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12. déc., 2017

Liberation

Laurence Defranoux le 11/12/2017

 

Michael Zumstein / Agence VU Sur la rive de la rivière Lagnobé, près du village d'Andanalavahil, un homme est assis sur des troncs de bois de rose coupés illégalement dans le parc national de Masoala, en mai 2014.

Clovis Razafimalala, qui milite pour la protection de ce bois précieux, explique les magouilles qui permettent de contourner l'embargo.

C'est un arbre précieux, au cœur rouge violacé, qui pousse dans les forêts primaires humides de l’est de Madagascar. Très recherché pour les guitares et la marqueterie chinoise, le bois de rose malgache a été exploité sans retenue durant des décennies, avant que sa commercialisation soit interdite en 2010. La semaine dernière, la Convention sur le commerce international des espèces de faune et flore sauvages menacées d’extinction (Cites) a reconduit une fois de plus l’embargo, estimant que «Madagascar doit renforcer les mesures contre son exploitation illégale et son commerce». Clovis Razafimalala, 47 ans, invité à Paris par l’ONG Amnesty International, explique à Libération que les coupes en forêt ont cessé, mais que des magouilles permettent de continuer de juteux trafics sur les stocks. A la tête d’un collectif de défense de l’environnement, il a été condamné cet été à cinq ans de prison de sursis en juillet, après avoir passé dix mois en détention préventive, pour avoir participé à une manifestation. 

Pourquoi l’embargo sur le bois de rose de Madagascar est-il maintenu ?

Depuis fin 2014, les coupes en forêt ont quasiment cessé. D’abord parce que les arbres sont devenus rares et difficiles à trouver, et que de plus en plus de gens protestaient. En 2014, le parc national de Masoala, dans le nord-est de l’île, où je vis, a été classé Patrimoine mondial en péril. Il y a eu une campagne de l’UNESCO avec la société civile, le gouvernement a été obligé de suivre. Mais le trafic continue sur les stocks. Il est difficile de donner des chiffres [la Cites parle de «dizaines de milliers de tonnes d’ébène et de bois de rose», ndlr], d’abord parce que les autorités ne parlent pas en tonnes ou en volume, mais en «rondins», ce qui n’a pas de sens, puisqu’on n’en connaît ni le diamètre ni le volume. Par exemple, les autorités déclarent : «Nous avons saisi 30 rondins.» Si on en prend 12, et qu’on les coupe, on a de nouveau 30 rondins. Et le reste a disparu. De la même façon, on nous montre des photos de «stocks de bois de rose pourrissant dans les camps de la gendarmerie», censées prouver que le bois n’a pas été détourné après avoir été saisi. Or le bois de rose, qui est dur comme de l’acier, ne pourrit pas. C’est donc qu’il a été remplacé par autre chose.

Quel est le prix du bois de rose, qui aiguise tant d’appétits ?

C’est difficile à dire. Cela dépend de la demande, de l’acheteur, de la difficulté du transport jusqu’à la mer où le trafic se fait au large, loin des ports. Ce qui est sûr, c’est que c’est toujours payé avec de l’argent illégal. Si c’est du bois volé, c’est moins cher. Le plus souvent, le bois n’est pas vraiment volé. Imaginez que vous avez un stock de bois de rose, et vous voulez le vendre à des importateurs chinois. Vous le déclarez volé, et au moment des contrôles, il vous suffira de montrer l’attestation de perte pour être en règle. Mais ce n’est pas n’importe qui peut avoir du stock. Seulement ceux qui ont le pouvoir. Dans le Sud, des sculpteurs demandent l’autorisation de travailler le bois de rose, mais elle leur est refusée.

Quel est le circuit du trafic ?

La chaîne de corruption commence au niveau du district, de la région, ou même encore au-dessus. En 2014, un trafiquant a été arrêté à Singapour avec 3 000 tonnes de bois de rose. Le ministre de l’Écologie de Madagascar de l’époque a fait le déplacement jusqu’à Singapour pour expliquer au tribunal que c’était légal. Le trafiquant a finalement été condamné en avril 2017. Comme pour la vanille, l’or, les tortues ou les zébus, seule une petite partie de la population profite de l’exportation, le reste stagne dans la pauvreté. En 2016, un bateau de pêche chinois, pourtant sans filets ni chambre froide, a été arraisonné au large. Il a jeté le bois à la mer, et au moment de l’inspection, les autorités locales n’ont rien dit. Le Bianco [Bureau indépendant anti-corruption] enquête, envoie l’affaire au tribunal, mais ils trouvent toujours une irrégularité, un vice de procédure, et les trafiquants sont libérés. Le bois va en Chine, mais il n’y reste pas forcément. Une partie repart ailleurs, en produit fini ou semi-fini [en 2012, le fabricant de guitares Gibson a été condamné par la justice américaine pour l’import de bois de rose malgache].

Pourquoi la Cites demande-t-elle au gouvernement malgache plus de transparence dans la gestion des stocks ?

Elle a demandé à ce que les stocks soient recomptés, et l’État a voulu faire seul l’opération. D’après mes informations, il y a toujours des petits déplacements interdits par la loi. Certains essaient de remplacer le bois de rose par d’autres arbres, ou de reconstituer les stocks déclarés. Il y a encore beaucoup de bois enfoui dans la forêt, le sable, les rivières, ou dans des entrepôts non déclarés. Ces mouvements se font forcément sous les yeux du contrôleur, mais bizarrement il ne voit rien. En 2016, l’État a décidé de transporter le contenu d’un entrepôt où était stocké du bois saisi. Un document dit que «377 rondins ont été transportés à Tamatave dans un camp de gendarmerie», mais sans préciser lequel. On a perdu sa trace. La légalisation des stocks est aussi un problème. Comme l’exploitation est interdite, tu vas déclarer ton stock, et voilà. C'est une légalisation des vols. 

Le transport du bois étant interdit, comment la loi est-elle contournée ?

Une fois, on a entendu à la radio que le ramassage du bois de rose était autorisé suite au passage d’un cyclone. On est allés compter les souches dans le parc, mais tous les autres arbres étaient intacts. Or, à ma connaissance, il n’y a pas de cyclone spécial pour le bois de rose. Une autre fois, je suis tombé sur une autorisation de transport de 5 700 rondins donnée à un homme. J’ai demandé pourquoi. On m’a répondu qu’il avait coupé les arbres qui se trouvaient au bord de la route. Mais dans le reste de la forêt, à cet endroit-là, il n’y a pas de bois de rose. Tous ces arbres se trouvaient donc au bord de la route, et on a choisi de la faire passer là ? J’ai posé ces questions durant une réunion publique, et ensuite les gendarmes sont venus chez moi. Comme je suis à la tête d’une organisation qui lutte contre le trafic, je suis un gêneur. J’ai finalement été arrêté en 2016, pour avoir participé à une manifestation. Après dix mois de détention préventive, je n'ai été jugé et libéré que parce qu'il y a eu une énorme pression internationale. 

 

12. juin, 2017

Les Nouvelles

Le 03/05/17

5. avr., 2017

Une nouvelle étude révèle que l’exploitation du bois à Madagascar est hors de contrôle. L’exploitation forestière illégale pourrait entraîner l’imposition de sanctions commerciales à l’endroit de la Grande île.

Instabilité politique, mauvaise gestion du gouvernement, manque de contrôle des exploitations forestières, incapacité à imposer des sanctions punitives contre les trafiquants. Ce sont entre autres les raisons citées par l’ONG Traffic qui ont entraîné « Le zéro contrôle sur la gestion des ressources en bois précieux à Madagascar de mars 2010 à mars 2015 », selon une nouvelle étude de l’ ONG publiée dans le cadre du projet Scapes sur « La Préservation des ressources naturelles de Madagascar ».

Ce projet, financé par l’ USAID, a pour but de lutter contre le commerce illégal des ressources naturelles de Madagascar par le renforcement des capacités des parties prenantes malgaches. Le projet a été lancé en 2013 et mis en œuvre par un consortium de quatre ONG à savoir WWF, Wildlife conservation society, Conservation international et Traffic, en étroite collaboration avec la société civile et le gouvernement.

Roland Melisch de Traffic international a déclaré que, « La mauvaise gouvernance et la corruption ont mené à une situation anarchique sans aucun contrôle sur la récolte de bois, provoquant une ruée vers les bois ayant comme conséquence l’abattage généralisé d’arbres de bois de rose et de bois d’ébène dans des aires protégées partout à Madagascar. Et il faudra des années pour que l’environnement puisse s’en remettre ».

Quid des législations ?

L’étude « L’Ile aux bois : le commerce de bois de rose et de bois d’ébène de Madagascar » fait savoir effectivement qu’au moins 350 mille arbres ont été abattus illégalement à l’intérieur des aires protégées et au moins 150 mille tonnes de rondins ont été exportés illégalement vers des destinations incluant la Chine, la Malaisie et l’île Maurice sur la période de cinq ans.

Madagascar abrite des centaines d’espèces endémiques de bois de rose Diospyros et de bois d’ébène Dalbergia, dont beaucoup suscitent une forte demande, en particulier en Asie. Toutefois, selon le rapport : « La politique de gestion de bois précieux se caractérise par un décalage entre les décisions de gestion (c’est-à-dire les déclarations politiques et les engagements internationaux) et leur mise en œuvre sur le terrain ».

Recommandations de la CITES

Madagascar est déjà confronté à une forte pression internationale pour résoudre la situation. Lors de la réunion de la Cites en septembre 2016, le Secrétariat de la Convention a demandé au pays de mettre en œuvre un plan d’action sur le bois. L’exploitation forestière illégale pourrait entraîner l’imposition de sanctions commerciales à l’endroit de la Grande île.

Le rapport émet un certain nombre de recommandations adressées au gouvernement (ministère de l’Environnement, ministère de la Justice et celui des Finances…) ainsi qu’au Bureau indépendant anti-corruption (Bianco), au Service de renseignement financier (Samifin), aux partenaires de l’ administration forestière et aux organismes de recherche. Certaines questions clés à aborder incluent la mise en œuvre rigoureuse de la législation existante, l’évaluations des ressources clés et la formation de base sur l’identification des espèces.

Les nouvelles

Le 16/02/17

Arh.

9. mars, 2016

Vous pouvez cliquer sur le lien ci-dessous pour visualiser l'article intitulé: "procès bois de rose à Singapour"

 

Procès bois de rose à Singapour

10. févr., 2016

Vous pouvez cliquer sur le lien ci-dessous pour visualiser l'article intitulé: « Bois de rose: aucun progrès dans l’assainissement de la filière».

 

Bois de rose: aucun progrès dans l’assainissement de la filière.