12. mars, 2018

Recul de l’IPC en 2017 : la volonté politique pointée du doigt

L’insuffisance de volonté politique est avancée comme raison du recul de Madagascar dans le classement de l’Indice de perception de la corruption.

Insuffisant. Les conditions pour lutter efficacement contre la corruption ne sont pas encore réunies. Classé 155e sur 180 pays, Madagascar perd dix places dans le classement de l’Indice de perception de la corruption.
Au-delà du score et le classement obtenu par Mada­gascar sur l’IPC, ce fléau est vécu au quotidien. Chaque semaine, de nouveaux scandales liés à des faits de corruption sont révélés dans les réseaux sociaux et les médias en général.
« L’insuffisance de la volonté politique de la part des responsables entrave la lutte contre la corruption. Cette situation a un impact direct sur les résultats », déplore Jean Louis Andriamifidy, directeur général du Bureau indépendant anti-corruption (Bianco) en marge de la cérémonie de présentation de l’IPC 2017, hier au Café de la Gare.
L’absence de volonté politique se manifeste dans l’application ou la non-application de la loi. Le système judiciaire est ainsi particulièrement critiqué. « Si les personnes travaillant dans la Chaîne pénale anticorruption ont assumé pleinement leur rôle et que les personnes en dehors du système judiciaire respectent l’indépendance de la justice, les résultats auraient été meilleurs. Certains qualifient même la CPAC de cimetière de procès », continue Jean Louis Andriamifidy. Cela favorise l’impunité, car faute de sanctions, les auteurs de corruptions peuvent continuer leurs activités poursuit-il.
Une position partagée par maître Alex Rafamanta­nantsoa, président de Trans­parency international lors de son allocution.

Pas d’impunité
Faisant allusion aux gros dossiers, le président de la TI-IM martèle que les actions fortes entreprises en 2017 (…) doivent être intensifiées. (…) Il est indispensable que le processus judiciaire aille à son terme pour les faits de grande corruption, et que les coupables soient condamnés.
Plusieurs scandales financiers ont éclaté en 2017. Étant des observateurs externes, les organisations en charge de noter Madagascar ne retiennent que les faits relatés. Ôtés de leur contexte, les faits révélés dans les médias sont perçus comme une manifestation de la corruption au niveau des sources de Transparency International. Hormis l’affaire impliquant Claudine Razaimamonjy, les médias et la société civile ont soulevé entre autres la vente de la villa Elisabeth, l’exploitation du visa électronique à l’aéroport d’Ivato.
« Nous ne sommes pas étonnés  classement de Madagascar. Avec le début de la mise en œuvre de la Stratégie nationale de lutte contre la corruption (SNLCC), plusieurs scandales ont éclaté en 2017. Cela n’excuse en rien le recul de Madagascar dans le classement, car nous sommes tous conscients que les efforts doivent être intensifiés », poursuit le DG du Bianco.
La lutte contre la corruption figure parmi les priorités définies lors du team building gouvernemental à Mantasoa. Certains départements ministériels en font également leur cheval de bataille. Il s’agit entre au­tres de la Gendarmerie dans laquelle plusieurs agents ont été révoqués pour corruption en 2017.
Avec la mise en place prochainement du Pôle anticorruption, l’adoption de la loi sur le recouvrement des avoirs illicites et la loi anti-blanchiment des capitaux, l’amélioration du score de Madagascar pour 2018 est attendu, pourvu que la volonté politique les accompagne.

L'Express de Madagascar

Le 23/02/18

Andry Rialintsalama