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25. nov., 2020

CHRONIQUE DE VANF : Merci, c’est la vie

L’impression de vivre un petit moment d’histoire. Les statistiques l’ont également compris qui recensent désormais les joueurs qui avaient pu battre successivement Nadal et Djokovic dans un même tournoi. Thiem et Medvedev, les deux finalistes du Masters 2020 l’ont fait. Ainsi que McEnroe, qui s’était offert les scalps de Connors et Borg au WCT de Dallas, en 1975. Une éternité. 

Les aînés avaient sans doute pu connaître les joutes Borg-Connors. J’ai eu la chance de voir les (derniers) affrontements Connors-McEnroe ou McEnroe-Lendl (ah, cette unique finale de Big Mac à Roland-Garros, perdue sur une volée égarée alors qu’il menait 2 sets à rien). Ainsi que des Edberg-Becker et des Agassi-Sampras. Vive la télévision, même pas encore satellitaire !

Onze ans, une «raison mathématique» : entre McEnroe (1959) et Agassi (1970), entre Lendl (1960) et Sampras (1971), entre le duo Agassi/Sampras et Federer, entre Federer et Thiem. L’actuel «Big 3» appartient à une même génération : Federer 1981, Nadal 1986, Djokovic 1987. Leurs successeurs désignés sont d’une autre même fourchette d’âge : Thiem 1993, Medvedev 1996, Zverev 1997. 

La succession «mathématique» aura été retardée par l’exceptionnelle longévité des «Trois inaccessibles étoiles» (cf. Chronique VANF 28 janvier 2019) : «Roger Federer, Rafael Nadal et Novak Djokovic ont, tous les trois, remporté au moins une fois les quatre tournois du Grand Chelem, quand Bjorn Borg a toujours échoué à l’US Open, ou que John McEnroe joue et gagne sauf à Roland Garros. Comme d’ailleurs Jimmy Connors. Et Ivan Lendl n’a jamais triomphé à Wimbledon». Ni Sampras jamais atteint la finale à Roland-Garros. 

Sur 69 Grands Chelems mis en jeu depuis le premier titre de Federer à Wimbledon (2003), 57 auront été remportés par le «Big 3» : Federer (20), Nadal (20), Djokovic (17). Mais, après les trois finales de Grand Chelem perdues par Dominic Thiem, jusqu’à son premier US Open (2020), et la double élimination de Djokovic et Nadal en demi-finales des Masters (2020) par leurs dauphins immédiats, ça y est, nous y voilà, à cette charnière des générations. 

Voilà 30 ans, Sampras remportait son premier US Open. Onze ans plus tard, au terme d’une saison 2001 sans victoire, il vint s’y échouer en finale. Trentenaire, et déjà en pré-retraite, Sampras mit en point d’honneur à dire adieu au tennis en gagnant l’édition 2002, contre son plus grand rival, dans l’ultime des 34 Sampras-Agassi. 

C’est pourtant Agassi qui réussira l’adieu le plus émouvant. C’était le 3 septembre 2006, après une défaite au 3ème tour de l’US Open. Le «Kid de Las Vegas», en pleurs, prononça un discours d’anthologie. Dans un silence de cathédrale inversement proportionnel à la folle ovation de l’instant d’avant (et après) : «Le tableau d’affichage dit que j’ai perdu aujourd’hui mais ce qu’il ne dit pas, c’est ce que j’ai trouvé ces vingt-et-une dernières années. J’ai trouvé de la fidélité. Vous m’avez soutenu sur le court et dans la vie. J’ai trouvé de l’inspiration. Vous avez toujours souhaité ma réussite même dans les moments les plus durs. Et j’ai trouvé de la générosité. Vous m’avez aidé à atteindre mes rêves, rêves que je n’aurais jamais pu accomplir sans vous. Ces vingt-et-une dernières années, je vous ai trouvé et je vous garderai en mémoire pour le reste de ma vie. Merci».

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
15. oct., 2020

CHRONIQUE DE VANF

Longue marche

À l’emplacement de l’actuelle Mairie du 1er arrondissement, il y avait un jardin public. Avec des bancs comme dans Brassens. Et de vrais arbres dont j’ai oublié le nom. Depuis la rue Gallieni «Haute», mon grand-père allait y rejoindre les gens de son âge. L’air sérieux, et sans doute avec des commentaires dont je ne comprenais pas encore la virilité, ils jouaient au Fanorona. Je ne me rappelle jamais comment nous rentrions après : on devait avoir le choix, puisque la rue Gallieni «basse» n’était pas encore ce couloir encombré de marchands sur les trottoirs et que grimper les 179 marches de l’escalier Lambert (Totohabaton’Ambondrona) nous évitait de marcher dans nos pas de l’aller. 

L’autre jour, j’ai marché depuis Besarety-Ambodinimangasoavina jusqu’au bypass. Une heure trente d’exercice : le masque anti-Covid sert aussi à se protéger (un peu) de la pollution automobile et des relents d’urine à chaque buisson ou «petit coin» improvisé. Ampahibe, Cité Planton, route circulaire, Ambanidia, Ambatoroka : aucun trottoir à croire que cette Ville n’a jamais été pensée pour les piétons. La création de la «route circulaire» remonte à 1924. Pas plus qu’elle n’avait escompté qu’un joun r d’interminables bouchons se formeraient au goulet d’Ambanidia, l’administration coloniale n’a pas pensé y aménager des trottoirs. Soixante ans de République malgache n’y auront pas non plus remédié. 

Les 50 mètres de trottoir devant la «Villa Berlin», à Ambohimiandra, tiennent d’un petit miracle incongru. Aux abords du pont d’Ankadindratombo sur l’Ikopa, un côté des trottoirs a été abandonné aux marchands tandis que l’autre est hérissé de plots de béton destinés à dissuader les automobilistes d’en faire un parking. Exercice difficile de pouvoir s’en tenir à la règle implicite du «tsy miamboho fiara» (marcher face aux voitures pour les voir arriver) quand on doit souvent quitter des bas-côtés malpropres ou trop accidentés pour s’aventurer sur la chaussée automobile.

Chaussée automobile ? À Antanimbarinandriana, Anosy, Ambohidahy, Ambohijatovo, les motos et scooters roulent délibérément sur les trottoirs. Des marches, qui hachureraient les trottoirs, dissuaderaient les deux roues, contraints à un trial, et perdant du temps, cette valeur ajoutée qu’ils étaient venus chercher par les trottoirs.   

Une dizaine d’années après nos balades à Soarano, il m’arrivait de rattraper mon grand-père dans la montée du Fort-Voyron (Voyron, vainqueur de la bataille d’Andriba, était un des trois généraux du corps expéditionnaire de 1895, avec Duchesne et Metzinger). Heureuse époque sans pétarades ni embardées scooters. Époque de transition déjà, avec les premiers taxibe en train de ruiner les derniers vrais autobus. Les décennies suivantes allaient consacrer ce modèle pourtant anachronique dès sa naissance et souffrir la contagiosité de sa barbarie : «la «génération taxibe», c’est celle qui a oublié la politesse des bons vieux bus d’autrefois, quand on hésitait à occuper les «places réservées» aux femmes enceintes et aux handicapés, une époque lointaine où l’on cédait sa place à une grande personne ou à une femme. Entassés comme des sardines, à onze dans des taxibe prévus pour transporter sept personnes, les usagers ont perdu la bonhomie qui fluidifie les frictions en société. Confrontés à la sauvagerie des chauffeurs de taxibe, les autres automobilistes ont perdu toute courtoisie au volant» (Chronique VANF, 2 décembre 2013). 

30. sept., 2020

VANF ANTRANONKALA : Anarchie provisoirement définitive

 

Chaque fois qu’un effort d’ordre et de discipline s’organise, on entend la même rengaine. Des éléments de langage qui tournent en boucle : «Laissez-nous vendre sur la chaussée et sur les trottoirs. Nous avons des bouches à nourrir et des enfants à scolariser». 

À Mahazo, à Ambohimangakely, à Mandroseza, à Namontana, à Ivato, des places de marché existent. Mais, les récalcitrants trouvent toujours prétexte à refuser les emplacements dédiés. Ils ne peuvent pas reprocher l’absence de mesure d’accompagnement, parce que cet aménagement en est une. Ils veulent simplement continuer raccoler sur les trottoirs et colporter sur la voie publique. 

L’autre antienne de l’éducation préalable est à l’oeuvre depuis plusieurs décennies. Mais, combien de siècles de délai de grâce pour acquérir ce triptyque élémentaire mais déjà fondamental : les «tsena» aux marchands, les trottoirs aux piétons, la chaussée aux automobiles. Il y aura toujours un scrupule socialo-humanitaire à ceci ou cela. Ailleurs, la même mansuétude a eu des conséquences catastrophiques : forêts primaires en péril, flore et faune endémiques en voie de disparition, Madagascar en voie de désertification. Faute de «répressif», il faudrait prier que les multi-récidivistes des crimes environnementaux rencontrent le «Fanahy Masina» de la Pentecôte. 

Le laisser-faire invoque un problème de timing. Le Covid-2020, bien sûr. Mais, également les crises 2009 et 2002, voire 1991. Avant 1972, ç’aurait donc été le moment idéal.  Décentralisation inachevée, exode rural et régional, explosion démographique, infrastructures saturées, ressources épuisées. Le sursis consacre le provisoirement définitif de l’anarchie.

 
 
 
 
 
 
25. sept., 2020

VANF ANTRANONKALA : Sauver Antananarivo de l’anarchie

 

Ordre et propreté. Interdiction des bruits gênants, sanction des puanteurs, rappel à l’ordre contre la gêne et entrave à autrui. La Ville d’Antananarivo actualise son Code Municipal d’Hygiène, après 2013, après 1960. 

Au bout de soixante ans d’anarchie, il était simplement impossible de faire pire. Mais, comme le reconnaît le Maire, «Ce retour à l’ordre ne se fera pas sans difficulté. Il faut changer de vision, de comportement, et surtout de mentalité».

Changement de mentalité. Parce que l’éducation civique a été sacrifiée. Parents, écoles, églises, entreprises, clubs et associations, administrations et institutions, doivent relayer le vrai message : halte à l’anarchie. Patauger dans les ordures de l’incivisme ; respirer les chiottes du sans-gêne ; devenir fou à force de pétarades scooters, klaxons automobiles, vuvuzéla à 120 dB, hurlements évangélistes, karaoké endiablé, carnavals publicitaires, tintamarre des propagandes électorales ; faire de l’hypertension à attendre le bon-vouloir des chauffeurs de taxibe ; risquer un AVC à s’énerver contre un cortège de «famadihana» et de «famorana»... 

En 2020, notre tiers-monde se mesure à la survivance des fosse d’aisance et latrines (art.10) ou des fosses perdues (art.11). Et il faut encore rappeler l’interdiction d’uriner partout ou de jeter des matières fécales, sinon de cracher en tous lieux, pourtant comportement propagateur du Covid (art.31). Ou encore la nécessité de vendre les denrées et aliments sur un étal haut d’au moins 70 cm.

Un Code de bon sens et d’effort de modernité. Article 16 : «interdit de jeter sur les voies, trottoirs, canaux et égouts d’évacuation d’eaux usées, des eaux insalubres, des immondices, boues, ordures ménagères, matières fécales, déchets de cuisine» ; article 56 : «la vente sur les trottoirs et voies publiques est interdite» ; article 68 : «Les voies publiques et leurs dépendances ne doivent pas être utilisées à des fins personnelles, comme garages, brocantes, atelier d’ouvrage métallique, aire de jeux (baby foot, billard), séchage de riz, vente de sable et de gravillons, vente de tout autre matériau de construction, séchage de linge».  

Bruits et tapage sont particulièrement encadrés (art.71 à 86) : bruits gênants sur la voie publique et dans les lieux publics (art.71), karaoké (art.76), bruits en privé qui débordent sur l’espace public (art.78), tapage nocturne (entre 21 heures et 5 heures du matin) et tapage diurne comme les klaxons des automobilistes ou les cris des receveurs de bus et taxibe (art.85). Pour la première fois, les exhumations et les circoncisions ne sont plus tolérées à troubler la tranquillité publique (art.86). 

La mauvaise foi a totalement dévoyé deux articles en particulier. Or, l’article 9 prescrit «badigeonnage et ravalement des immeubles TOUS LES CINQ ANS» : où est le scandale ? Tandis que l’article 79 proscrit le bruit produit par les animaux, «DE MANIÈRE RÉPÉTÉE ET INTEMPESTIVE» : un chien qui couine sans fin, qui hurle sans discontinuer, qui aboie en permanence, a certainement un problème vétérinaire. 

Le principe de l’ordre et de la discipline précède la nomenclature et le barème des amendes. Ne pas polluer l’espace public, ne pas importuner le voisinage : paramètres élémentaires du vouloir vivre ensemble. 

 

 
17. sept., 2020

VANF ANTRANONKALA : «Le lait ne coule plus»

 

Les turpitudes de la FNSEA (fédération française des syndicats d’exploitants agricoles) sont malheureusement connues d’un grand nombre de Malgaches grâce à la télévision par satellite ou par le copier-coller des chaînes nationales. 

Déversement de tonnes de fruits et légumes dans la rue, épandage de lisier devant les supermarchés, dégradations de mobilier urbain ou de locaux administratifs, exhibition de cadavres de sangliers ou de cochons. 

Le 24 juillet 2015, 15.000 litres de lait avait été déversé dans le parking du Cora de Vesoul (362 km au Sud-Est de Paris). C’est ce dernier exemple qu’ont bêtement imité les producteurs laitiers d’Antsirabe et de Betafo, fournisseurs de la société AAA (opérant dans les locaux de Tiko et Magro), pour protester contre sa fermeture dans un contentieux fiscal. Ce coup médiatique est un scandale de gaspillage alimentaire. 

La crise de la filière n’en est pas moins véritable. Par une étude de mai 2020, diligentée par le CIRAD et le FIFAMANOR, on apprend que 60.000 exploitations agricoles du «triangle laitier» des hautes terres produisent 100 millions de litres par an qui approvisionnent principalement Antsirabe (10%) et Antananarivo (50%). La filière a été rudement impactée par le confinement : fonctionnement a minima des transports, effondrement de la demande urbaine en lait à cause de la fermeture des commerces, multiples invendus de yaourts et de fromages par perte du pouvoir d’achat, les PPN accaparant les dépenses. «Le lait ne coule plus» est le titre de cette étude.