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27. déc., 2017

Mieux vaut tard que jamais. Le ministère de l’Intérieur et celui de la Sécurité publique ont décidé de prendre le taureau par les cornes. Du moins à travers un communiqué rappelant aux étrangers qu’un visa touriste de moins de trois mois ne donne pas à son détenteur d’exercer une quelconque activité professionnelle. Une réaction qui fait suite à la découverte de « touristes » arpentant les rues de la capitale trimballant des smartphones ou d’autres marchandises de pacotille. Une dizaine d’entre eux ont dû être expulsés, faute de titre de séjour adéquat.

Il s’agit de la même pratique que font beaucoup de Malgaches qui débarquent en France avec un visa touriste et qui y restent de façon clandestine survivant avec de petits métiers avant d’avoir un papier. La différence est qu’ils ont obtenu un visa en bonne et due forme délivré par le consulat de France à  Antananarivo dont on sait la rigueur dans l’octroi d’un titre de séjour même pour du tourisme, pour un regroupement familial, pour des études ou pour des déplacements sportifs. Même pour un déplacement officiel d’une délégation malgache, un engagement de se présenter au consulat de France dès le retour est exigé. Et il n’y a plus de délivrance de visa à 24 heures du départ.

C’est la règle et aucune exception n’est faite. Et c’est là où le bât blesse, du côté malgache, puisque le visa touriste est accordé à l’aéroport avec ce que cela suppose de précipitation, de manque de rigueur et de contrôle. Le tout, bien évidemment, favorise la corruption. Par contre, la plupart des compagnies refusent d’embarquer un passager avec visa à destination au départ d’Ivato.

La pratique est peut-être inévitable du fait de l’absence de consulat malgache dans beaucoup de pays mais il faut une certaine cohérence entre les objectifs et les moyens. On ne peut pas entrer dans l’ère de l’open sky en visant un million de touristes par an et oublier d’ouvrir au moins un consulat là où une compagnie aérienne a choisi la destination Madagascar. On ne peut pas adopter l’open sky et râler, par la suite, contre une  invasion d’immigrants arabes, turcs, pakistanais au pays. Ouvrir les frontières pour les besoins du tourisme, c’est accepter tous les risques. Il aurait tout simplement fallu adapter les moyens administratifs et consulaires pour mieux contrôler ce flux d’étrangers composés, à la fois, de vrais touristes que de faux investisseurs. Il y va également de la sécurité du pays face aux menaces terroristes, lesquelles ne sont pas à negliger.

C’est peut-être la nouvelle orientation diplomatique qui sera prise et qui retarde la nomination des nouveaux ambassadeurs. Si, du moins, il y a une cohérence entre la politique touristique et les intérêts diplomatiques. Il faut en finir avec la diplomatie politique complètement inutile et qui servait uniquement à raffermir « l’amitié entre les peuples » et la guerre froide entre les deux blocs.

Le temps est venu de faire du pragmatisme diplomatique et d’avoir des objectifs précis dans l’ouverture d’une ambassade. C’est d’autant plus nécessaire qu’étant donné le coût exorbitant du fonctionnement d’une ambassade, il est obligatoire de faire un tri. En attendant, il va falloir revoir, de façon sérieuse, l’octroi de visa à l’aéroport d’Ivato pour limiter les dégâts et empêcher l’homme sans visa d’agir à visage découvert.

 

Par Sylvain Ranjalahy

L'Express de Madagascar

6. juil., 2017

Pour une ineptie, c’en est une. Les médecins menacent de porter plainte contre ceux qui publient des remèdes traditionnels et des astuces pour guérir certaines maladies sur Facebook. Décidément, chacun y va de sa maladie mentale dans cette cacophonie sociale indescriptible. En voilà une réaction intempestive et déplacée.


Les publicateurs  de ces remèdes n’ont jamais obligé personne à les appliquer et n’ont jamais garanti leur efficacité. Il est des remèdes comme il est des promesses électorales, ils n’engagent que ceux qui y croient. En tout cas, il n’y a ni brevet ni ordonnance dans ces remèdes. Aucun engagement non plus pour ceux qui publient.


Les réseaux sociaux sont faits pour des échanges dans des domaines des plus variés du moment que cela respecte une certaine éthique. On a du mal à comprendre l’irritation des médecins comme si le fait de publier ces remèdes a eu pour effet de réduire leur clientèle. C’est peut-être possible étant donné le pouvoir  d’achat de la population qui ne lui permet pas de payer une consultation et encore moins se payer les médicaments. Avec un revenu moyen de deux dollars par jour, on se demande combien d’ariary le Malgache consacre à sa santé.


S’il n’y avait pas ces remèdes et ces petites astuces, la ville, voire le pays, serait un immense mouroir. Bien sûr, il y a les sectes qui guérissent sans recours au médicament ni à la médecine, mais là, la dime que l’on paie au pasteur équivaut peut-être au prix des médicaments.À l’échelle mondiale, on sait qu’on a toujours voulu cacher l’efficacité de certaines plantes contre certaines maladies dont le traitement n’est pas encore maîtrisé par la médecine. Des milliards de dollars sont en jeu dans le marché des médicaments que les grands laboratoires font tout pour empêcher la population de recourir à des procédés de quatre sous.


Le traitement du cancer coûte une fortune ici comme ailleurs alors que beaucoup de publications font l’éloge de quelques plantes, quelques fruits aux vertus anti-cancéreuses avérées . Les grands laboratoires pharmaceutiques ont du mal à digérer des réalités naturelles et le recours à l’état brut des produits . Pourtant les vertus des plantes médicinales sont prouvées. Les remèdes proposés n’ont, d’ailleurs, rien à envier au tapa-kazo traditionnel ou au raok’andro malagasy dont l’existence n’a jamais mis en péril le métier du médecin ni le marché juteux des médicaments.


C’est le même procédé qui a été exploité, de manière industrielle, par le professeur Ratsimamanga et Homeopharma qu’on devrait donc attaquer a en juger le raisonnement de ces médecins. Pour le moment, la seule maladie qu’aucune plante ne peut guérir est le cancer des…sains. De vrais débiles en réalité .


L'Express de Madagascar

Le 13/06/17

Sylvain Ranjalahy

15. févr., 2016

La corruption s'est installée quasi culturellement au sein de la société malgache.Elle affecte tous les secteurs : l'attribution des hauts emplois de la fonction publique, l'entrée dans les écoles prestigieuses, l'accès aux postes à responsabilité et particulièrement la justice et la police...Tous les secteurs où existent un enjeu de pouvoir ou un enjeu financier. Elle est particulièrement prospère dans les milieux politiques. Les organismes dit de "lutte contre la corruption" apparaissent comme un écran de fumée destiné à satisfaire les partenaires internationaux mais sans aucun effet. Aucune affaire de corruption d'importance n'arrive devant la justice, aucun responsable n'est inquiété malgré l'importance des trafics en tout genre dont les plus emblématiques sont ceux du "bois de rose" et de l'or. L'impunité et les protections rémunérées sont la règle. A lire l'article ci-dessous.

 

http://www.midi-madagasikara.mg/a-la-une/2016/01/28/corruption-de-haut-niveau-a-madagascar-pas-darrestation-de-gros-bonnets-selon-lambassadeur-americain/

 

30. oct., 2013
 
 Madagascar à la une des médias, pour le meilleur et pour le pire

 

Les médias s’intéressent essentiellement aux faits marquants, au « sensationnel », pour le meilleur et pour le pire, le plus souvent pour le pire !

 

Il y a deux années, l’assassinat d’un couple de jeunes Français à Tuléar, dans des conditions barbares, avait polarisé l’attention des médias occidentaux. Aujourd’hui, c’est le « lynchage » de deux Français et d’un malgache à Nosy-Be qui fait la une des journaux radiophoniques et télévisuels en France.

 

Je ne connais pas les circonstances exactes concernant ces exactions et ce ne sera pas l’objet de ce billet. Je m’attacherai seulement à présenter l’environnement social qui encadre ces évènements.

 

Ce qui frappe les médias, à juste titre, c’est la « sauvagerie » des actes. Les mouvements de foule sont fréquents à Madagascar, lors d’émeutes provoquées par la colère, la faim, la misère, mais aussi et surtout provoqués par la perte de confiance dans la justice et les forces de l’ordre, police et gendarmerie : la corruption a aujourd’hui totalement gangréné la société malgache et la population n’a plus confiance. Aussi, les lynchages sont devenus fréquents lorsque que l’on prend un voleur sur le fait. Ce phénomène qui tend à  s’amplifier, n’est connu que dans la grande île car les victimes, jusqu’à ce jour, étaient des locaux.

 

Nosy-Be est la première destination touristique de Madagascar, une destination qui présente deux aspects: le côté face des palaces et des plages de cocotiers et le côté pile de la prostitution, de la pédophilie et des boites de nuit aux fréquentations «diverses ». Beaucoup de Français « traînent » à Nosy-be, pas toujours respectueux des lois, pas toujours en règle… Il suffit donc d’une rumeur qui s’accroche à des personnes, rumeur susceptible de faire sens compte-tenu des personnalités visées,  pour que tout s’emballe à la suite du meurtre d’un enfant. Cela relève plus du fait divers que d’un problème communautaire visant la communauté française.

 

Ainsi va la grande île, engluée dans une crise non seulement politique et économique, mais aussi morale. Pour bien comprendre un évènement, il faut en connaître le contexte. Précaution souvent négligée par les médias et inexplicable par le Consulat et les diplomates pour des raisons compréhensibles d’obligations de réserve.

 

Tananarive, le 08/10/2013

Jean-Daniel Chaoui

Conseiller Madagascar Océan Indien