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20. févr., 2018

«Ça ne se fait pas», bien sûr. D’accabler les morts. Surtout qu’il y eut des enfants parmi les victimes. Et les décombres. Pourtant, comment se refuser à poser les questions de simple bon sens ?

 Sur les vieilles photos d’avant la conquête française, en 1895, donc quand la conception de l’espace était encore proprement merina, au pied de la falaise, que surmonte le temple dit d’Ambonin’Ampamarinana, ne se trouvait rigoureusement aucune habitation. 

 Les «Anciens» respectaient un certain nombre de comportements au quotidien : ne pas s’enterrer dans un «lavaka» (trou) qui se transformerait en bonde d’une soudaine crue ; ne pas s’immerger dans la plaine inondable pour ne pas vivre les «genoux-dans-l’eau» ; ne pas vivre sous la cloche d’une masse rocheuse, un «rangolahy» qui priverait l’Ambaniandro de sa part de soleil...

 Depuis 1895, les «Modernes» ont méthodiquement dérogé à chacune de ces prescriptions symboliques, sans des mesures proprement pharaoniques d’accompagnement, avec les conséquences que l’on sait. La ville basse de l’Ouest, gagnée sur les «paria» (en indonésien «parit»), chaque carré de rizière irriguée, n’arrive pas à vider ses égoûts à ciel ouvert en hiver sec et patauge dans un lac d’eaux sales en été pluvieux. 

 Le «rangolahy» des anciennes tombes, consistait en une épaisse feuille de roche, détachée par le feu à son monolithe granitique, et dont on recouvrait la dernière demeure : «Tsy mba vero na mba rangolahy no manafina an’io fasana io», nous «mélancholia» Jean-Joseph Rabearivelo. Cette formidable masse rocheuse, constamment au-dessus de la tête, constitue un «rangolahy» virtuel assez malsain. 

 À vue d’oeil, la Haute-Ville d’Antananarivo toise Mahamasina et la plaine de 200 mètres. Ampamarinana, qui était auparavant la roche «Tsimihatsaka», qu’on ne nivelle pas, devint la roche Tarpéienne quand un groupe de chrétiens y fut précipité le 28 mars 1849, pour leur condamnation à mort. Comment envisager de vivre au pied d’une falaise justement choisie pour sa létalité ? Non seulement, des constructions spontanées s’y sont agglomérées, mais le Fanjakana en a fait le «Fokontany Ambanin’Ampamarinana» : le quartier-d’en-bas-du précipice...

 Et si Antananarivo, île rocheuse au milieu de la mer de rizières du Betsimitatatra, s’affaissait sur elle-même en une catastrophe à l’effroyable symbolique ? La plate-forme du Rova est une terrasse de terre rapportée : ce qui tient depuis 1610, pourra-t-elle tenir indéfiniment sans mesure conservatoire ? Quelles autres parties de la Haute-Ville reposent sur le même schéma qu’érodent constamment eaux pluviales et eaux usées sans système d’égouts ? À quel travail souterrain s’attèlent en permanence les infiltrations et suintements des fosses perdues dédiées aux excreta ?

 Même une futilité cosmétique peut avoir des conséquences imprévisibles, alors que, justement, il faudrait prévoir le pire pour préserver le meilleur de cette colline historique : dans quelle mesure l’installation du très hollywoodien panneau «Antananarivo», dont l’échafaudage demeure visible à quelques mètres seulement du pan de roche qui s’est affaibli, avait-elle pu attenter à l’intégrité de la roche ? 

 Questions qui fâchent délibérément. Pour conjurer notre insoutenable légèreté dans l’approche de la Culture et du Patrimoine. 

 

13. févr., 2018

«L’approche photographique de Pierrot Men tient à la fois du reportage documentaire et d’une démarche d’auteur. Elle sait nous faire ressentir toute la dignité dont sont habités les sujets photographiés. Ses images extrêmement composés par la structuration des plans, l’importance de la ligne de fuite...».

 J’emprunte d’autant plus facilement ces mots que je n’y comprends pour ainsi dire rien. Mais, ils sont exposés au même titre que les tirages de Pierrot Men dans la galerie à ses photos dédiée, à Tana Water Front Ambodivona. 

 Mission impossible. Quoi donc ? Écrire comme Pierrot Men photographie. Raconter laborieusement avec des mots ce que le clic de «l’instant décisif» cisèle avec le rendu plus-que-vrai d’une réalité qui s’étonne elle-même d’être ainsi sublimée. Cette banale flaque d’eau après la pluie qui se découvre miroir d’une réalité inversée : Haut, Bas, Fragile de la fragilité d’un moment fugace. La seconde cependant d’un moment d’éternité. 

 «La ligne de fuite», le photographe s’y astreint-il comme à une formule impérative ou n’est-ce pas la géniale composition de tant et tant d’artistes qui a inventé «la ligne de fuite», pour ainsi dire sans le faire exprès ? Comme pour le vin, les mots ampoulés sont survenus bien plus tard, tellement empruntés que les premiers inventeurs du vin n’y auraient rien compris.

 Je suis plus à l’aise avec la suite : «Ce sont de petits riens de la vie, des interstices du quotidien, abordés avec une grande discrétion, qui composent un travail qui réveille notre capacité à l’émerveillement». 

 Petits riens, interstices, discrétion, émerveillement... Voilà des mots qui me parlent, parce qu’ils sentent le vécu. Non seulement, ils sentent le vécu : ils sont le vécu. Ma capacité d’émerveillement, c’est d’abord une anticipation : «Quoi, une galerie Pierrot Men, et je n’en savais rien !». Bien sûr, ils n’ont ouvert que depuis six mois, mais dans une Ville sans cinéma ni bibliothèque, ce devait être un petit événement, dont pourtant j’ignorais tout !Vite, rattraper sans plus attendre ce temps perdu...

 C’est que, oui, on admire d’autant mieux l’oeuvre de Pierrot Men qu’on la connaît déjà. Le plus remarquable n’est pas tant dans l’éveil de notre capacité d’émerveillement, que dans le pouvoir de renouveler indéfiniment ce plaisir pavlovien. Cette photo des palais du Vieux Antananarivo, dans le foulard vaporeux d’un nuage de brume, on dirait quelque déjà vu, mais personne n’oserait dire que le Maître se copie-colle lui-même. De fait, le vieux plaisir d’une précédente fois, dont soi-même n’est plus tout à fait sûr, laisse vite place au jeune sourire de l’instant présent.   

 Et on imagine le Making Of. Non, ce n’est pas possible de se mettre à l’affût d’un phénomène tout à fait aléatoire. L’instant décisif, c’est une sensibilité, une perméabilité, une innocence. Une âme d’enfant derrière le regard du sexagénaire. Quelque chose de la vierge chez l’odalisque rompue à toutes les ruses des caresses. L’étonnement à encore s’étonner. L’attente d’un petit rien de nouveau, la quête d’une surprise. N’est-ce pas ainsi qu’on continue d’écouter les mêmes mots du discours sans cesse renouvelé de la séduction ? Ne pas céder à la blasitude, c’est donc tout un talent.

3. juil., 2017

Vingt-cinq jours de réclusion semblent avoir suffi. Placé en détention préventive le 26 mai, un utilisateur facebook a bénéficié d’une mise en liberté provisoire, hier. Âgé de trente-neuf ans, ce prévenu a été placé à l’ombre pour avoir mis sur son mur une publication montée de toutes pièces, selon laquelle le tunnel d’Ambanidia s’est effondré, provoquant de lourdes pertes en vies humaines. Son procès se tiendra en revanche le mardi 4 juillet au palais du tribunal à Anosy.
Lancée sur facebook le mardi 23 mai, la publication a semé la pagaille dans la capitale. Les sapeurs-pompiers étaient mêmes intervenus sur les lieux, suite à de nombreux appels de recoupements déclenchés par les mythomanes. De leur côté, les Forces armées ont également envoyé des hommes sur place.

L'Express de Madagascar

Le 21/06/17

A.M.

26. avr., 2017

monnaie

               Les nouveaux visages de nos billets seront bientôt connus.

Le gouvernement envisage d’émettre une nouvelle coupure de billet. Après le billet de 10 000 ariary en 2003, celui de 20 000 ariary fera bientôt son entrée sur le marché.

Une mesure inattendue. L’idée d’émettre une nouvelle gamme de billets de banque a été à l’ordre du jour du conseil de gouvernement de mardi et du conseil des ministres d’hier.

Mais de quoi s’agit-il exactement ?


Les informations recueil­lies auprès du ministère des Finances et du budget parlent d’une émission de nouveaux billets et de change­ment d’aspect de certains billets. « Le gouvernement envisage d’émettre un billet de 20 000 ariary. La banque centrale vous donnera plus de détails à ce sujet », laisse entendre le ministre des Finances et du budget Gervais Rakotoarimanana.


Du côté de la Banky Foiben’i Madagasikara (BFM), c’est le suspense total. Contactée, une source s’est contentée de dire que la presse sera convoquée bientôt à ce sujet. Ni la date d’émission, ni sa forme ne seront pas encore connues pour l’instant. « Toutes ces mesures feront l’objet d’un décret », a souligné le membre du gouvernement.


Car le projet du gouvernement ne concerne pas uniquement l’émission de ce nouveau billet mais aussi d’un petit lifting des billets de banque en circulation. Ils auront bientôt un nouvel aspect.

Inflation
« Les graphismes, la forme, les dimensions, et les couleurs dominantes sont concernés par cette touche de changement », indique une autre source. D’après les économistes, plusieurs cas de figures auraient motivé cette décision de l’État. Il y a, d’une part le contrôle des flux monétaires, et d’autre part la lutte contre la circulation des faux billets. « C’est un moyen pour la Banque centrale de récupérer indirectement les liquides stockés quelque part », a expliqué Rado Ratobisaona enseignant chercheur des Universités.


Pour lui, cette mesure est aussi une sorte de dévaluation indirecte de la monnaie nationale. « Avec la dépréciation répétitive de l’Ariary face aux monnaies fortes comme le dollar et l’euro, la banque n’a plus d’autre choix que d’émet­tre une grosse coupure. C’est une pratique qui se fait dans le monde », a-t-il ajouté.


Une fois effective, les impacts de cette mesure ne devraient pas se faire attendre. À en croire sa déclaration, la hausse de prix sera au rendez-vous. « Cette inflation est inévitable. Mais c’est au gouvernement de prendre les mesures adéquates pour la maitriser », conclut notre interlocuteur. Pour cette année, la BFM envisage de maintenir l’inflation à 7%.


Cette nouvelle gamme de billets permettra à la population, comme aux institutions financières de mieux se prémunir contre la contrefaçon, grâce aux signes de sécurité modernes utilisés. « Ces billets seront fabriqués avec des méthodes sécuritaires aux normes internationales, avec des technologies de pointe. Cette initiative entre dans le cadre de l’amélioration de leur sécurité et de leur durabilité. Ainsi, ils possèdent des procédés sécuritaires très renforcés », a indiqué une autre source proche du dossier.


La dernière émission d’une nouvelle gamme de billet de banque date de l’année 2004. Les petites coupures, comme les 100 ariary, 200 ariary, 500 ariary et 1000 ariary ont été touchées par cette mesure. Mais une année plus tôt, le 31 juillet 2003, le régime Ravalomanana avait procédé à une nouvelle émission de bil­lets de 2000 ariary et 5000 ariary et la mise en circulation d’une nouvelle coupure de 10 000 ariary. Mais la coupure de 20 000 ariary risque de semer la pagaille dans les transports en commun en ville.

L'Express de Madagascar

Le 13/04/17

Lova Rafidiarisoa