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18. août, 2014
27. mars, 2014

Le 21 mars, c’est notre automne austral. Vue d’un esprit manifestement contaminé par la lecture que nous proposent du monde les médias occidentaux, mais j’ai l’impression que la configuration de notre planète Terre a voulu que les terres émergées soient situées pour la plupart dans l’hémisphère Nord, et même au-delà de la tropique du Cancer. Les conditions climatiques ont-elles fait des populations de ces régions cette partie industrieuse de l’Humanité ? À propos de notre partie, australe, et plutôt tropicale, de la Terre, les thèses les plus caricaturales avaient pu écrire que, comme la nature pourvoyait à tout, il suffisait de se baisser pour ramasser les tubercules et tendre les bras pour attraper les fruits. Un monde de cueillette, sans valeur ajoutée humaine.

 

Certes, il ne fait pas nuit la moitié de l’année, mais nous n’avons pas l’hydrométrie que permettent les réservoirs des massifs glaciers. J’envie à ces pays du Nord qui, dans ma culture, sont surtout européens, le vert de leurs pâturages, le large lit de ces fleuves qui irriguent tout un continent et relient des régions aux connexions sinon improbables : axes de commerce, autoroutes d’échanges culturels, usine à électricité. Tout ce qui manque à Madagascar, finalement : notre sol latéritique sous un soleil de plomb ne permet qu’une herbe rêche, au vert fané, maigre fourrage pour bête de somme.

 

Ceux du Nord nous envient pourtant ce soleil. Tandis que je rêve d’une dérive inachevée des continents qui aurait fini par mettre la rade de Diégo-Suraz juste au Sud du tropique du Capricorne. Et donc en zone tempérée. Ou tant qu’à faire, une remontée de Fort-Dauphin vers les précipitations des zones équatoriales. Argentine ou Kalimantan. Nos voies d’eau ne sont pas au long cours, entre étiage pangalane et falaises sans écluses, tandis que les grandes civilisations ont grandi au bord de fleuves majeurs : Mékong, Nil, Tigre et Euphrate.

 

Je nous aurais voulu des Danube, des Rhin, des Seine, pour voir s’élever autant de Vienne, de Cologne ou de Paris. Las, le Larousse ne consacre que de courtes lignes à nos rivières : «Ikopa : rivière de Madagascar, drainant la région d’Antananarivo, affluent de la Betsiboka, (rive gauche), 400 kms ; Betsiboka : rivière de Madagascar, née au coeur de l’Imerina, tributaire du canal de Mozambique (520 kms)».

 

Sur 2850 kms, le Danube traverse 9 pays : Allemagne, Autriche, Slovaquie, Hongrie, Croatie, Serbie, Roumanie, Bulgarie, Ukraine. Le Mékong, et ses 4200 kms, concerne 6 pays : Chine, Birmanie, Laos, Thaïlande, Cambodge, Vietnam. En voguant sur le canal Rhin-Main-Danube, l’Europe se traverse de la Mer du Nord jusqu’à la Mer noire. Que la chaîne d’Ankaratra ne nous ait pas été leurs Alpes, pour de grands desseins sur l’Ikopa. À l’instar de Paris, protégé par les lacs réservoirs sur la Seine (1966 : lac de la forêt d’Orient, 205 millions de m3 ; 1990 : lac du Temple,170 millions de m3 ; 1974 : lac du Der-Chantecoq, 350 millions de m3) les petits affluents de l’Ikopa s’étaleraient en lacs d’altitude avant de se perdre inutilement à la mer. Lacs de régulation, écrêteurs de crues ou réservoirs pour pallier l’étiage. Projets hydroélectriques. Navigation jusqu’au Canal de Mozambique. Des navires de mer parviendraient jusqu’à Maevatanana où un trafic fluvial prendrait le relais jusqu’à Antananarivo, par un jeu d’écluses digne du canal de Panama.

 

Les journaux télévisés, que nous importons quotidiennement des pays du Nord, ne nous montrent que fringale de soleil. Les documentaires de voyage ou d’escale décrivent nos latitudes comme des paradis du beau temps. Ils font l’impasse sur la chaleur infernale au quotidien, la moitié de l’année. Alors, quand les présentateurs de JT chantent le «printemps», le leur, nous soupirons d’en finir bientôt avec la canicule tropicale.