14. août, 2018

Chronique de Vanf : démocratie-attitude

La dernière fois que j’ai été voter, c’était en 1999. Aux municipales d’Antananarivo. Depuis, on ne compte plus les scrutins : présidentielles (2001, 2006, 2013), référendums constitutionnels (2007, 2010), législatives (2002, 2007, 2013), municipales (2003, 2015). Cette façade d’élections régulières donne toutes les apparences d’une démocratie.

 La multiplication des élections ne signifie pas grand-chose quand l’idée démocratique n’est pas ancrée dans les mentalités. En vingt ans, trois présidentielles, deux référendums, trois législatives, trois municipales : et alors ? Le mot malgache de «mandatsa-bato», verser son caillou dans l’un ou l’autre plateau de la balance pour faire pencher de part et d’autre du fléau, rend bien l’image de cette opération mécanique, machinale, de pure forme, par un électorat dont on sait le peu d’éducation.

 La démocratie représentative moderne faisant d’un homme, une voix, il est décourageant de voir un choix conscient, instruit, critique, se faire annuler par une voix achetée au kilo de riz, vendue aux enchères des tee-shirts et casquettes, hypnotisée par les décibels de concerts gratuits. Jusqu’en 1999, j’aurais donc essayé, avant de me faire une raison. Et le chiffre sans cesse en augmentation de l’abstention indique que je ne suis pas seul dans cette lassitude et ce scepticisme. 

 Dans ces conditions, à quoi bon cette démocratie du suffrage universel, surtout tant que ledit suffrage universel demeure celui des plus nombreux aux dépens des plus capables ? Si des élections étaient la panacée, jamais Madagascar n’aurait connu les crises politiques de 1972, 1991, 2002, 2009, 2018 : on se souvient que six mois avant la grande crise de mai 1972, qui allait emporter son régime, un scrutin présidentiel avait crédité le Président de la République alors en exercice du score surréaliste de 99%. Et, déjà, nombre d’observateurs craignent que le verdict des prochaines présidentielles, novembre 2018 en principe, ne soit systématiquement contesté, et surtout par ceux qui n’avaient aucune chance de l’emporter, quel que soit le vainqueur officiel. 

 On nous a appris que la démocratie tient par des valeurs (libertés individuelles, égalité des chances, solidarité de bon sens pour vivre ensemble) et un contenu pratique (limitation des empiètements de l’État par le Droit, délibération parlementaire, participation populaire) : Combien d’électeurs malgaches, et de politiciens locaux, le savent ? Combien de ces innombrables partis politiques y éduquent leurs membres, à défaut de ne pas tromper sciemment le «vahoaka» ?

 Madagascar est la preuve que des élections uniquement pour des élections peuvent devenir le problème plutôt que la solution. En amont de la suspicion post-électorale (élections vraiment libres, réellement transparentes ?), existe désormais une vraie méfiance envers le suffrage universel qui a plusieurs fois déçu : en découle un déficit de confiance qui aboutit au désaveu de tout le système. On ne décrete pas la démocratie, on s’y éduque, et on y éduque. La démocratie est réflexe quotidien, posture citoyenne, philosophie de vie. Le b-a, BA : respect des textes, et d’abord en restant dans leur cadre, au lieu de systématiquement descendre dans la rue. Respect des textes également en s’en tenant à ses délais : limitation des mandats dans le temps, certainement ; mais alternance, seulement aux époques indiquées, plutôt que de revendiquer chaque fois une anticipation précoce. Finalement, la démocratie passe par une éducation permanente à son esprit.  

 

16. juil., 2018

Chronique de Vanf : la bière mène à tout

La brasserie STAR sait reconnaître les siens. Les assidus de «la première gorgée de bière» et beaucoup plus puisque tellement d’affinités. Ceux dont les hectolitres de pratique font foi. Dans mon concept de bar à bières, s’invite également désormais la Gold blanche en canette. La Gold blanche titrant pas moins de 5 pour cent d’alcool. Je me demande quel goût elle peut bien avoir cette Bavaria «sans alcool»... Et ces autres limonades sans alcool que seule permet l’hyprocrisie d’une loi réglémentant férocément «l’abus d’alcool», «dangeureux pour la santé», «consommer avec modération», tandis que la loi des finances se réjouit bruyamment de la manne fiscale de la «prohibition»...

Alors que ma plume voyage déjà allègrement, embrassant beaucoup sans peur de mal étreindre, il y en a encore pour s’étonner que je n’évoque jamais tel ou tel sujet ; que je parle seulement incidemment de ce qui semble si important pour d’autres ; que je ne m’attarde que par politesse, ou curiosité, à des faits manifestement tellement sociaux. C’est que je ne parle jamais aussi bien que de ce j’aime vraiment. Alors, j’ai presque envie de répondre, cash : «Mais, vous n’êtes pas la THB, vous n’êtes pas la Gold Blanche, vous n’êtes pas ma chope de bière» (comme d’autres diraient «ma tasse de thé).

 Techniquement, la bière est cette boisson qui a surtout prospéré dans des contrées nordiques au climat plus froid que celui de nos tropiques. Ayant inventé la bière, les consommateurs desdits pays lui ont façonné une manière de boire. Les esthètes, qui aiment à fonctionner en confrérie, lui ont bricolé à leur tour des codes : «faire ceci, faire comme ça, ne pas faire cela». Ma pratique de consommateur, sous nos latitudes tropicales, est que la bière subit plus rapidement que d’autres breuvages le réchauffement climatique. Mes «collègues» savent qu’il n’y a pas plus imbuvable que de la bière tiède. Alors, de la bière chaude, beurk et pouah, comme fait le capitaine Haddock, désintoxiqué à l’insu de son plein gré par le professeur Tournesol (cf. Tintin chez les Picaros). Soit dit en passant, mais est-il possible d’apprécier du scotch bien écossais dans le sable du désert (cf. Tintin : Le Crabe aux pinces d’or) ?

 Dans une précédente Chronique («La bière entre à l’UNESCO», Chronique VANF, 02.12.2016), presque culturelle s’agissant de la consécration de la bière (belge en l’occurrence) comme «patrimoine culturel immatériel de l’humanité» par l’UNESCO (cf. Réunion à Addis-Abeba, 30 novembre 2016), je partageais la possibilité d’une culture générale autour de la dive bière. 

 Il y a 10.000 ans, les premières populations sédentarisées inventaient l’agriculture. L’histoire ne nous dit pas, par contre, combien de temps il fallut à l’Humanité pour découvrir le «pain liquide» à partir des céréales : le riz asiatique, le sorgho africain, le maïs aztèque, l’orge européenne, le seigle scandinave. Ni comment nos ancêtres découvrirent (certainement par hasard) les joyeuses propriétés de la fermentation.  

 Ces premiers «brasseurs» ne devaient pas savoir écrire si on considère que l’écriture n’avait été créée qu’il y a 5000 ans, à Sumer, quelque part dans l’Irak de nos jours, entre le Tigre et l’Euphrate. Comme seuls les écrits restent, tandis que les formules magiques de druides passablement ivres s’étaient envolées, l’histoire associera définitivement l’apparition de la bière au Code de Hammourabi (1792 à 1750 BC), roi de Babylone.

 Le consommateur malgache lambda saura-t-il jamais que le mot malgache «toaka» vient de l’indonésien «tuak», la bière de riz ? Le mot «fary», qui a d’abord désigné le «riz», aurait été transféré à la canne à sucre quand la consommation du «rhum» supplanta celle de la bière de riz, confisquant également le mot «toaka». Archéologie des mots, archéologie des plantes, archéologie des moeurs.

17. oct., 2013

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