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13. juin, 2018

 08 Juin 2018 

 A l’occasion du début des arbitrages budgétaires 2019, comme je l’ai déjà abordé dans un précédent billet et dans mon édito de mai une baisse de 10 % des effectifs des fonctionnaires à l’étranger vient d’être annoncée. Cette réduction budgétaire pourrait avoir pour conséquence la fermeture du centre de crise à Paris, outil pour l’action d’urgence que je me suis attachée à professionnaliser. Au fil du temps il s’est imposé comme point de contact unique en cas de crise. Le maintien de la représentation permanente  auprès de l’ONU à New York serait également remis en question. Autre conséquence à attendre de nouvelles restrictions, la perte par le Quai de tout levier d’intervention en matière de coopération et de développement – au profit de l’AFD, dont le périmètre s’est notablement accru. 

Alors que le président de la République porte une ambition forte pour la France, la poursuite de la trajectoire actuelle remettra en cause la réalisation de cette ambition.C’est un fossé qui se creuse entre les annonces et la réalité comme si nous devions en rester à la satisfaction procurée par les seuls mots.

Sénatrice Hélène Conway-Mouret

7. mai, 2018

Ce n’est pas démocratique de venir perturber les fonctionnaires dans les ministères, de les débusquer dans chaque bureau et de les contraindre à abandonner leur poste. Quand aucune consigne ne les consigne, justement, la démocratie voudrait qu’on respecte leur choix de ne pas rejoindre la rue et la place du 13 mai. La lutte pour la liberté se mord la queue quand elle devient elle-même tyrannie : je ne veux pas aller sur la place du 13 mai, je ne veux pas faire grève, je n’adhère pas à votre «tolona», et c’est ma liberté. Parmi toutes les choses qu’il reste aux Malgaches à apprendre, il y a le mode d’emploi d’une grève responsable et d’une manifestation de rue qui ne dégénère pas en incendie de la radio nationale ni pillage des commerces ni saccage du domicile de particuliers.  

 Cette démarche de prise des ministères avait été inaugurée lors de la crise de 1991. Mais, à bien y réfléchir, elle a été essayée, rodée et perfectionnée, sur le campus universitaire d’Ankatso. Au début des années 1990, régulièrement, des hordes de grévistes faisaient le tour des salles et des amphis pour interrompre les cours et contraindre étudiants et enseignants à partir. Pour d’obscures histoires de bourses. Ce sont ceux-là, éduqués dans cette méthode, qui ont fait souche dans la politique ou ce qui en tient lieu dans ce pays : la liberté d’anarchie et le refus qu’on soit indifférent ou hostile à leurs agissements. Hurler des insanités, proférer des menaces, entraver l’accès aux ministères : ça doit porter un nom quelque part dans le Code Pénal. 

Les médias internationaux, qui parlent de Madagascar uniquement parce qu’il y a un cyclone particulièrement dévastateur, une épidémie de peste, ou une crise politique, font preuve de trop de complaisance à ne jamais dénoncer l’attitude stalinienne de ceux qui sont aujourd’hui dans l’opposition, avec la ferme intention de revenir à un pouvoir qu’ils avaient exercé hier, sans plus de succès ni davantage de moralité.  

Cependant, crise il y a. Et il n’est pas plus démocratique d’ignorer purement et simplement la dénonciation publique de méfaits que le pouvoir a toujours fait semblant de ne pas voir ou faire systématiquement exprès de ne pas sanctionner. Des prévenus qui se retrouvent miraculeusement en évacuation sanitaire à l’étranger, des condamnés qui arrivent à s’évader tranquillement par mer ou par air, des alarmes lancées par le bureau de lutte contre la corruption superbement ignorées par des complicités en haut lieu. Il était stupide de penser que cela pouvait durer indéfiniment. 

 Il n’y a rien de pire que de donner un ordre dont on n’est pas certain qu’il sera obéi. L’autre 21 avril, il eût été tellement plus avisé d’éloigner les éléments d’un EMMO, dont je dis toujours qu’il comporte un «M» de trop, celui de la dangereuse mixité entre des militaires formés pour la guerre, égarés parmi les éléments de la police et de la gendarmerie plus aptes au maintien de l’ordre en contexte civil et milieu urbain. Depuis le 13 mai 1972, les opposants successifs ont compris que le sang versé ne l’est jamais en vain pour alimenter le fanatisme. 

 Ce pouvoir, jusqu’ici inaudible, doit pouvoir prendre la parole pour délivrer un message politique. Rendre la parole au peuple par la voie des urnes. Parce que cette foule qui vocifère sa haine n’est pas le peuple. Organiser de très démocratiques élections législatives anticipées après dissolution d’une Assemblée Nationale à géométrie tellement variable. Épuiser la logique démocratique et que chacun en tire la moralité. 

2. mai, 2018

Au-delà de cette énième crise politique, que certains attisent à dessein pour embraser le pays, il nous faut garder le souci de choses autrement plus importantes. Plus générales. Plus fondamentales. Plus d’avenir. 

 Et, déjà, des questions que nous avions oublié de poser par le passé. Pourquoi devrions-nous être en régime républicain intégral sachant l’attachement, plus que de simple tradition, de mes amis Antemoro, Sakalava-Menabe, voire Antakarana (un peu Sakalava-Boina, n’est-ce pas les copains), à un système plutôt monarchique, voire féodal ? Gallieni avait aboli la monarchie merina, le 28 février 1897 : j’ignore, mais en fait je doute, qu’il ait pu emporter l’adhésion à cette mesure républicaine l’ensemble des «Foko» (mot indonésien : comme «Toko» (clan), comme «Rotaka» (13 mai...). Une réponse alternative au diktat galliénien de la République induirait une autre réponse tout aussi ouverte-iconoclaste pour conjurer le «tabou» du fédéralisme, pourtant envisagé en 1956-1957, avant la Loi-Cadre. 

 «Confiez-moi l’éducation nationale pendant un siècle, et je changerai la face du monde», aurait dit Leibnitz. Les pouvoirs successifs depuis 1991 se rendent-ils comptent qu’ils laissent faire changer la face de Madagascar en laissant sans réponse (je suis définitivement contre la censure qui avait pu valoir aux pages de l’ancien Madagascar Matin le blanco de la révolution socialiste) les énormités, diffamations, appels au lynchage, que peuvent proférer certaines radios privées : je tiens à préciser le distingo avec toutes les autres qui, sans être de la même opinion que la mienne, essaient de s’en tenir à une certaine éthique que je ne qualifie même plus de journalistique, mais de définitivement sociale.  

 Ce n’est pas en appelant à l’humiliation publique des hauts commis, ni au saccage des maisons de notables, ni au pogrom de l’intelligentsia, qu’une cause populaire, quelle qu’elle soit, gagnera en supériorité morale. Saluons d’ailleurs une certaine volonté, à rester dans le cadre strictement constitutionnel, que véhiculent des opposants, qu’on qualifierait de «modérés», avec ce que cet adjectif leur risque de tiédeur, alors qu’ils sont simplement raisonnables et responsables.

 Ne serait-ce que pour l’équilibre mental de la population, dont une certaine frange est abonnée aux «animations» hystériques de certaines radios privées, il faut que les prochains gouvernants fassent au mieux pour ne plus prêter flanc aux accusations de collusion, de mauvaises fréquentations, d’abus de pouvoir, de détournement des deniers publics, de pillage des richesses minières, hydrocarbures, halieutiques, forestières. Épargner à l’État malgache l’infamie d’une humiliation permanente sur la Place du 13 mai, par la faute de crapules au pouvoir : ce sera une oeuvre de salut public.

24. avr., 2018

On ne videra pas la Place du 13 mai d’opposants sans grande imagination tant que, de son côté, le pouvoir remplit toutes les conditions d’aveuglément-surdité. 1972, 1991, 2002, 2009 n’ont valu rien de bon à ce pays. Cependant, cas unique de débilité politique, la classe politique malgache, en une alternance consternante dans la bêtise, choisit immanquablement d’en passer par la case «13 mai» pour relancer la machine à fabriquer les indispensables martyrs d’une révolution toujours dévoyée d’avance.  

 Quand des avertissements adressés en 1991, 2002, 2009, demeurent valables en 2018, c’est que personne n’a décidément rien appris de l’histoire : ni les dirigeants qui se croient tout permis, ni les opposants d’aujourd’hui qui n’étaient jamais que les gouvernants d’hier, ni la population toujours aussi crédule. 

 «Le politique est toujours un ambitieux, il aspire à la puissance parce que l’action politique comporte, par essence, en tant que relation interhumaine, un élément de puissance. Mais, le grand politique veut la puissance non pour elle-même mais afin d’accomplir une oeuvre» (Raymond Aron, Paix et guerre entre les nations, éditions Calmann-Lévy, 1984, p.99).

 Cette ambition pour accomplir une oeuvre, aucun des deux signataires de l’accord de Dakar, le 18 avril 2002, n’avait su s’en montrer à la hauteur : «À s’être trop embrassés à Dakar, il ne faut pas que Didier Ratsiraka et Marc Ravalomanana soient étreints par le marteau et l’enclume de leurs partisans (Chronique VANF, 19 avril 2002). On se souvient que, dès le 29 avril 2002, l’arrêt d’une Haute Cour Constitutionnelle autrement composée vidait cet accord politique de toute sa dimension consensuelle. Il ne faut pas oublier non plus, que dès le 18 avril, le gouvernement de facto avait signifié sa réticence à s’en tenir à l’esprit de l’accord sans que le supposé chef ait pu ramener les siens à la raison.

 Finalement, en bientôt sept décennies d’apprentissage de la démocratie, nous n’aurons pas fait mieux que la Charade de Jacques Prévert. Le roi : «Fais-moi rire, bouffon». Le bouffon : «Sire, votre premier ministre est un imbécile, votre second ministre un idiot, votre troisième ministre un crétin, votre quatrième ministre...». Le roi (saisi de grande hilarité) : «Arrête bouffon, et dis-moi la solution». Le Bouffon : «La solution, Sire : vous êtes le roi des cons» (Jacques Prévert, Charade dans Choses et autres, éditions Gallimard, 1972, p.122).

 Plutôt qu’un scribe qui écrive des discours, il faudrait dans l’entourage du pouvoir un clerc lecteur pour passer en revue les leçons de l’histoire et aider à redécouvrir les grands empathiques de l’Humanité. Un minimum de compassion envers la population peut éviter d’acculer régulièrement cette dernière à des actes de desespoir, comme de se sacrifier pour la cause de politiciens pas plus crédibles que ceux qu’ils dénoncent.   

 «La politique ne peut créer de l’amitié et de l’affection. Il faut même cesser de croire que le but de la politique soit le bonheur. Elle peut et se doit d’éliminer les causes publiques de malheur (guerre, famine, persécution), mais ne peut engendrer le bonheur. Elle doit donc viser non pas à créer les conditions du bonheur, qui lui échappent, mais favoriser et faciliter la possibilité pour chacun de jouir des qualités de la vie, c’est-à-dire vivre poétiquement» (Edgar Morin, La voie, éditions Fayard, 2011, pp.64-65).

 En post-scriptum, les habituelles Chroniques d’hier qui étaient déjà de demain, c’est-à-dire aujourd’hui. Comme si le temps s’était arrêté et que nous tournions en rond dans un cycle de moins en moins vertueux. 

 (Chronique VANF, 16 mars 1998, En finir avec le 13 mai,) : Une manifestation de rue, dans un pays sous-développé, devient vite une caricature de la bêtise humaine ! L’intelligence du macadam chez une nation encore obnubilée par les produits de première nécessité, autodaffe des milliers d’actes d’état-civil en signe de protestation contre un Président finissant. Quand on est capable d’incendier un Hôtel de Ville, comment s’étonner que le palais d’Andafiavaratra parte en fumée quatre ans plus tard, et comment croire que la frustration pyromaniaque puisse épargner le Rova ? 

 (Chronique VANF, 10 juin 2005, Ces choses qui ne se font pas) : Comment donc s’occuper de ses ennemis et se garder très personnellement de ses amis. Il faut se ménager une distance sans se couper de la réalité, maintenir des fusibles intermédiaires pour éviter le court-circuit au sommet et arrêter de s’idolâtrer dans le miroir du narcissisme. Il y a des choses qui ne se font pas. Comme de croire qu’on peut s’aliéner tout le monde. Ou de préférer s’entourer d’une clientèle opportuniste et courtisane plutôt que de s’attacher les services d’Aristarques qui savent garder une lucidité de jugement et une liberté de parole.

 (Chronique VANF, 20 décembre 2001, Pas de 13 mai ter repetita) : Partout, à la campagne comme en ville, la population n’écoute majoritairement plus que les radios dédiées à l’opposition. C’est la faute d’un ministère de l’information incapable de mettre à jour les méthodes et la philosophie d’une radio nationale délaissée et discréditée. Ce qui est infiniment malheureux, c’est que la population, zappant d’un son de cloche légitimiste passe à un autre son de cloche contestataire. Entre les deux radicalisations, il n’y a guère de place pour la réflexion, l’analyse et la critique. 

 

9. avr., 2018

Ce devait être en 2002. Presque la préhistoire. Le prix de l’essence (dit ordinaire) était de 4020 FMG. 

Sachant que les prix à la pompe empruntent l'ascenseur dans le sens unique de la montée, malgré quelques atermoiements hypocrites, j’avais vicieusement attendu ce moment où le chiffre de 4020 s’afficherait à nouveau. Pas de manière aussi précise, mais dans une fourchette proche. 

 Entretemps, 2003-2005, l’unité monétaire est passée du FMG à l’Ariary avec un taux d’échange de 5 pour 1 que maniaient depuis longtemps avec grande aisance les marchandes d’Anjoma-Analakely. 

 Je fus donc servi avec cette annonce d’un prix à 4020, Ariary cette fois-ci. La dernière hausse ayant été rapportée presque aussi précipitamment qu’elle avait été hâtivement annoncée, je me dépêche de figer ici ce chiffre que j’ai crû avoir aperçu quelque part. 

En seize ans, le prix du carburant aura donc quasiment quintuplé. À cette époque, je me souviens avoir établi le parallèle entre le prix d’une baguette de pain (dont le rétrécissement n’a d’égal que l’amochissement), le prix d’un journal quotidien (laissons au lecteur le soin de juger de la bonification ou de la décadence du contenu) et le tarif du taxibe. Il fut un temps où ces trois s’affichaient uniformément à 1000 FMG. Depuis, le prix de L’Express de Madagascar a triplé. Le pain bâtard a pris un embonpoint de deux points et demi. Le billet de taxibe menace de repartir à la hausse sans que la qualité du service ni la sécurité des passagers (pas plus que celle des autres usagers de la route) aient jamais été le souci de transporteurs qui prennent en otage la circulation automobile tananarivienne. 

 Mon propos n’est pas celui, sérieux et austère, de la structure des prix ; ni de l’entente manifeste entre les pétroliers ; ni d’une souhaitable découverte de pétrole à Madagascar ; ni d’une encore plus souhaitable production d’un carburant alternatif au tout pétrole ; ni d’une encore plus infiniment souhaitable conversion aux énergies renouvelables. Non, je m’amuserais presque de retrouver mon chiffre mnémonique derrière deux unités monétaires différentes, l’Ariary qui fait cinq Iraimbilanja.