10. nov., 2017

Décès

Cercle Germano – Malgache : Eckehart Olszowski quitte la scène artistique

Une personnalité respectée de la scène culturelle nationale, aussi charismatique que modeste et généreux, Eckehart Olszowski s’est éteint hier à l’âge de 65 ans.

Un véritable coup de cœur pour lui, la Grande île, il en a fait sa terre d’adoption. Sa culture et son art ont longtemps animé son être. Eckehart Olszowski, acteur et promoteur culture émérite, a activement contribué à l’épanouissement de la scène artistique nationale depuis près de quatre décennies. Son nom, plutôt difficile à prononcer et assez méconnu pour la majorité dans le milieu, celui que l’on surnommait « Olle», ce grand gaillard, humble et fort sympathique fut le directeur du Cercle Germano-Malgache (CGM) à Analakely. C’est dans la tristesse que l’on a appris sa disparition soudaine, hier, à tout juste  65 ans.
Eckehart Olszowski qui laisse orpheline toute une génération d’artistes talentueux avec lesquels il a partagé, échangé et qu’il a aidés à émerger pour faire valoir leur art. Respecté et respectueux des autres, Olle a pris à cœur de promouvoir la culture et l’art sous toute ses formes. De nature modeste, il se mettait souvent en retrait pour veiller au grain, pour soutenir et apporter sa contribution au bon déroulement des actions culturelles du CGM Analakely.
« Je suis tellement triste de sa disparition, il laisse à coup sûr un grand vide dans le cœur de tout ces artistes qu’il a pris sous son aile. Sa bienveillance va énormément nous manquer » confie Ranja Raveloson, coordinatrice des activités culturelles du CGM.

Fameux « Zanatany »


Eckehart Olszowski était reconnu de tous par son dynamisme et son enthousiasme intarissable quant il s’agit de promouvoir l’art et la culture à Madagascar. Fort d’une motivation quasi sans limite, Olle s’est imprégné de son pays d’adoption, cette île rouge dont il en est définitivement tombé amoureux grâce à sa richesse culturelle, mais où il y trouva également l’amour en épousant sa femme, originaire d’Ambohi­malaza. Parti de l’Allemagne, son pays natal, il a débarqué à Madagascar pour la première fois en 1979 et ce pour préparer une thèse sur le thème, « Histoire des religions, la réaction spirituelle des Malgaches sur l’influence pré-coloniale ». Il revient par la suite en Allemagne où il souhaitait devenir professeur de langue. Une vocation  qui finit plus tard par le ramener de nouveau dans la Grande île l’année suivante, lorsqu’il reçut une lettre annonçant une proposition d’intégrer le corps enseignant du lycée Jean-Joseph Rabearivelo à Analakely où il enseigna durant un an. Entre temps, comme le Goethe Institute, à fermé, il y est nommé.  Comme aucune personne de nationalité allemande n’était sur place, Olle en a alors assuré la direction en le renommant « Cercle Germano- Malagasy ». Le reste est entré dans l’histoire. « On a toujours fourni de gros efforts pour venir en aide à tout les artistes qui sont venus frapper aux portes du CGM. Je suis fier de ce qu’on a entrepris, vu les résultats positifs, concrets, palpables et encourageants sur la scène artistique actuellement », affirmait-t-il dans une interview exclusive de l’Hebdo de Madagascar au mois de juillet. Eckehart Olszowski  sera inhumé à Ambohimalaza le 13 octobre et tout au long de cette semaine, des veillées se tiendront au CGM Analakely.

Des hommages élogieux

Qu’ils soient musiciens, poètes, peintres, artistes plasticiens ou encore photographes et tant d’autres, ils sont nombreux à être
endeuillés par la disparition de Olle. Eckehart Olszowski qui était un mélomane aguerri, fervent passionné de jazz et de rock, mais aussi de world music. Plusieurs artistes ont démarré sous sa bienveillance, de Tselonina à Samoela en passant par Rossy, Olombelo Ricky et Rajery. Ils ont tous tenu à  rendre un vibrant hommage à l’ homme d’exception qu’il était.
« Olle a été un acteur majeur de la scène musicale malgache à partir des années 80, il était le catalyseur indispensable de plusieurs belles aventures quand il n’en était pas l’initiateur. Il avait un caractère dit allemand bien carré dans ses convictions et ses méthodes. Un grand homme, un ami qui a rejoint les étoiles » affirme Tsilavina Ralaindimby.

Pault Bert Rahasimanana dit Rossy de rajouter « Il était un de ceux qui ont découvert et promu le groupe Rossy. Olle était de nature
directe et carrée. J’ai maintes fois croisé le fer avec lui mais on est toujours restés courtois et démocrates. Il nous a appris la rigueur dans le travail, la ponctualité et le professionnalisme. On lui doit tous une fière chandelle ».

« Il était un pionnier et une figure incontournable de la culture à Madagascar, comptant parmi les piliers historiques du festival Mada­jazzcar. On lui doit beaucoup tant il avait œuvré activement pour la promotion culturelle depuis plus de 30 ans pour ce pays qu’il en est devenu un véritable ambassadeur et un ardent défenseur », souligne Désiré Razafindrazaka, président du comité d’organisation du festival Madajazzcar.

« Avec le cercle des poètes Faribolana Sandratra, on le côtoyait depuis 1987. Il resplendissait constamment de joie et de bonne humeur à nos côtés, Olle est selon moi irremplaçable » confie Zo Maminirina, auteur et poète l’un des membres fondateurs du Faribolana Sandratra.

Parmi la jeune génération, le jeune humoriste Finengo Mahasaky d’affirmer « Pour tout ce qu’il a réalisé pour nous, pour ses actions pour la promotion de la culture malgache, il mérite un deuil national ».

L'Express de Madagascar

Le 09/10/17

Andry Patrick Rakotondrazaka