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18. août, 2017

CHRONIQUE DE VANF


«Welcome back home»

Fong Po Thune est mort à Hong Kong. Mais, sa dépouille sera rapatriée à Madagascar. Et comme le dit si bien le faire-part en malgache, malgré une coquille orthographique : «ny nofo mangatsiaka dia ho tonga eto an-tanindrazany» : «la dépouille sera de retour en sa patrie», le 15 août.

Il était le patron du célèbre magasin de l’avenue de l’indépendance, «Samkocwa», véritable caverne d’Ali Baba de tout ce qui touchait à la radio (ondes courtes et ondes moyennes puisque la FM ne servait à rien), le hi-fi (ah, les premières radio-cassettes «double-deck»), les téléviseurs (longtemps en noir et blanc), divers équipements de bricolage ou de confort et les accessoires associés, à une époque où n’existait ni téléphone portable ni iPod ni Internet. Mais, là, je vous parle d’un temps que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître.

Les ancêtres de Fong Po Thune, comme les ancêtres de Louis Laï-Seng (enseignant sortant de l’école Le Myre de Vilers), comme les ancêtres de Antoine (Restaurant Jasmin), comme les ancêtres de Pierrot Men (photographe qu’on ne présente plus), comme les ancêtres de Jean Yves Chen (peintre qu’on ne présente plus non plus), étaient arrivés il y a bien plus longtemps que 40 ans. Plutôt deux ou trois fois 40 ans... Où sont-ils les descendants de ce Chinois que le missionnaire de la London Missionary Society, William Ellis, avait rencontré à Tamatave en 1856 ?

Fong Po Thune était le représentant attitré des «Sinoa Zanatany», ceux qui sont nés à Madagascar et qui ont décidé de s’y faire enterrer. Quitte à se faire rapatrier de la lointaine enclave de Hong Kong. Il était également le fondateur de l’association «Amitié Madagascar-Chine» ce qui souligne, non pas l’ambiguïté du statut des «Sinoa Gasy», mais plutôt le paradoxe d’avoir à être en quelque sorte les ambassadeurs en terre malgache, donc chez eux, non pas d’un pays, la Chine, dont ils n’ont pas la nationalité, mais d’une Culture, Cinq fois Millénaire, dont ils auraient tort de ne pas être fiers.

Formose (actuelle île de Taïwan) leur avait fourni la première assistance ou avait constitué la première plate-forme internationale, avant le retour de l’indépendance de Madagascar. L’école chinoise de Fianarantsoa, par exemple, avait été créée en 1952 avec le parrainage de Taïwan. Le Hong Kong d’avant la rétrocession leur avait été la passerelle commode, familière, naturelle, avec la «terre des ancêtres». C’est que, les «Sinoa Gasy» sont tous originaires de cette partie septentrionale de la Chine.

L’ouverture d’un Institut Confucius à Antananarivo depuis 2008 (la France a son Institut Français, l’Allemagne a son Goethe-Institut, les États-Unis l’American Cultural Center, l’ambassade du Japon organise régulièrement son concours de discours en nippon) vient relayer les anciennes activités pédagogiques du Cercle chinois (par exemple, l’ancienne école chinoise de Soavinandriana, un beau «campus» en friche). Là, on apprend qu’une trentaine d’étudiants malgaches ont obtenu leur bourse d’études du gouvernement chinois. Autant d’ambassadeurs de cette Culture Cinq fois Millénaire, car il n’y a pas que des «accaparements» de terres, des relations manageriales problématiques avec les employés d’anciennes sociétés d’État, ou des histoires de «confiscation» de l’or ou du pétrole malgaches. Rappeler à l’opinion publique malgache la vieille cohabitation sans histoires avec les «Sinoa Gasy», c’est lui parler autrement de la Chine moderne et des relations adultes que Madagascar peut nouer avec elle.

 

21. juin, 2017

À peine Danil Ismael libéré, un autre enfant est dans les filets des kidnappeurs. Il n’a même pas fallu une semaine pour que le rapt recommence. « Du moment que ce sont des karana, on s’en fout », la phrase est lâchée dans les réseaux sociaux. Est-ce le fond de la pensée de la masse   On hésiterait à le dire tout haut mais cette tension sociale existe. Le karana est perçu, à tort ou à raison, comme ceux qui ruinent le pays, qui exploitent les Malgaches. Mais ils ne sont pas les seuls à subir cette stigmatisation. La liste des « étrangers » envers lesquels « les Malgaches » ont quelque chose à reprocher est très longue. Les stéréotypes sont divers, des fois rocambolesques. Loin de nous l’idée de colporter des ragots ou d’envenimer les relations humaines. Des fois, il faut dire les choses pour comprendre les fondements des malaises. Notons également que la généralisation n’est jamais vraie. Alors, quand nous avançons le terme « le Malgache », ce ne serait nullement la majorité, voire pas plus de la moitié. Mais nous décrivons une réalité, quid de son ampleur.


Après ces introductions pour parler de certaines choses avec des pincettes, code de la communication oblige. Voici ce qui se dit sans être vraiment dit dans la masse des citoyens lambda. Les Chinois sont des  voleurs et abusent des richesses du pays. Ils n’ont nullement de respect quant à nos us et coutumes. Ils sont là pour tout prendre. Les « vazaha », c’est-à-dire tous ceux qui ont la peau blanche sans vraiment de distinction de nationalité sont des colonisateurs. Ils ont fait la faillite de la Nation, de notre « culture », de nos valeurs par la colonisation. Ils sont donc les responsables de nos malheurs. Celui qui a la peau un peu plus foncée que la majorité des Malgaches est indiscutablement un Africain. Nos grands frères du grand continent sont vus comme des sous-développés, peu intelligents, très pauvres (plus pauvres que nous) et toujours en guerre. Ils sont ici pour essayer de s’enrichir et de grappiller nos immenses richesses. Finalement, les plus mal aimés de tous sont donc les « Indopakistanais » ou Karana qui pourtant ont en grand nombre la nationalité malagasy et parlent très bien la langue locale. On ne peut pas non plus ne pas remarquer ce pessimisme surdimensionné envers la « communauté internationale ». Cette dernière serait responsable de la pluie et du beau temps. Elle serait tellement forte que finalement, elle est l’acteur qui tire les ficelles derrière tout ce qui se passe.


Pourtant, ce côté amer est doublé d’un sentiment partagé : une certaine nostalgie, de l’affection, de l’admiration, une jalousie positive et beaucoup de bienveillance. On aime particulièrement les Asiatiques car nous pensons et nous revendiquons qu’ils soient nos ancêtres, nos cousins lointains. Ils sont pour « le Malgache » de grands travailleurs qui sont actifs de jour comme de nuit. Combien de fois n’entendons-nous pas « ah, si au moins on était comme les Chinois, nous aurions déjà, depuis longtemps, développé ce pays. On est vraiment des fainéants ». Le « blanc », quant à lui, serait respectueux des règles. Plus d’un pensent que c’est pour cela que nous étions une force régionale durant la colonisation et que c’est durant cette période sous imposition que nous étions les mieux productifs. Tout le monde suivait les règles imposées et on avançait. « Aleo ihany tamin’ny fanjanahan-tany » « c’était mieux durant la colonisation ». Ceux à la peau noire sont réputés et appréciés par leur joie de vivre, leur franchise dans les relations humaines et surtout ce « sang chaud » que nous envions. On dit que « si nous étions de vrais Africains, il y a bien longtemps que nous nous serions soulevés contre nos oppresseurs kits à y perdre la vie ». Finalement, les plus aimés et craints sont les karana. Ils parlent autant le malgache, le français, l’anglais que leur propre langue. Ils savent autant se faire à nos coutumes que garder les leurs. Ils savent comment profiter de n’importe quelle situation que nous les envions.


La relation « du malgache » avec le monde est complexe. Entre l’amour et le tiraillement. Très malheureusement, c’est le côté négatif de nos relations qui semble prendre le dessus. Un enfant est sacré dans notre culture, pourtant on est devenu froid face à ce qui se fait aux enfants des « étrangers » dans notre propre pays.


Un enfant, des enfants ; une famille, des familles vivent en ce moment un enfer. Le plus terrible c’est de se dire : « qui sera le prochain »   Car finalement, ce n’est point une question de moyens ni de nationalité. Celui qui peut se payer une escorte armée à son enfant est tout aussi vulnérable que celui qui ne peut payer l’école au sien pour qu’il puisse au moins être en un « lieu sûr » pendant qu’il part gagner le pain quotidien. La différence est que l’enfant du riche sera marchandé jusqu’à ce que mort s’ensuive. L’enfant du pauvre, c’est la mort directe car il sera charcuté pour ses organes ou il sera exploité. Alors, que fait-on, ensemble, pour nos enfants   Telle est la question fondamentale.

L'Express de Madagascar

Texto de Ravel

Le 10/06/17

Mbolatiana Raveloarimisa

16. juin, 2017

Le Père Pedro a signé un livre, «Insurgez-vous». «Contre l’égoïsme, contre l’indifférence, contre l’extrême-pauvreté». Il m’aura fallu attendre 28 ans pour voir de visu le village d’Andralanitra (RN2, PK8). Et pourtant, 500.000 personnes seraient donc sorties de l’extrême-pauvreté (fixée à moins de 2 dollars par jour par la Banque mondiale) depuis 1989 que l’association «Akamasoa» existe. Mon indifférence ?

«Ils m’ont donné la confiance». Mais, pas qu’eux, les pauvres, les démunis, à lui avoir fait confiance. La Principauté de Monaco, par exemple, figure parmi les principaux partenaires du Père Pedro. Un lycée Prince Albert, «Collège sy Lycée Akamasoa, mitolona sy manohitra mafy, ny fahantrana, ny fahakamoana, ary ny rendrarendra ka mampijoro olom-banona» (lutte résolument contre la pauvreté, l’oisiveté et les futilités pour construire l’homme nouveau), existe dans le village d’Andralanitra, jouxtant un vrai terrain de football avec tribune centrale et gradins latéraux pour le public. La bonne gouvernance est finalement presque aussi simple : une démonstration par des actions et des résultats. Quel ministère, quel organisme public, quelle société d’État, depuis ces 28 dernières années, a su mériter cette confiance, des bénéficiaires, des usagers, des partenaires ? Et, finalement, de l’opinion publique.

Le site «perepedro.com» parle de leurs «réalisations visibles et invisibles». Sans doute, dans quelque documentaire lointain, avais-je pu suivre la première création, celle du village d’Antolojanahary (RN4, PK 60). Pourtant, cette stratégie du «retour à la terre» comporte d’autres villages ruraux, Mahatsara (1993, RN 2, PK12) ou Ambatomitokana (1994, RN3, PK37), et en province : Alakamisy-Ambohimaha, Vangaindrano et Morondava. Mais, le réseau à proximité immédiate de la Capitale demeure la réalisation la plus visible pour une tragédie nationale dramatiquement plus visible, d’année en année.

Combien l’État malgache a construit de logements sociaux depuis 1989 ? Le Fanjakana lui-même le sait-il seulement, à supposer que la question l’intéresse encore. Un «État occupé à voler son peuple», dénonce le Père Pedro. En 2013, Akamasoa revendiquait déjà la création de 2620 logements, tandis que la multiplication des lotissements résidentiels de standing, dans et autour de la Capitale, jure dangereusement avec l’augmentation des sans domicile avec les tunnels d’Ambohidahy ou d’Ambanidia, sinon les bacs à ordures de la CUA, comme seule adresse.

«La vérité, la justice, l’amour, n’ont pas de couleur (de peau)» dit Pedro Opeka, qui est arrivé à Madagascar à l’âge de 22 ans. «Je ne souhaitais pas arriver en notable, mais découvrir en tant que jeune homme», continue-t-il. C’était donc le 26 octobre 1970. Et une première affectation dans le Sud-Est de l’île. Mais, c’est à sa convocation à Antananarivo, en 1985, qu’il allait donc découvrir ce phénomène des sans domicile fixe, les quat-mis, énième dommage collatéral des errements économiques de la république socialiste.

Le travail des adultes, la formation des jeunes (ateliers de mécanique auto, d’ouvrage métallique et de menuiserie), la scolarisation des enfants (des écoles Akamasoa existent depuis le primaire jusqu’au supérieur), sont au coeur de la démarche de réinsertion. Le recouvrement de leur dignité d’humains passe aussi par l’instauration d’une discipline du vivre ensemble et la création de cimetières qui épargne aux extrêmes-pauvres l’ignominie d’une fosse commune.

Tableau résolument idyllique. Avec mon bémol en post-scriptum. Les petites mains qui cassent de la pierre sur les carrières que gère Akamasoa sont en bonne voie d’aplanir notre pays de «douze collines». Mais, quand l’État malgache lui-même semble cultiver une indifférence suprême, entre arasement d’Ambohidava pour remblayer Laniera ou découpe au chalumeau du granite de tant de collines (près de Fiakarana, près d’Ambatomanoina, près d’Ambohijanaka, etc, etc), mon indignation est insignifiante. Il semble que l’ancienne forêt du Vakiniadiana, à l’Est de la Capitale, ait disparu pour permettre de bâtir les anciennes «Trano Kotona» de la période royale. Notre génération réussira sans doute l’exploit douteux de transformer en moëllons, pavés, caillasse, jusqu’au promontoire d’Ambohimanga voire le socle d’Analamanga au pied de Manjakamiadana.

Vanf Nasolo-Valiavo Andriamihaja

 

20. déc., 2016

Le Chairman du Groupe Vima n’hésite pas à pointer du doigt ce qui bloque le développement du pays, mais propose, en même temps des solutions concrètes pour que Madagascar puisse réussir.

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Vous qui êtes en relation avec les investisseurs étrangers et qui en avez fait venir un certain nombre à Madagascar,  quelles sont les appréhensions de ces derniers par rapport à l’investissement à Madagascar ?
Je suis de ceux qui croient beaucoup en la vertu des investissements directs étrangers. Tous les pays qui se sont développés, ces trente dernières années, sont ceux qui ont ramené des investissements directs étrangers. C’est le cas de la Thaïlande, de la Malaisie, de l’Indonésie, de la Corée du Sud. Tous ces pays n’ont pu se développer que parce qu’ils ont ouvert leurs portes aux investisseurs étrangers. C’est pourquoi, nous travaillons pour en faire venir le maximum à Madagascar. Maintenant, avant de parler de leurs éventuelles appréhensions, je voudrais préciser que les gens qui viennent à Madagascar sont contents de venir. Quand ils arrivent, ils voient une population sympathique, hospitalière. Malgré tous les problèmes politiques qu’il a pu y avoir ici, nous sommes une population pacifique et il n’y a pas trop de dégâts. Pour un investisseur, Madagascar est un pays béni : les gens sont travailleurs, bosseurs, et il y a la stabilité. Dans le sens où il n’y a pas de guerre civile, comme il peut y en avoir dans d’autres pays. Ce sont des points positifs.

Mais il y a des points négatifs …
Pour ce qui est des appréhensions, je dirais que ce qui inquiète le plus, c’est l’absence de la continuité de l’État. L’État s’engage, puis quand un autre arrive au pouvoir, les contrats et les engagements sont remis en cause. Il y a, je dirais, une certaine immaturité politique de la part de certaines élites, et cela fait peur. Puis, dans un cadre plus général, mais je pense que cela tient au fait de notre caractère insulaire, c’est la peur de la nouveauté. Dès que quelqu’un de nouveau vient, on pense qu’il est mauvais. On l’a vu dans le cas de Symbion. Pendant un an, malgré l’appui du Président, du gouvernement et même de certains responsables de la Jirama, nous avons été ralentis. Il a fallu que l’audit sorte pour que l’on se rende compte que Symbion est le meilleur contrat que la Jirama ait eu ces derniers temps.

Que faut-il faire pour améliorer l’environnement des affaires ?
Il faut, de plus en plus, laisser faire le secteur privé. Lorsque les entreprises sont nombreuses, la mafia peut, de moins, en moins bloquer les choses. Quand on est entre privés, c’est la loi de la concurrence, la loi du marché, la loi de la qualité qui prime. Madagascar Oil a en stock 160 000 barils de pétrole. Nous avons prouvé que ce pétrole est de bonne qualité. Mais il n’arrive pas toujours à le vendre. Pourquoi

Donnez-vous raison au chef de l’État quand celui-ci dit que c’est le secteur privé lui-même qui s’adonne à la concurrence déloyale, etc. ?
Il a tout à fait raison. Il y a de vrais mafieux dans le pays qui bloquent leschoses. Mais comme le dit le père Pedro, il ne faut pas faire disparaître le pêcheur, il faut faire en sorte que le péché disparaisse. Comment faire en sorte que ces gens n’arrivent plus à faire ce qu’ils font ?  Si la Jirama était davantage gérée par le privé, automatiquement, les mafieux ne pourraient plus y faire leurs affaires. Les privés iraient acheter le pétrole qui coûterait le moins cher, donc celui de Madagascar. D’ailleurs, comment voulez-vous que l’État puisse gérer toutes ces sociétés avec lesquelles il est en affaire ?  La première responsabilité incombe à ces entreprises privées qui profitent des lacunes de l’État malgache et qui font des profits à court terme sur le dos de la population malgache. Ce n’est ni plus ni moins qu’un crime économique.

                  « La première responsabilité revient à ces entreprises privées
                 qui profitent des lacunes de l’État malgache pour faire des profits,
                                              sur le dos de la population à court terme. »

Mais c’est le rôle de l’État d’y mettre le holà et de sanctionner ceux qui doivent l’être, non  ?
Sauf que cela n’a jamais pu se faire. Ce qui prouve que ces gens sont puissants. L’autre méthode est donc de les battre. Pourquoi l’État ne reviendrait-il pas à des fonctions régaliennes, comme la justice, la sécurité, la mise en place de grosses infrastructures, quitte même à sous-traiter parfois auprès des privés quand il le faut. Il faut laisser l’économie entre les mains des privés. Dans la plupart des pays qui marchent, l’économie est entre les mains des privés.

Inter1

Zouzar Bouka

Quand vous parlez d’investissements directs étrangers, qu’en est-il de la capacité des opérateurs locaux à faire face à la concurrence ? 
Avec la concurrence, la méritocratie se met en place. C’est clair que cela devient plus dur parce qu’on n’est plus dans un marché protégé. Mais quand on y est, on se laisse aller et on ne donne pas les meilleurs produits aux clients. L’important est que les règles du jeu soient claires et que tout le monde s’y tient.

Vous disiez plus tôt que cela a pris un an pour que les choses se mettent en place avec Symbion, comment a régi votre partenaire américain ?  
Il est vrai que le contrat a été signé l’année dernière avec l’appui du président de la République. Mais il y a eu des conditions préalables avant que l’on puisse l’enclencher. Comme on a une concession de vingt ans, il nous a fallu un titre de propriété de vingt ans. Mais quand on a essayé d’avoir ce titre, il y a eu une levée de bouclier. On disait que Symbion veut prendre les terrains de la Jirama. Mais Symbion n’a jamais voulu prendre les terrains de la Jirama. On voulait juste un titre de propriété et cela, le bail emphytéotique le permet. Cela fait partie des mécanismes financiers internationaux. C’est exigé pour que nous puissions avoir des financements en vue de réhabiliter les machines, etc. Il faut que l’on puisse dire que, pendant vingt ans, le terrain nous appartient et que personne ne peut nous le prendre. Il y a une incompréhension, ainsi que de la manipulation des gens par certaines personnes. Toujours est-il que cette condition précédente qui a dû être signée en 24 heures, a pris huit mois, neuf mois, pour être fait. Il y a eu des choses comme ça. Au début, il était même difficile pour nous d’entrer dans notre site parce qu’on racontait des choses sur nous. Pour en revenir à votre question, pour l’investisseur étranger, américain de surcroît, c’était difficile. Mais il faut aussi que les investisseurs comprennent le pays. J’ai eu la chance d’avoir ce genre de partenaires qui comprenaient la réalité, qui comprenaient qu’on venait de très loin, et qui comprenaient aussi la volonté politique du Président d’assainir le secteur. L’investisseur a essayé d’être patient et c’est ainsi qu’on est venu au bout de nos peines.

Quand vous dites que Symbion est le meilleur contrat, sur quelle base est-ce ? 
On est le moins cher au kW h. On a un Power purchase agreement de vingt ans avec la Jirama. Il s’agit d’un contrat d’achat où la Jirama va nous acheter notre énergie à un prix fixé à l’avance. Nous avons un potentiel de 40Mw, et nous sommes de loin le moins cher.

Vous n’êtes pas dans ce type de contrat où on paie le loyer même si la centrale ne fonctionne pas ?
Il y a un minimum de location sachant que tout doit être utilisé. C’est clairement mentionné dans le contrat ce que la Jirama doit nous payer.

Pourquoi la connexion avec Madagascar Oil ne s’est finalement pas faite ?  L’essai n’a-t-il pas été concluant  ?
Au contraire. Nous avons prévu au départ d’acheter nous-mêmes le fioul lourd et de vendre l’électricité à la Jirama. Mais aujourd’hui, il y a une nouvelle donne. C’est la Jirama qui fournit le carburant et notre prix a baissé. On n’est plus à 12 cents comme il était prévu, parce qu’on ne facture pas le carburant. On est aujourd’hui à 2 à 3 cents. Maintenant, c’est à la Jirama de voir un contrat avec Madagascar Oil. Maintenant qu’elle a de bonnes informations, il lui revient de regarder de près. Cela ne se fait pas du jour au lendemain. Il y a la route à mettre en place, la production. Je pense qu’ils trouveront la solution.

Mais vous-mêmes, n’avez-vous pas pris en compte tous ces détails quand vous avez pensé acheter le fioul de Madagascar Oil  ? Est-ce faisable ou pas ?
Cela reste faisable et il n’y a aucun problème. On a prouvé que la qualité est bonne avec nos machines. Maintenant, c’est une question économique parce qu’il y a effectivement des investissements à faire.

Pourquoi avoir décidé que ce soit la Jirama qui va acheter le carburant  ?
Au départ, il était prévu que nous fournissions nous-mêmes le carburant. La Jirama devait nous ouvrir une lettre de crédit qui devait couvrir quelques mois de notre
production, non seulement de nos machines mais aussi du carburant. Mais le carburant coûte cher. Pour le fioul lourd, sur les 12 cents, 8 à 9 cents sont consacrés au carburant. La production ne coûte que 3 cents. Vous comprenez le risque. En attendant que Madagascar Oil se mette en place, nous devions importer et on devait avoir cette lettre de crédit. Mais la Jirama n’a pas pu la produire. Nous avions deux solutions, soit partir, soit rester, et c’était la solution juste, sage et légitime. Comme la Jirama n’était pas en mesure de donner la lettre de crédit, nous avons réduit nos demandes de garantie, et enlevé la partie carburant. Tout cela figure dans le contrat, avec des calculs clairs réalisés par un cabinet indépendant. D’ailleurs, le contrat avec la Jirama est tout à fait transparent : il est disponible sur Internet.

Propos recueillis par

Lova Rabary-Rakotondravony.

L'express de Madagascar

Le 26/11/16

30. avr., 2015

À force de zapper d’ennui, je finis par attérir sur l’émission «Conversation secrète» de Canal+. Ce soir là (émission diffusée une première fois le mercredi 15 avril, rediffusée le 16 avril), l’invité de Michel Denisot n’était autre que Manuel Valls, le Premier Ministre de la France, nommé le 31 mars 2014. «Conversation secrète» est un entretien itinérant, au cours d’une déambulation en extérieur, entre Michel Denisot et son invité. 

 

Sur un plan large, l’absence de garde-du-corps dans la proximité visible du Premier Ministre frappe. Soit, les militaires affectés à sa garde rapprochée sont tellement professionnels qu’ils savent se rendre invisibles. Soit, le Chef du Gouvernement français a toutes les raisons de croire qu’il ne craint rien à déambuler simplement dans les rues de Paris. 

 

Lors de la promenade entre l’animateur et Manuel Valls, les passants marquent parfois un temps d’arrêt, pour s’assurer d’avoir bien reconnu ce passant pas si ordinaire, mais ils n’importunent pas. On n’assiste pas à un attroupement malséant. Soit, l’émission est tellement bien organisée que tout embarras est évité à l’invité. Soit, les Parisiens, une des capitales mondiales, sont tellement citadinisés qu’ils doivent trouver tellement vulgaire de marquer une curiosité trop ostensible.  

 

Je ne pus m’empêcher de projeter un tel concept d’émission dans les rues d’Antananarivo. Mais, où déambuler un peu calmement ? Et proprement ? Et sans importun ? Les caméras feraient difficilement des plans larges sans inscrire l’invité sur fond d’amas d’ordures non ramassées. Marcher dans Antananarivo est un exercice improbable quand les trottoirs sont squattés par des marchands ou des voitures en mal de parking. On imagine mal un invité exceptionnel, le Président de la République, le Premier Ministre, voire le Maire, donner le mauvais exemple, c’est-à-dire en fait, faire comme tout le monde, et marcher sur la chaussée automobile. 

 

Le Chef de l’État ou le Chef du Gouvernement marcher simplement, sans une escorte innombrable, est-ce dans nos moeurs ? Des gardes du corps qui savent garder leurs distances, est-ce dans la formation d’ici ? Des conseillers et des courtisans qui ne s’incrustent pas dans le champ de la caméra ou qui ne collent pas aux basques de leur patron, cela se trouve-t-il encore ?

 

L’ancien Premier Ministre Guy Razanamasy avait joué le registre de la bonhommie en s’arrêtant prendre du café ou manger du «ramanonaka». Depuis, la pauvreté a décuplé, l’atmosphère est à l’agressivité gratuite, le Président ou le Premier Ministre seraient-ils en sécurité au milieu de leurs administrés ? Grave question qui pose bien entendu celle de la confiance, ou de la défiance, qui caractérise désormais les relations entre les tenants du pouvoir et la population. 

 

Et puis, ce concept d’émission serait sans doute impossible tant que les Tananariviens, tous les Tananariviens, ne seront pas suffisamment citadinisés dans leur tête. Les attroupements de badauds désoeuvrés me laissent simplement perplexes quand on s’enquiert de la futilité de ce qui constitue peut-être un dérivatif à un quotidien tellement terne. La rapidité de certaines mobilisations quand il s’agit de participer à une rixe, courrir après un voleur, a quelque chose de doublement anachronique : tellement pas moderne, si peu citadin. 

 

Bref, je crains que ce concept d’émission ne nécessite la mobilisation de l’Emmo-Reg pour assurer un cordon de sécurité, contenir des badauds trop insistants. Et tout ce dispositif ruinerait simplement l’intérêt de l’exercice : la simplicité.