8. janv., 2019

Enfants des rues : près de 2400 à Antananarivo

L’an dernier, ils étaient près de 2 400 enfants à vivre dans les rues d’Antananarivo. Depuis, en dépit de l’action de quelques associations et ONG qui interviennent auprès des enfants des rues, la situation n’a guère changé pour des milliers d’entre eux. 

Laver les voitures, ou alors « assister » les marchands de légumes ou de friperies d’Analakely, tôt le matin, pour le déchargement des marchandises. Telles sont, entre autres, les occupations des garçons, tandis que les filles vendent des sachets en plastique, du moins, ceux encore autorisés à la vente. D’autres, en haillons, ne font que jouer dans les rues, là où ils dorment également la nuit. Les enfants des rues d’Antananarivo vivent leurs journées de diverses manières, sauf à l’école, structure à laquelle ils n’ont évidemment pas accès. Si certains ont une famille, composée de la mère et de plusieurs enfants et rarement avec le père, d’autres sont seuls ou avec d’autres enfants, abandonnés à leur sort et livrés à eux-mêmes. Tous ces enfants passent leurs nuits dans des abris de fortune faits de cartons et de cellophane, sous les tunnels, ou ailleurs. De telles scènes sont visibles tous les jours dans la capitale, depuis des décennies. Aujourd’hui, le nombre des enfants des rues à Antananarivo dépasse largement le millier puisqu’il en a été dénombré environ 2 400 en 2017, dont une majorité localisée dans le 1er arrondissement, autour du marché d’Analakely et de ses environs immédiats ; et dans le 4è arrondissement, du côté d’Anosibe ; ou encore à Isotry et à Namontana, selon les données de l’an dernier du ministère de la Population et de l’UNICEF.

La mendicité, un métier. Vulnérables et exposés à divers dangers, les enfants des rues sont, à leur tour, vus comme un danger potentiel par les passants. Et pour cause, leur langage, leur mode de vie, leurs agissements, le reflètent. Insultés toute la journée par leur entourage, souvent par leur mère, ils adoptent également le même langage, devenu pour eux une normalité. Influence du milieu de vie. Nombre d’entre eux ont comme principale activité la mendicité. En effet,  celle-ci est devenue un véritable métier pour ces enfants. Dans la majorité des cas, ils sont envoyés par des adultes et usent de divers stratagèmes pour parvenir à récolter quelques billets : réciter des poèmes, simuler un handicap, porter sur leur dos des bébés – parfois loués à d’autres mères sans abris – et les faire passer pour leurs petits frères afin d’attendrir les passants. D’autres en arrivent même jusqu’à fabriquer de « faux bébés » à l’aide de vieux vêtements d’enfants bourrés de chiffons et de vieux papiers. L’objectif est de gagner le maximum d’argent en fin de journée. Généralement, ils empochent environ 2 000 ariary par jour par enfant, et jusqu’à 5 000 ariary certains jours. Une partie est dépensée pour manger à la mi-journée, le reste est remis en fin de journée à la mère, qui  n’en fait pas toujours bon usage hormis pour l’achat de nourriture. Outre la mendicité, certains enfants des rues sont également tentés par le vol.

Ingérables. Les centres d’accueil destinés aux enfants des rues mis en place par les autorités ou les structures non gouvernementales, bien que proposant des alternatives intéressantes à la rue, ne représentent pas toujours la solution pour certains enfants sans abris. Ne supportant pas l’autorité, ils sont ingérables en communauté. Ils restent quelques jours, puis désertent et reviennent  à leurs places habituelles. D’autres enfants, en revanche, ont pu être retirés de la rue grâce aux projets et actions proposés par les associations et ONG œuvrant dans le domaine social. L’accès à l’éducation et à la formation à un métier leur a permis d’être accompagnés dans la mise en place de projets de vie, incluant une activité professionnelle grâce à laquelle ils gagnent leur vie.

Midi Madagascar

Le 27/11/18

Hanitra R.