5. juil., 2019

Lutte contre la corruption

Réelle volonté ou arme politique ?

Désespoir. Tel est le ressenti de la société par rapport au service public. Le secteur public est parmi le plus corrompu dans la grande île et ce depuis toujours

La corruption est un mal qui gangrène les sociétés africaines actuellement

https://lhebdo.mg/wp-content/uploads/p6-9.jpg                 Des personnalités connues croupissent à la Maison de force de Tsiafahy

Les présidents qui se sont succédé ont mis en place leurs stratégies respectives pour lutter contre la corruption, sans résultats concrets, le pays plonge toujours dans la corruption. C’est l’un des freins majeurs voire destructifs pour le développement de Madagascar. Les Malgaches vivent très mal cette corruption à laquelle ils sont confrontés dans leur vie quotidienne. Madagascar a commencé à lutter contre la corruption et à en faire une de ses priorités depuis une vingtaine d’années.

Gangrène

La corruption est devenue une sorte de « maladie » qui affecte le pays, voire l’Afrique et presque dans tous les continents dans le monde entier. Quelles sont les mesures strictes qu’il faudra prendre pour lutter contre cette corruption ? Pourrait-on espérer qu’un jour Madagascar deviendra un pays modèle en matière de lutte contre la corruption ? Que Madagascar figurera parmi les Cinq pays les moins corrompus du monde ? Ce qui est sùr, ce ne sera pas pour demain, le combat est long. Toutefois, il existe des organisations non gouvernementales (ONG), des associations, des plateformes, des simples citoyens qui veulent lutter contre la corruption.

Les champions des pots-de-vin

https://lhebdo.mg/wp-content/uploads/p6-1-5.jpg                     L’entrée à Tsiafahy bien gardé

Selon l’ONG Transparency International Initiative Madagascar (TI-IM) par le biais de l’Indice de perception de la corruption (IPC) « en 2012, Madagascar est classé 118e place sur 176 pays ; en 2013, 127e sur 177; 2014, 133e sur 175 ; 2015, 123e sur 168; 2016,  145e sur 176; 2017, 155e sur 180; et en 2018, 152e sur 180. Avec un score de 25 sur 100, Madagascar fait partie des 20 pays les plus corrompus dans le monde .

Le top 10 des pays les plus corrompus en Afrique 
La Somalie prend la première place, le Soudan du Sud, Soudan, Guinée Bissau, Guinée Equatoriale, Burundi, Lybie, Congo,Tchad, Angola, République démocratique du Congo, Zimbabwe,Mozambique, Erythrée, Madagascar et Cameroun sont les pays où la corruption règne dans tous les domaines, qui nécessitent un balayage et une réforme au sein de l’administration. La corruption sous toutes ses formes, du détournement d’argent public au blanchiment d’argent, de l’existence des impunis. Cet indice pour la corruption établi par la TI-IM évalue le degré de corruption perçue dans le secteur public à l’échelle des pays. La question qui se pose est de savoir : jusqu’à quand les Malgaches supporteront et accepteront cette situation ? La sonnette d’alarme est déjà tirée, pourtant les pots-de-vin sont devenus une pratique courante dans les administrations publiques et privée. La bonne moralité, la bonne foi, l’intégrité, l’éthique sont en train de se dégrader à Madagascar. Cette réflexion suscite la curiosité en demandant qu’il faille avoir un dictateur pour diriger ce pays ? Pour retrouver ou trouver si on ne l’a jamais « retrouver » la bonne voie à Madagascar ? Le poids de la communauté internationale joue une importance capitale dans cette lutte contre la corruption.

Chasses aux « sorcières »

Depuis l’installation du nouveau régime, plusieurs têtes de l’ancien régime ont été arrêtées. « Tolérance zéro et exemplarité de sanctions en matière de corruption » affirme le président Andry Rajoelina. Cette intolérance s’applique à tous sans exception. toutefois s’appliquera-t-elle aussi aux membres du gouvernement ?Aux proches collaborateurs du régime actuel ? Parmi les personnalités qui ont été arrêtées, entre autres, le conseiller de l’ancien président Hery Rajaonarimampianina qu’est Mbola Rajaonah, Maminirina Jean Eddy alias Eddy bois de rose. La descente du Bureau indépendant anti-corruption (Bianco) au domicile de l’ancien ministre des Mines et du pétrole non moins proche du président Hery qui est soupçonné comme complice dans l’affaire de la société Kraoma et d’un enrichissement illicite, il s’agit de Henry Rabary-Njaka , l’arrestation de l’ex conseiller du président Hery , Hugues Ratsiferana , le limogeage de James Andrianalisoa de son poste de directeur généralde l’aviation civile Malgache (ACM) qui était aussi conseiller spécial de l’ancien président Hery . La convocation des anciens ministres, celui des travaux publics et des infrastructures, Ulrich Andriantiana, et celui de l’Energie et des Hydrocarbures, Lantoniaina Rasoloelison auprès du Bianco, il lui serait reproché de n’avoir pas suivi les règles de procédure dans le déblocage du Fonds d’entretien routier (FER), la convocation de l’ancien Premier ministre non moins ministre de l’Intérieur et de la décentralisation auprès du Bianco, ce dernier pourrait être a la charge de la Haute Cour de Justice en étant un ancien chef du gouvernement. Le Bianco serait-il devenu un élément d’arrestation politique qui s’engage au profit du régime en place ? La loi numéro 2004-030 du 9 septembre 2004 sur la lutte contre la corruption, dans son article 20 dispose:  « L’indépendance du Bureau est garantie par la sécurité de la fonction de ses dirigeants, la disponibilité de ressources suffisantes et l’autonomie dans les opérations. Dans l’exercice de sa fonction, le directeur général est protégé de toutes formes de pression ou intimidations provenant d’entités politiques, économiques ou autres ».

Flous

La loi est très précise par rapport aux fonctions des membres du Bianco. La loi garantit l’indépendance de ce cadre institutionnel dans l’exercice de sa fonction. Toutefois, le doute envahit car pourquoi toutes ces arrestations et convocations successives de personnalités de l’ancien régime ? Pourquoi le Bianco n’a-t-il pas effectué ces convocations quand ils étaient encore au pouvoir ? L’indépendance et l’impartialité sont douteuses, car il serait possible que ce cadre institutionnel soit devenu une armée politique du nouveau régime. Le ministre de la Justice, Jacques Randrianasolo l’a bien affirmé: « Il n’y aura pas de traitement de faveur. » Donc il ne devrait pas y avoir un copinage vu que c’est l’intérêt supérieur de la nation qui est en jeu. Tout le monde devrait récolter ce qu’il a semé sans distinction de couleur politique, d’origine, de famille, de couleur… D’ailleurs ,nul n’est au-dessus de la loi, c’est un principe qui est malheureusement en décalage avec la réalité. Fermer les yeux ne serait pas possible par rapport à ces arrestations sans pitié. L’affaire de la vente d’une partielle du terrain de l’Autorité de Régulation des Technologies de Communication (ARTEC) à Ivandry suscite la curiosité, qui est rattaché au ministère des Postes, des télécommunications et du développement numérique. Ce ministère a fait savoir, par le biais de son communiqué, son opposition à la vente de la propriété dite « ANKASITRAHANA » TN°74.434-A . Qui a pu commettre la sottise de vendre un domaine privé de l’Etat ? L’enquête est en cours. Concernant la vente du jardin d’Antaninarenina qui remonte en 1998, l’année où Guy Willy Razanamasy était maire d’Antananarivo, la signature de l’acte de vente a été au nom du président du conseil municipal de l’époque, en l’occurrence Lalaina Berthnes, il se pourrait que ce dernier soit aussi victime d’une arrestation. Il ne fallait pas préciser à plusieurs reprises que ce jardin d’Antaninarenina est un lieu historique. Toutes ces arrestations, si ce n’est pas de la vengeance, cela y ressemble fortement. La corruption est un mal qui gangrène les sociétés africaines actuellement. Elle est présente presque dans tous les domaines, si petite soit-elle, pratiquée par les agents publics, si grande soit-elle, qui règne au sommet de nos Etats. Elle doit être réprimée par la justice, le Bianco devrait garder son indépendance sans accepter une quelconque forme de pression. Que penser de tout cela ? Paradoxalement, la majorité des employés de la fonction publique ou du privé, affirme que les efforts engagés par le gouvernement dans la lutte contre la corruption sont inefficaces. Affaire à suivre.

L'HEBDO

Du Jeudi 28 mars au jeudi 4 avril 2019

Rija Andrian Ravelojaona/ Photos : L’Express de Madagascar