13. mai, 2019

Chronique de Vanf: au carrefour de la route de Majunga

C’est à Majunga que Gallieni avait abordé la terre malgache, en septembre 1896. Pour apprendre que toutes les communications avec l’intérieur sont coupées et que le chef rebelle Rabezavana tient la région d’Andriba. Gallieni reprend la mer, inspecte Diégo-Suarez et débarque finalement à Tamatave. Sur le chemin vers Tananarive, suprême outrage, l’arrière-garde du futur Gouverneur Général est attaquée par les rebelles, peu avant Moramanga.  

 Madagascar était alors en situation d’insurrection, malgré la capitulation du 30 septembre 1895. Un télégramme du 25 septembre 1896 enjoint au Résident général Hippolite Laroche de remettre tous ses pouvoirs au général Gallieni. Commencent alors «Neuf ans à Madagascar» qui ajoutent une ligne prestigieuse à la carrière de celui qui sera fait maréchal de France à titre posthume : «le pacificateur du Soudan», «un génie politique en Asie», «l’homme d’État à Madagascar», «le sauveur de Paris». 

 À Madagascar, tout «type à poigne, formidable et sans avoir l’air d’y toucher» qu’il fût, Gallieni (1849-1916) eut surtout sous ses ordres plusieurs officiers de grande valeur, sans lesquels il n’aurait pas pu mener sa mission à bien. 

 À Joseph Joffre (1852-1931), futur maréchal de France, et généralissime du front de Verdun en 14-18, Gallieni avait confié la tâche de créer et d’organiser la base navale de Diégo-Suarez. 

 Le colonel Roques (1856-1920), polytechnicien de formation, occupera le poste de directeur du Génie et des Travaux publics. On lui doit le tracé du chemin de fer «TCE», Tananarive-Côte Est. Nommé directeur du génie au ministère de la guerre (janvier 1906 - novembre 1910), il organise l’aviation militaire française avant de succéder à Gallieni au poste de Ministre de la guerre (mars-décembre 1916). 

 À ce poste de Ministre de la guerre, succédant à deux «pays», Hubert Lyautey (1854-1934) perpétue le flambeau «malgache» (décembre 1916-mars 1917). Après son «temps» à Madagascar (1897-1903), où son poste à Ankazobe (1897-1898) restera davantage dans la mémoire collective que son commandement du Sud, depuis Fianarantsoa (1900-1902), Hubert Lyautey partira pour le Maroc où il sera célébré pour sa «politique des égards». Lyautey avait déjà secondé Gallieni au Tonkin (1894-1896) et ce dernier lui gardera de l’affection comme en témoigne ce compliment rapide dans une lettre du 26 septembre 1902, à Charles-Roux : «En ce qui concerne Lyautey, il nous a fait une bonne besogne ici» (in «Lettres de Madagascar», Société d’éditions géographiques, maritimes et coloniales, 1926). 

 De cette amitié, témoigne l’abondante correspondance entre les deux hommes dont le fils de Lyautey fit la matière de son livre-hommage à Gallieni («Gallieni», Gallimard, 1959). Le hasard de la vie a voulu que Gallieni, mais surtout Lyautey et Roques se croisent d’abord à Ankazobe avant de se succéder au Ministère de la guerre. Cet ouvrage nous apprend que sans l’entêtement de Lyautey, qui, depuis son observatoire d’Ankazobe, plaida pour la construction de la route de Majunga, Gallieni aurait donné sa préférence exclusive à la route de Tamatave.

 Épuisé par le chantier de cette route de Majunga, en réalité la portion Antananarivo-Maevatanàna construite d’avril à octobre 1897, Lyautey tomba un jour gravement malade à Andriba. Les médecins lui préconisent du lait mais la région est alors déserte de tout bovidé. Le futur maréchal de France sera sauvé par le lait d’une jeune mère qui allaitait son nouveau-né : c’est du lieutenant Gruss, resté à son chevet, dont Lyautey se souviendra jusqu’à le présenter à Gallieni, tout le monde oubliant le nom de cette Ramatoa.