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10. oct., 2018

Trop facile ! Il est inconcevable que l’administration s’en tire par de simples aveux de faux et usage de faux. Que l’administration actuelle du Ministère de l’Intérieur reconnaisse publiquement la nullité des permis biométriques en circulation ne peut exonérer la précédente équipe auteur du forfait.

Il faut que les coupables de cette arnaque très officielle rendent des comptes et réparent le tort causé. Le bon sens élémentaire en la matière est à trouver dans le bon vieux article 1382 du Code Civil : «Tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé, à le réparer».

Vrai faux permis biométrique, vraie fausse CIN, vraie fausse carte électorale, vraie fausse liste électorale, vrai faux bulletin de vote, vraie fausse élection...

Que reste-t-il de vrai à Madagascar ? La misère qui s’étale dans la rue. La décadence qui s’affiche dans les moeurs. La corruption qui nous accouche aujourd’hui d’un vrai faux permis biométrique, et demain, peut-être d’un vrai faux président de la République.

Que, par la faute d’autrui, ce ne soient pas les usagers qu’on punisse à, de nouveau, subir la désorganisation structurelle de l’administration malgache : des milliers de personnes étaient venues faire la queue dès l’aube du côté du «Faritany», à Ambohidahy ; d’autres ont dû patienter des mois et des mois, les reports successifs de la délivrance d’un sésame de dupes. Les données numérisées, comme les empreintes digitales et les photos, sont-elles également perdues dans de vraies fausses archives ? Parce que l’administration dispose de tout ce qu’il faut pour faire parvenir par courrier à chaque détenteur de permis de conduire les supossés bons documents sans que les usagers aient encore à se déplacer : noms et adresses ont été dûment transcrites, à moins que les préposés n’aient, eux-aussi, fait semblant.  

Pour les amis d’hier et les alliés d’aujourd’hui, il est encore temps de se désolidariser. Prétendre n’en avoir jamais rien su. N’avoir jamais eu vent des soupçons pourtant fortement médiatisés. Et réclamer une disqualification pure et simple assortie d’une inéligibilité à vie. Exiger le remboursement intégral des biens mal acquis. Ne pas oublier les dommages et intérêts colossaux.

Et les 2000 mosquées ? Et combien de pourcentage, une mosquée ? Information jamais démentie. Si la fausseté du permis de conduire ou de la carte grise a des incidences relativisées par l’insularité de Madagascar et la submersibilité des automobiles qui ne sont pas amphibies, l’opération frontières ouvertes à l’islamisme des fous d’Allah et de leurs femmes enfermées dans des burka et niqab, menace notre Culture et notre vivre ensemble.

Se servir de la puissance publique pour couillonner des millions de Malgaches. Non, c’est pire que de transgresser la vraie fausse Constitution de 2010. Contre ce foutage de gueule dimension XXL, dans notre arsenal pénal, quelle peine infamante atteinterait suffisamment à la dignité des coupables, parce que l’infamie semble la seule qui soit réellement dissuasive en l’absence de peine de mort ? Mise à l’Index, affiche de propagande remplacée par un poster Wanted, bannissement du caveau familial et enfouissement en fosse commune. À la va-vite. Un enterrement de sorcier. Et même pas droit au mot «Passants, priez pour lui» qu’on peut lire sur la tombe des pirates européens enterrés sur l’île de Sainte-Marie. Non, insultes, quolibets et malédictions, à perpétuité. Une vraie mort sociale, ici et dans l’au-delà.

12. sept., 2018

Le voyage du Président de la République en Chine, dans le cadre de la troisième édition du forum Chine-Afrique, a permis la signature de mémorandums portant sur la construction d’un chemin de fer Antananarivo-Fianarantsoa et d’un grand port dans la région d’Antsiranana.

 On ne peut que saluer ces futurs projets qui accordent enfin une place légitime au maritime et au ferroviaire, après des décennies de «tout-routier». Le futur grand chantier du Canal des Pangalanes remettra également à l’honneur le fluvial. Des projets qui, pour être emblématiques, n’en restent cependant pas moins symboliques au regard des immenses besoins de circulation et de communication sur une île-continent de 585.000 km2, littéralement coupée en deux par une épine dorsale qui court depuis le massif du Tsaratanàna (au Nord) jusqu’au Beampingaratra (extrême-Sud), en passant par la chaîne de l’Ankaratra et l’Andringitra, sur les Hautes Terres centrales. 

Les travaux seront confiés à l’entreprise chinoise «China Road and Bridge Corporation», déjà active dans de nombreux pays (Mauritanie, Vietnam, Malaisie, Indonésie, Myanmar, Bangladesh, Angola, Koweit, Serbie, Kenya, Rwanda, Angola, Gabon, Mauritanie, Sénégal, Équateur) et avec un savoir-faire reconnu par les meilleurs experts : le pont Sutong au-dessus du fleuve Yangtze, reliant Suzhou à Nantong, est une réalisation du CRBC qui a été consacrée comme l’ouvrage de génie civil le plus exceptionnel au monde pour l’année 2010 par l’ASCE (American Society of Civil Engineers).

 À son actif, la CRBC compte notamment la ligne ferroviaire à grande vitesse reliant Pékin à Shanghai (1318 km), qui emprunte deux des plus longs ponts du monde, respectivement de 164 km et 114 km. Cette ligne, parcourue par des trains circulant à 350 kmh, est la plus longue jamais construite au monde en un seul tenant. C’est encore le CRBC qui a construit le Terminal 3 de l’aéroport international de Pékin, le deuxième plus vaste terminal aéroportuaire au monde. 

 Autre exploit d’ingénierie, le HZMB (pour Hong Kong, Zuhai, Macao, Bridge) est, avec 55 km, le plus long pont maritime au monde. Mais, c’est en réalité une succession de ponts (le pont principal à haubans fait 22,9 km) associé à un tunnel routier sous-marin de 6,7 km creusé à 40 mètres sous la mer, pour laisser libre la dense circulation maritime dans l’estuaire de la Rivière des Perles. Deux îles artificielles marquent l’entrée et la sortie de ce tunnel. Sur la partie hongkongaise, le HZMB se termine par une autoroute de 2 fois trois voies sur pilotis (116 piles), longue de 9,4 km. Les travaux du HZMB avaient débuté le 15 décembre 2009 et le pont devait être mis en service en août 2018.

 Ce rail Antananarivo-Fianarantsoa serait donc la première réalisation ferroviaire de la République malgache, depuis sa naissance en 1959. On doit en effet à l’administration coloniale, à Gallieni et ses successeurs, la totalité des lignes ferroviaires actuelles : Antananarivo-Brickaville (1909), Brickaville-Tamatave (1913), Moramanga-Lac Alaotra (1915), Antananarivo-Antsirabe (1923), Fianarantsoa-Manakara (1936). 

 On peut regretter que cette expertise du génie civil chinois n’ait pas été mis à profit pour élever sur pilotis les rocades, bypass et autoroutes du Grand Tana : auraient été conciliés le côté pratique automobile et la sauvegarde des zones humides sans oublier la préservation des collines caractéristiques, dont on envoie trop facilement la terre se noyer dans les rizières qui étouffent sous les remblais. Ceci aurait eu un coût, certes.

 Mais, quand on parle de tels chantiers pharaoniques, il y a nécessairement des coûts : économiques (le HZMB, par exemple, aura coûté 18,4 milliards USD), environnementaux (les travaux du HZMB avaient été retardés d’un an suite aux recours déposés par le WWF devant les tribunaux hongkongais : modification du régime des eaux, détérioration de sites archéologiques, destruction de la mangrove) voire humains (neuf morts à déplorer sur le chantier du HZMB). 

 C’est donc un choix fort : on peut penser qu’en 1896, le général Gallieni s’était fort peu soucié des impacts environnementaux du chantier de la ligne ferroviaire dans les dédales du Mandraka : rupture des corridors forestiers, pollution des eaux, disparition des arbres endémiques de la forêt primaire au profit de l’eucalyptus indispensable aux locomotives à vapeur, destruction d’éventuels sites archéologiques, etc. Gageons que les usagers quotidiens de cette Route Nationale 2 (qu’une prochaine autoroute passant au Nord de l’Imerina viendrait doubler) n’y songent pour leur part jamais. Il est vrai, quand on vient des quatre coins du monde admirer les pyramides d’Égypte, si Bonaparte a vu cinq mille ans d’histoire le contempler, personne n’a jamais eu une pensée pour les milliers d’esclaves morts à la corvée. 

 

5. sept., 2018

La participation de Madagascar à la troisième édition du FOCAC (forum sur la coopération sino-africaine) m’est l’occasion d’un marronnier : à peu près à la même période, il y a un an, j’évoquais le rapatriement (littéralement «retour en sa patrie») de la dépouille de Fong Po Thune, décédé à Hong Kong : «Fong Po Thune est mort à Hong Kong. Mais, sa dépouille sera rapatriée à Madagascar. Et comme le dit si bien le faire-part en malgache, malgré une coquille orthographique : «ny nofo mangatsiaka dia ho tonga eto an-tanindrazany» : «la dépouille sera de retour en sa patrie», le 15 août». 

 Le titre de la Chronique («Welcome back home», Chronique VANF 14.08.2017) n’était pas anodin. De ma part, «Malgache de souche», il s’agissait de la reconnaissance d’un compatriote (littéralement «qui partage la même patrie), en quelque sorte un acte affectif de «naturalisation». Depuis, j’ai pu discuter avec quelques Chinois de ce que nous appelons sans aucune péjoration, au contraire, de «Sinoa Gasy» ou de «Sinoa Taloha». J’avais même pu être invité à une première assemblée générale des Métis Chinois, à Behoririka, mais malheureusement, je n’avais pas pu honorer cette invitation (je note avec satisfaction que le site de l’ancienne école chinoise de Soavinandriana a été réinvesti par de jeunes «Sinoa»).  

 Comme je l’écrivais déjà, Fong Po Thune était le patron du célèbre magasin de l’avenue de l’indépendance, «Samkocwa» et le représentant des «Sinoa Zanatany», ceux qui sont nés à Madagascar et qui ont décidé de s’y faire enterrer (ou de se faire incinérer au «Fasan’ny Karana»). Il était également le fondateur de l’association «Amitié Madagascar-Chine» ce qui souligne, non pas l’ambiguïté du statut des «Sinoa Gasy», mais plutôt le paradoxe d’avoir à être en quelque sorte les ambassadeurs en terre malgache, donc chez eux, non pas d’un pays, la Chine, dont ils n’ont pas la nationalité, mais d’une Culture, Cinq fois Millénaire, dont ils auraient tort de ne pas être fiers. 

 N’occultons pas ces années national-socialisantes 1972-1975, quand de nombreux  Chinois de Madagascar choisirent de partir s’établir au Canada : la jeune génération a-t-elle gardé les mêmes relations affectives avec la «patrie» qu’avaient pu avoir les Anciens ? Et s’ils étaient, sans le savoir, une «diaspora malgache»...

 Depuis 2008 qu’existe un Institut Confucius à Antananarivo, de nombreux jeunes universitaires malgaches partent poursuivre leurs études supérieures en Chine. Le centre de gravité du monde s’est déplacé vers l’Asie depuis que la Chine s’ést éveillée. Mais, cette salutaire ouverture culturelle à la Chine de Pékin (Beijing), s’accompagne ici de nombreuses tensions socio-économiques avec les nouveaux Chinois (Sinoa vaovao) qui ne sont pas exactement les archétypes de «l’homme universel» de la dynastie Tang, à la fois lettré, poète, peintre et homme d’État... 

 Les Malgaches savent distinguer les deux communautés chinoises : les «Sinoa Gasy», d’origine cantonaise (districts de Nan-Hai et de Shun-Te près de Canton-ville, selon Léon M.S. Slawecki, cf. Bulletin de Madagascar, mai 1969, n°276, «L’origine et la croissance de la communauté chinoise à Madagascar», pp.484-498) sont présents de longue date : William Ellis signale un Chinois à Tamatave en 1862, venu sans doute avec la même vague qui fit arriver les premiers Chinois à l’île Maurice en 1829, et en 1844 à La Réunion. Vint ensuite la vague des «coolies» chinois, appelés à travailler sur le chantier du chemin de fer Antananarivo-Toamasina : les premiers d’entre eux débarquèrent à Tamatave, le 10 mai 1896, et le général Gallieni les rencontra, en septembre 1896. De marronnier en marronnier (un article de presse qui revient à date fixe sur le même thème), on finira par mieux faire connaissance avec ces «Sinoa Zanatany» qui tiennent commerces ou restaurants à Toamasina, Foulpointe, Vatomandry, Moramanga, Ambila, etc. Peut-être même finira-t-on par décrypter cette inscription chinoise sur une pierre tombale rencontrée à Vangaindrano... 

 Post-scriptum : Un commerce chinois dans l’Océan Indien se serait développé sous la dynastie Song (960-1279), celle qui avait permis l’invention de la poudre à canon et l’imprimerie. Dans le «Chu-fan-chi» (ouvrage chinois publié en 1225 qui détaille les peuples étrangers ou «barbares» si on devait reprendre la grille de lecture romaine), les Comores sont «Kan-mei» et Madagascar «K’un-lun-tsong-k’i». Il faut espérer que l’ouverture culturelle à la Chine nous renseigne davantage sur les contacts anciens de la Chine avec notre Océan Indien : sous la dynastie Ming (1368-1644), sept expéditions conduites par l’eunuque Tchen Ho furent entreprises entre 1405 et 1430, et c’est la sixième expédition qui atteignit la côte orientale de l’Afrique. 

 

13. juin, 2018

 08 Juin 2018 

 A l’occasion du début des arbitrages budgétaires 2019, comme je l’ai déjà abordé dans un précédent billet et dans mon édito de mai une baisse de 10 % des effectifs des fonctionnaires à l’étranger vient d’être annoncée. Cette réduction budgétaire pourrait avoir pour conséquence la fermeture du centre de crise à Paris, outil pour l’action d’urgence que je me suis attachée à professionnaliser. Au fil du temps il s’est imposé comme point de contact unique en cas de crise. Le maintien de la représentation permanente  auprès de l’ONU à New York serait également remis en question. Autre conséquence à attendre de nouvelles restrictions, la perte par le Quai de tout levier d’intervention en matière de coopération et de développement – au profit de l’AFD, dont le périmètre s’est notablement accru. 

Alors que le président de la République porte une ambition forte pour la France, la poursuite de la trajectoire actuelle remettra en cause la réalisation de cette ambition.C’est un fossé qui se creuse entre les annonces et la réalité comme si nous devions en rester à la satisfaction procurée par les seuls mots.

Sénatrice Hélène Conway-Mouret

7. mai, 2018

Ce n’est pas démocratique de venir perturber les fonctionnaires dans les ministères, de les débusquer dans chaque bureau et de les contraindre à abandonner leur poste. Quand aucune consigne ne les consigne, justement, la démocratie voudrait qu’on respecte leur choix de ne pas rejoindre la rue et la place du 13 mai. La lutte pour la liberté se mord la queue quand elle devient elle-même tyrannie : je ne veux pas aller sur la place du 13 mai, je ne veux pas faire grève, je n’adhère pas à votre «tolona», et c’est ma liberté. Parmi toutes les choses qu’il reste aux Malgaches à apprendre, il y a le mode d’emploi d’une grève responsable et d’une manifestation de rue qui ne dégénère pas en incendie de la radio nationale ni pillage des commerces ni saccage du domicile de particuliers.  

 Cette démarche de prise des ministères avait été inaugurée lors de la crise de 1991. Mais, à bien y réfléchir, elle a été essayée, rodée et perfectionnée, sur le campus universitaire d’Ankatso. Au début des années 1990, régulièrement, des hordes de grévistes faisaient le tour des salles et des amphis pour interrompre les cours et contraindre étudiants et enseignants à partir. Pour d’obscures histoires de bourses. Ce sont ceux-là, éduqués dans cette méthode, qui ont fait souche dans la politique ou ce qui en tient lieu dans ce pays : la liberté d’anarchie et le refus qu’on soit indifférent ou hostile à leurs agissements. Hurler des insanités, proférer des menaces, entraver l’accès aux ministères : ça doit porter un nom quelque part dans le Code Pénal. 

Les médias internationaux, qui parlent de Madagascar uniquement parce qu’il y a un cyclone particulièrement dévastateur, une épidémie de peste, ou une crise politique, font preuve de trop de complaisance à ne jamais dénoncer l’attitude stalinienne de ceux qui sont aujourd’hui dans l’opposition, avec la ferme intention de revenir à un pouvoir qu’ils avaient exercé hier, sans plus de succès ni davantage de moralité.  

Cependant, crise il y a. Et il n’est pas plus démocratique d’ignorer purement et simplement la dénonciation publique de méfaits que le pouvoir a toujours fait semblant de ne pas voir ou faire systématiquement exprès de ne pas sanctionner. Des prévenus qui se retrouvent miraculeusement en évacuation sanitaire à l’étranger, des condamnés qui arrivent à s’évader tranquillement par mer ou par air, des alarmes lancées par le bureau de lutte contre la corruption superbement ignorées par des complicités en haut lieu. Il était stupide de penser que cela pouvait durer indéfiniment. 

 Il n’y a rien de pire que de donner un ordre dont on n’est pas certain qu’il sera obéi. L’autre 21 avril, il eût été tellement plus avisé d’éloigner les éléments d’un EMMO, dont je dis toujours qu’il comporte un «M» de trop, celui de la dangereuse mixité entre des militaires formés pour la guerre, égarés parmi les éléments de la police et de la gendarmerie plus aptes au maintien de l’ordre en contexte civil et milieu urbain. Depuis le 13 mai 1972, les opposants successifs ont compris que le sang versé ne l’est jamais en vain pour alimenter le fanatisme. 

 Ce pouvoir, jusqu’ici inaudible, doit pouvoir prendre la parole pour délivrer un message politique. Rendre la parole au peuple par la voie des urnes. Parce que cette foule qui vocifère sa haine n’est pas le peuple. Organiser de très démocratiques élections législatives anticipées après dissolution d’une Assemblée Nationale à géométrie tellement variable. Épuiser la logique démocratique et que chacun en tire la moralité.