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8. janv., 2019

Lors des présidentielles du 16 novembre 2001, le « Comité des Affaires Nationales et de la Lutte contre la Corruption et l’Injustice » (KFPAFT/CANLCI) au sein de l’église FJKM avait reçu l’agrément (en date du 5 octobre) du CNE d’alors (Conseil National Électoral) pour participer à l’observation des élections. Dans une lettre du 24 octobre 2001, le Président dudit Comité CANLCI, Emile Ramarosaona, décrivait, ni plus ni moins que le maillage serré du territoire national dont peut être capable la FJKM.

« La FJKM se propose de déléguer deux (2) observateurs dans chacun des bureaux de vote prévus (18.000 environ) dans le pays (...) la FJKM, pour atteindre et pour faire participer efficacement ses fidèles, entend s’appuyer sur l’intégralité de son organisation structurelle, verticale et horizontale, à savoir sur les trente cinq (35) synodes régionaux répartis en soixante dix-neuf (79) divisions géographiques et qui comptent cinq mille (5.000) paroisses et environ douze mille (12.000) lieux de culte ». 

Cette année 2018, on comptait 24.852 bureaux de vote : gageons que la FKJM, et l’ensemble du FFKM, aurait été en mesure d’accréditer deux scrutateurs dans chacun de tous les bureaux de vote. Performance considérable apparemment puisqu’aucune organisation politique n’était en mesure d’assurer une telle couverture exhaustive. Attestant au passage du faible ancrage local des partis politiques malgaches.

L’idée en avait été lancée au niveau de la société civile, mais, malheureusement, les diverses officines engagées dans l’observation de ces élections de 2018 n’avaient pas pu se mettre en « cluster », privant les analyses, les commentaires et les critiques d’une vision panoramique riche d’une revue du détail. Il est toujours en effet quelque peu présomptueux de tirer des conclusions, non seulement provisoires mais surtout partielles, en arguant de l’expression bien connue (surtout pour son approximation) d’un « échantillon représentatif ». A titre d’exemple, l’Observatoire Safidy dit avoir déployé 7.350 observateurs, dans 34 districts, de 7 Régions (sur 22), couvrant 9.350 bureaux de vote...

Un adage juridique veut que « actori incumbit probatio », la charge de la preuve incombe à l’accusateur. Que le camp du candidat numéro 25 dénonce des fraudes, soit, mais quelle preuve apporter de ce qui a pu se passer dans 15.000 autres bureaux de vote quand on n’a été soi-même présent que dans 10.000 ? Un puzzle électoral est-il au moins possible, par l’addition des diverses bonnes volontés éparses, à mettre à la disposition de la Haute Cour Constitutionnelle qui trace par le menu ce qui sinon, reste au mieux conjectures, au pire fantaisies ? Un appel d’offres en ce sens n’était-il pas plus judicieux, plus urgent, et plus constructif (« mpanangana ») que cet appel à manifestation d’hystérie sur la Place du 13 mai ?

J’étais encore étudiant quand je déplorais déjà ce « rituel de la rue » (Merci au Madagascar Tribune du début des années 1990, et à Franck Raharison, d’avoir publié mes écrits impulsifs sur une actualité alors, déjà, compulsive). Des institutions existent, des procédures sont prévues : pourquoi ne pas monter un dossier plutôt que d’aller exciter le chaland sur cette Place du 13 mai dont, jamais, aucune saute d’humeur n’a été bénéfique ni à l’ordre, ni à la discipline, ni à la morale, ni à la hiérarchie, ni à l’Etat, ni à la société, ni même à chacun des badauds qui se font martyrs à l’occasion.

Pas plus à l’époque que maintenant, vingt-sept ans après le 10 août 1991, je n’arrive à comprendre le ressort psychologique du militantisme : celui de ceux qui arborent le tee-shirt à l’effigie d’Untel, comme celui de ceux qui se mobilisent sur la Place du 13 mai à l’exhortation de rhéteurs de barricades. Déjà endoctrinés, oseront-ils jamais songer que tout n’a peut-être pas été parfaitement fait en amont ? N’ayant jamais mis les pieds Place du 13 mai, je suppose que les cris et la clameur de ce samedi 29 décembre 2018 devaient être en tous points semblables à ce qu’on entendait déjà de fanatisme à la radio, le 13 mai 1972.

Cette date, et toutes celles (1991, 2002, 2009, et donc 2018) qui s’inspirent de son fâcheux précédent, à en faire une jurisprudence, mieux, une coutume incontournable de la politique malgache, symbolise les pertes successives de la supériorité morale qui voient notre pays dans l’abîme : un « rebik’ondry » tout à fait comparable à ce que nous en dit l’évangile de Luc, quand un troupeau de cochons « possédés » se précipita sans raison autre que mystique dans le lac de Galilée.

20. févr., 2018

«Ça ne se fait pas», bien sûr. D’accabler les morts. Surtout qu’il y eut des enfants parmi les victimes. Et les décombres. Pourtant, comment se refuser à poser les questions de simple bon sens ?

 Sur les vieilles photos d’avant la conquête française, en 1895, donc quand la conception de l’espace était encore proprement merina, au pied de la falaise, que surmonte le temple dit d’Ambonin’Ampamarinana, ne se trouvait rigoureusement aucune habitation. 

 Les «Anciens» respectaient un certain nombre de comportements au quotidien : ne pas s’enterrer dans un «lavaka» (trou) qui se transformerait en bonde d’une soudaine crue ; ne pas s’immerger dans la plaine inondable pour ne pas vivre les «genoux-dans-l’eau» ; ne pas vivre sous la cloche d’une masse rocheuse, un «rangolahy» qui priverait l’Ambaniandro de sa part de soleil...

 Depuis 1895, les «Modernes» ont méthodiquement dérogé à chacune de ces prescriptions symboliques, sans des mesures proprement pharaoniques d’accompagnement, avec les conséquences que l’on sait. La ville basse de l’Ouest, gagnée sur les «paria» (en indonésien «parit»), chaque carré de rizière irriguée, n’arrive pas à vider ses égoûts à ciel ouvert en hiver sec et patauge dans un lac d’eaux sales en été pluvieux. 

 Le «rangolahy» des anciennes tombes, consistait en une épaisse feuille de roche, détachée par le feu à son monolithe granitique, et dont on recouvrait la dernière demeure : «Tsy mba vero na mba rangolahy no manafina an’io fasana io», nous «mélancholia» Jean-Joseph Rabearivelo. Cette formidable masse rocheuse, constamment au-dessus de la tête, constitue un «rangolahy» virtuel assez malsain. 

 À vue d’oeil, la Haute-Ville d’Antananarivo toise Mahamasina et la plaine de 200 mètres. Ampamarinana, qui était auparavant la roche «Tsimihatsaka», qu’on ne nivelle pas, devint la roche Tarpéienne quand un groupe de chrétiens y fut précipité le 28 mars 1849, pour leur condamnation à mort. Comment envisager de vivre au pied d’une falaise justement choisie pour sa létalité ? Non seulement, des constructions spontanées s’y sont agglomérées, mais le Fanjakana en a fait le «Fokontany Ambanin’Ampamarinana» : le quartier-d’en-bas-du précipice...

 Et si Antananarivo, île rocheuse au milieu de la mer de rizières du Betsimitatatra, s’affaissait sur elle-même en une catastrophe à l’effroyable symbolique ? La plate-forme du Rova est une terrasse de terre rapportée : ce qui tient depuis 1610, pourra-t-elle tenir indéfiniment sans mesure conservatoire ? Quelles autres parties de la Haute-Ville reposent sur le même schéma qu’érodent constamment eaux pluviales et eaux usées sans système d’égouts ? À quel travail souterrain s’attèlent en permanence les infiltrations et suintements des fosses perdues dédiées aux excreta ?

 Même une futilité cosmétique peut avoir des conséquences imprévisibles, alors que, justement, il faudrait prévoir le pire pour préserver le meilleur de cette colline historique : dans quelle mesure l’installation du très hollywoodien panneau «Antananarivo», dont l’échafaudage demeure visible à quelques mètres seulement du pan de roche qui s’est affaibli, avait-elle pu attenter à l’intégrité de la roche ? 

 Questions qui fâchent délibérément. Pour conjurer notre insoutenable légèreté dans l’approche de la Culture et du Patrimoine. 

 

13. févr., 2018

«L’approche photographique de Pierrot Men tient à la fois du reportage documentaire et d’une démarche d’auteur. Elle sait nous faire ressentir toute la dignité dont sont habités les sujets photographiés. Ses images extrêmement composés par la structuration des plans, l’importance de la ligne de fuite...».

 J’emprunte d’autant plus facilement ces mots que je n’y comprends pour ainsi dire rien. Mais, ils sont exposés au même titre que les tirages de Pierrot Men dans la galerie à ses photos dédiée, à Tana Water Front Ambodivona. 

 Mission impossible. Quoi donc ? Écrire comme Pierrot Men photographie. Raconter laborieusement avec des mots ce que le clic de «l’instant décisif» cisèle avec le rendu plus-que-vrai d’une réalité qui s’étonne elle-même d’être ainsi sublimée. Cette banale flaque d’eau après la pluie qui se découvre miroir d’une réalité inversée : Haut, Bas, Fragile de la fragilité d’un moment fugace. La seconde cependant d’un moment d’éternité. 

 «La ligne de fuite», le photographe s’y astreint-il comme à une formule impérative ou n’est-ce pas la géniale composition de tant et tant d’artistes qui a inventé «la ligne de fuite», pour ainsi dire sans le faire exprès ? Comme pour le vin, les mots ampoulés sont survenus bien plus tard, tellement empruntés que les premiers inventeurs du vin n’y auraient rien compris.

 Je suis plus à l’aise avec la suite : «Ce sont de petits riens de la vie, des interstices du quotidien, abordés avec une grande discrétion, qui composent un travail qui réveille notre capacité à l’émerveillement». 

 Petits riens, interstices, discrétion, émerveillement... Voilà des mots qui me parlent, parce qu’ils sentent le vécu. Non seulement, ils sentent le vécu : ils sont le vécu. Ma capacité d’émerveillement, c’est d’abord une anticipation : «Quoi, une galerie Pierrot Men, et je n’en savais rien !». Bien sûr, ils n’ont ouvert que depuis six mois, mais dans une Ville sans cinéma ni bibliothèque, ce devait être un petit événement, dont pourtant j’ignorais tout !Vite, rattraper sans plus attendre ce temps perdu...

 C’est que, oui, on admire d’autant mieux l’oeuvre de Pierrot Men qu’on la connaît déjà. Le plus remarquable n’est pas tant dans l’éveil de notre capacité d’émerveillement, que dans le pouvoir de renouveler indéfiniment ce plaisir pavlovien. Cette photo des palais du Vieux Antananarivo, dans le foulard vaporeux d’un nuage de brume, on dirait quelque déjà vu, mais personne n’oserait dire que le Maître se copie-colle lui-même. De fait, le vieux plaisir d’une précédente fois, dont soi-même n’est plus tout à fait sûr, laisse vite place au jeune sourire de l’instant présent.   

 Et on imagine le Making Of. Non, ce n’est pas possible de se mettre à l’affût d’un phénomène tout à fait aléatoire. L’instant décisif, c’est une sensibilité, une perméabilité, une innocence. Une âme d’enfant derrière le regard du sexagénaire. Quelque chose de la vierge chez l’odalisque rompue à toutes les ruses des caresses. L’étonnement à encore s’étonner. L’attente d’un petit rien de nouveau, la quête d’une surprise. N’est-ce pas ainsi qu’on continue d’écouter les mêmes mots du discours sans cesse renouvelé de la séduction ? Ne pas céder à la blasitude, c’est donc tout un talent.

3. juil., 2017

Vingt-cinq jours de réclusion semblent avoir suffi. Placé en détention préventive le 26 mai, un utilisateur facebook a bénéficié d’une mise en liberté provisoire, hier. Âgé de trente-neuf ans, ce prévenu a été placé à l’ombre pour avoir mis sur son mur une publication montée de toutes pièces, selon laquelle le tunnel d’Ambanidia s’est effondré, provoquant de lourdes pertes en vies humaines. Son procès se tiendra en revanche le mardi 4 juillet au palais du tribunal à Anosy.
Lancée sur facebook le mardi 23 mai, la publication a semé la pagaille dans la capitale. Les sapeurs-pompiers étaient mêmes intervenus sur les lieux, suite à de nombreux appels de recoupements déclenchés par les mythomanes. De leur côté, les Forces armées ont également envoyé des hommes sur place.

L'Express de Madagascar

Le 21/06/17

A.M.