 500 FMG, 1000 FMG, 2500 FMG ? Compte-t-on en Ariary ou en FMG quand on n’a pas un kopek ? Les institutions financières, politiques, médiatiques, évoquent un «seuil de pauvreté», mais quel seuil peut-il donc être plus bas, plus humble, plus humiliant, que celui devant les yeux, au ras-du-sol, du fils d’un autre gosse dont il n’aura même pas reçu les réflexes d’être un homme plus que d’être simplement adulte ?

 J’ai eu un moment d’hésitation, leitsy, et ta présence malheureuse m’a obsédé jusqu’à ce que je puisse me saisir de cet azerty en exutoire. Si j’avais pu, si je pouvais. 

 Il faudra donc désormais marcher en se munissant de menues monnaies : le Conseil des Ministres sait-il combien des pièces qui ont encore valeur de circulation ne circulent de fait plus du tout : sauf à servir à la «conversion» à laquelle se livrent les grossistes et les «gros» mendiants ? La distance, le tampon, le sas : à trop bien l’organiser, on en arrive à ces court-circuits de Versailles, le palais, à Bastille, la guillotine.  

 Messieurs les trois derniers présidents de la République ou Chef de l’État, Messieurs les deux derniers Premier Ministre, Messieurs les anciens Ministres devenus candidats : voilà le pays, voilà la réalité, voilà Madagascar.

30. juil., 2018

Ci-dessous les communiqués de presse de la première dissémination de l’enquête Afrobaromètre Round7 à Madagascar, portant sur le thème de la vindicte populaire et la réforme de l'éducation:

-        « La vindicte populaire prend de l’ampleur et tend à devenir un mode de fonctionnement dans la société malgache » ;

-        « Les Malgaches sont partagés au sujet des réformes et de la performance du gouvernement en éducation ».

Veuillez trouver également en attaché une brochure de présentation du réseau Afrobaromètre.

Désiré RAZAFINDRAZAKA

Représentant du Réseau Afrobaromètre à Madagascar

Directeur du cabinet COEF Ressources

BP 4075 Lot II U 54 A Ambaranjana

Antananarivo 101 MADAGASCAR

Tél. (261) 20 22 283 82

Mobile (261) 33 15 283 82

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