22. mars, 2019

Facebook

Les chasseurs de « plaques rouges »

La semaine passée, facebook a fait sa plus belle représentation, et comme toujours, ce produit d’un capitalisme toujours sûr de son avancée a réussi à berner tous les utilisateurs malgaches. Cette fois, elles ont fait le buzz. Ces voitures à la « plaque rouge » qui se sont fait chapardées par des routiers et conducteurs munis de la nouvelle arme de l’opinion publique, le smartphone. De plus, la qualité des appareils photos embarqués dans ces téléphones ultramodernes est de plus en plus précise. Des résolutions plus fines, une rapidité de manipulation sans égale.

Le fait est là, les institutions sont maintenant accrochées à facebook. Chaque jour, pour ne pas être offensées par des « images publiques » qui sont devenues des prétextes pour se retrouver mis à pied, voire renvoyé comme un malotru de son poste. Un chauffeur de ministre a récemment fait les frais de ces chasseurs de fautes, les nouveaux héros des rues en carcasse de la capitale. Dès lors, la liberté d’expression, cher au pays du fondateur de facebook a retrouvé l’un de ses rôles premiers : dénoncer l’injustice, surtout quand elle est pratiquée par ceux qui détiennent le pouvoir.

Mais il a suffit de quelques semaines pour que tout le monde déchante de cette ouverture offerte par facebook. Puisque c’est grâce au même outil que l’administration pense redorer tout ce que ses ouailles ont souillé. A grand renfort de communiqué écrit, signé et, bien sur, tout ce qu’il y a de plus institutionnalisé, il fallait pour « être dans le mouvement » que ça sorte sur facebook. Du coup, autant ceux qui dénoncent la République et autant ceux qui soignent son image, légitime facebook comme un nouvel instrument de la justice, de justification…

Cependant, ce réseau social est une arme à double tranchant. « Parce que c’est sur facebook, alors, c’est vrai. Surtout si celui qui diffuse l’information est identifiable », voilà ce que beaucoup pourrait penser actuellement. Voici une hypothèse de schéma : la voiture d’un cadre de l’Etat fait un contre sens dans une rue fréquentée. Plusieurs usagers le prennent en photo. Après quelques minutes, plusieurs images sont partagées sur facebook. Des milliers de commentaires plus tard, l’organe concernée sort un communiqué sur facebook que les inculpés ont été sanctionnés. Cette nouvelle information est commentée des centaines de fois.

C’est réglé. Personne n’ira demander si les sanctions ont été réellement appliquées. Si les fautifs, que tout le monde s’abstient de dévoiler l’identité, ont reçu les mesures adéquates. Puisque, maintenant tout se règle sur facebook. Tout ce qui se dit sur facebook, reste sur facebook. Une théâtralité de l’information et de la démocratie. Mais ce qui a été vraiment décidé dans les bureaux, tout le monde semble s’en moquer.

Midi Madagascar

Le 19/02/19

Maminirina Rado