16. mai, 2018

Détournements de fonds auprès de la Croix-Rouge Malagasy

Incriminée. La Croix-Rouge Malagasy (CRM) semble désormais discréditée suite au communiqué de la Croix-Rouge Norvégienne (CRN), dénonçant un détournement de fonds et annonçant la rupture de partenariat entre les deux entités. Le président national de la CRM, Claude Rakotondranja, a accepté de nous expliquer la situation et les actions à entreprendre suite à ces fraudes découvertes en avril 2017…

 

La Vérité (+) : La CRM reconnait-elle l'existence de ce détournement de fonds dénoncée par la Croix-Rouge Norvégienne ?

Président national CRM (=) : Tout d'abord, je tiens à préciser que la Croix-Rouge Norvégienne ne nous a pas informé au préalable de cette situation mais a préféré en parler directement dans la presse, le 18 avril dernier, ce qui est contre le principe du mouvement international. La moindre des choses serait de nous intégrer dans les destinataires du mail y afférent, mais en vain. En tant que président national de la CRM, j'ai honte de la situation, d'autant plus que c'est toute la société nationale qui en est dénigrée. Le détournement de fonds aurait effectivement eu lieu, si l'on se réfère aux chiffres sortis par la CRN, sauf que cela n'a pu être effectué que par un groupe de personnes.

 (+) : Avez-vous pu identifier les personnes qui auraient commis ces fraudes sur des transactions bancaires ?

(=) : Le communiqué de la Croix-Rouge Norvégienne a déjà donné des indices, sans pour autant livrer des détails, sur les personnes suspectées de cet acte. Nous avons également une piste à ce sujet, mais nous attendons encore les dossiers émanant de la CRN, entre autres le rapport d'audit, avant d'entamer les procédures judiciaires. J'ai envoyé un E-mail pour demander ces documents servant de preuves depuis le 19 avril dernier, mais le rapport ne nous est pas parvenu jusqu'ici. Pourtant, la plainte doit être faite sur une base solide, sinon cette affaire entraînerait un conflit interne au sein de la CRM. En attendant, les activités s'enchaînent malgré les critiques et les doutes de certains partenaires.

(+) : Comment cette affaire a-t-elle pu avoir lieu sans que vous, en tant que président national, n'en étiez pas au courant ?

(=) : La séparation de pouvoir est bien appliquée au sein de la CRM. Le secrétaire général étant le signataire des transactions bancaires, mais il aurait dû m'informer de tout. Au début 2017, j'ai dû suivre un traitement à l'étranger à cause de ma maladie, ce qui pourrait expliquer la défaillance. D'un autre côté, la CRN a envoyé un délégué qui s'assurait des contrôles et de la gestion conjointe des subventions avec la CRM. Ce délégué n'a soulevé aucun problème  pendant ses 5 années de présence à Madagascar. D'ailleurs, il s'est chargé d'une évaluation trimestriel puis semestriel des activités, avant la validation des décaissements. Je me demande pourquoi des fraudes ont pu être commises malgré sa présence permanente et les dossiers en sa possession.

(+) : Quels seraient les impacts de la rupture du partenariat avec la CRN sur les activités et projets entrepris par la CRM ?

(=) : Cette affaire a effectivement semé des incertitudes sur la survie de la Croix-Rouge Malagasy. Mais ce n'est pas le cas puisque la rupture du partenariat ne met pas en péril nos activités. La CRN fait partie de nos partenaires dans la mise en œuvre de la stratégie 2020, pour dire que son absence entraînera un gap dans nos prévisions stratégiques. Toutefois, d'autres acteurs restent présents et nous ont rassurés de leur soutien indéfectible malgré cette affaire. Quoi qu'il en soit, la CRM reste indépendante de ses partenaires et continue d'être opérationnelle dans ses zones d'intervention pour accomplir sa mission, c'est-à-dire de prévenir et d'alléger la souffrance des gens vulnérables, et cela à travers de nombreux projets dans le domaine de la santé, l'eau, la prévention des catastrophes, etc.


La Vérité

Mercredi 25 avril 2018

Propos recueillis

par Patricia Ramavonirina