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5. déc., 2018

J’ai été déjeuner avec des amis métis. Ils étaient de Père Malgache et mère Française ou de Père Français et Mère Malgache. Donc de métis Franco-Malgache/Malgacho-Français. Rien que l’ordre de préséance de cette appelation mixte aurait fait l’objet d’une vive discussion. Allez, pour couper court, ne dit-on pas également «franco-belge», «franco-suisse», «franco-canadien», «franco-allemand», «franco-américain». La langue française, même dans ses abréviations, sert d’abord la France : Franco-phonie, Franco-français.

 Madagascar, et ses «dix-huit» ethnies, compte réellement davantage de «Foko». Pour ne citer que ces «étrangers intimes», les «Metisy Sinoa» : établis d’abord sur la Côte Est avant de faire également souche sur les Hautes Terres Centrales, exactement dans le sillage de ceux-là, partis d’Asie du Sud-Est pour s’échouer sur les rivages de Madagascar et ne plus jamais en repartir. L’historien Manassé Esoavelomandroso a eu, à leurs égards ou à ce propos, une formule plaisante : «Un peuple qui a tourné le dos à la mer, dès qu’il a mis pied à terre». 

 Dès le début de la colonisation, des Métis furent recueillis ou «cachés», au foyer des Paulins. À propos des métis abandonnés, le jésuite Adrien Boudou partage dans son livre «La Mission de Tananarive» (Imprimerie catholique, 1941) les confidences de son confrère Jospeh de Villèle à propos de ces enfants que, rentrant en France, des Européens ne pouvaient emmener. Joseph de Villèle obtint de Mgr Cazet l’autorisation de s’occuper des jeunes métis, et il fonda l’oeuvre des Paulins : «elle naissait non dans la gloire des comités protecteurs et sous l’auréole des budgets en équilibre, mais dans un pauvre magasin à campement de Tananarive, où une soeur de Saint-Joseph de Cluny (Mère Radegonde) et une femme indigène (Marie-Anne Ravony) vinrent prendre soin des petits pensionnaires». 

 Si l’Oeuvre des Paulins a ouvert à Faravohitra en 1905, la maison de Bel-Air Ankadivato est née de l’essaimage de 1924. Le fondateur, Joseph de Villèle, né à La Réunion en 1851, est mort à Antananarivo en 1939. Il a passé 53 ans à Madagascar et, depuis le 9 juillet 1939, son corps repose dans le choeur de l’église Saint-Jean-Baptiste de Faravohitra, qu’il avait fondée. 

 Pour la petite histoire, je fus le collaborateur d’un Monsieur, un métis, dont la mère avait pu être inscrite à l’état-civil sous «Mère inconnue», sachant que c’est plutôt généralement du père dont on pourrait ne rien savoir. Le grand mystère de l’état-civil malgache ne date pas que des bizarreries des listes électorales 2018.

 Mais, l’histoire des Métis de Madagascar n’est plus celle de 1905. Ceux avec qui j’ai déjeuné cultivent une auto-dérision décapante dans leur accès de plain-pied à deux cultures différentes, lesquelles chez eux se complètent l’une l’autre. 

 

26. nov., 2018

1.Les Malgaches ne connaissent pas l’adage électoral «au premier tour, on choisit ; au second tour, on élimine». Ils ont fait un «vote utile» dès le 7 novembre, ne tenant aucun compte des éventuelles propositions des 33 autres candidats que les deux finalistes auraient pu reprendre à leur compte pour élargir leur assiette électorale au second tour. Ni «13» ni «25» ne peuvent donc savoir qui et quelles idées, leur sont compatibles.

2.Les électeurs auraient pu donner plus d’ampleur à certaines idées dignes de considération : ce devait être le choix du premier tour. Mais, dans cette surenchère de décibels cacophoniques que fut cette campagne électorale, sans doute leur avait-il été impossible d’entendre le murmure des idées. Si certains manifestes avaient été «plébiscités» à 10%, ils auraient pu servir de base de discussions à de futures alliances aux législatives voire à une véritable valeur ajoutée dans le Gouvernement. La démocratie représentative, c’est aussi l’apprentissage d’une alliance et l’éducation à cette posture incombe à des partis politiques qui ne soient pas simplement circonstanciels.

3.Aucun des 32 «petits» candidats n’est «propriétaire» des voix qu’il ou elle a récoltée au premier tour. Par exemple, les un peu moins de 24.000 voix récoltées par «9», alors même qu’elle s’était retirée, comment garantir qu’elles la suivent dans son ralliement déjà annoncé à «13» ? Même si additionnés les «zéro virgule» font un gros 15%, l’insignifiance de leur score individuel rendrait encore plus anecdotiques des velléités de marchander ce maigre matelas, surtout que quasiment personne n’était adossé à une structure ancrée dans le passé et pérenne dans l’avenir.

4.Les voix que «12», le président sortant, a recueillies font de lui «le président sortant le plus mal aimé de l’histoire». Ses successeurs s’interrogeront longtemps sur l’opportunité d’une candidature de trop, quand on a si catastrophiquement communiqué sur ses propres réalisations, et alors qu’il était difficile de faire encore pire que la période précédente. En 2014, le mandat avait commencé par un plagiat resté célèbre : «Je demande à mes amis qui m’ont accompagné jusqu’ici de me laisser libre, libre d’aller vers les autres, vers celui qui n’a jamais été mon ami, qui n’a jamais appartenu à notre camp, à notre famille politique, qui, parfois, nous a combattu». Dans une Chronique du 28 janvier 2014, je lui conseillais de se garder également de ceux qu’il pense ses amis. Paradoxalement, s’il avait appliqué à la lettre l’esprit de ce plagiat, le désaveu n’aurait pas pris cette dimension d’humiliation.

5.Le prochain président de la République saura, à la lumière des mésaventures de son prédécesseur immédiat, ce qu’il faut penser des appoints, qui ne représentent qu’eux-mêmes, et ce qu’il ne faut pas faire des «havana raha misy patsa», ceux qui courent chaque fois au secours de la victoire. Quelle moralité si les traîtres de la dernière minute devaient être récompensés après avoir plombé de leurs casseroles le précédent mandat ?!

6.Lequel des deux finalistes peut être certain de son socle de voix ? Paradoxalement, la bipolarisation précoce du premier tour remet les pendules à zéro pour le second. C’est une autre campagne électorale qui commence et d’abord à convaincre l’autre moitié de l’électorat qui n’a pas été voter. Là se trouve la vraie réserve de voix. Cette remise à zéro oblige également la CENI à corriger toutes les anomalies dénoncées au premier tour.

7.Paradoxe ou ironie, mais nous voilà à prendre pour acquis des résultats chiffrés par une structure, la CENI, décriée par tout le monde pour ses nombreuses défaillances. Alors que, nous sommes en mode «faire comme si», les analyses et projections se basent sur des chiffres dont personne n’est 100% certain qu’ils soient véridiques. Pour la légitimité de ces résultats, et en attendant qu’une élection des temps modernes soit organisée avec des moyens modernes, il suffirait que tacitement chaque candidat concède ce «fait politique». 

19. nov., 2018

Désorganisation, anomalies, erreurs flagrantes, témoignent qu’en 2018, il fallait cesser d’organiser une élection avec les moyens et méthodes de 1958, l’année du tout premier référendum auxquels les Malgaches furent invités à participer. À ce titre, cette CENI (commission électorale) aura largement déçu les espérances placées en elle, discréditant pour longtemps son concept même.

Déjà que la CENI n’avait guère d’originalité originelle, puisqu’on en retrouve le sigle dans nombre d’autres pays, preuve, plus que d’un copier-coller, d’un véritable prêt-à-porter chez les grossistes en institutions qui nous avaient déjà vendu le programme d’ajustement structurel des années 1980 ; les conférences nationales des années 1990 ; et maintenant ces CENI que l’on retrouve d’un bout à l’autre des anciennes AOF (Afrique occidentale française), AEF (Afrique Équatoriale française) et colonies françaises de l’Océan Indien. 

En préface à «La convergence des modèles constitutionnels : études de cas en Afrique subsaharienne» (Sory Baldé, éditions Publibook), Jean du Bois de Gaudusson, président honoraire de l’Université Montesquieu Bordeaux IV et ancien professeur de droit à l’Université d’Antananarivo, parle de «diffusionnisme institutionnel» quand il évoque «ces conférences nationales, que l’on n’est pas parvenu à rattacher aux modèles historiques des Pères fondateurs américains ni à la réunion pré-révolutionnaire du Tiers-État ; ces commissions électorales nationales sans cesse créées et critiquées ; ces commissions des droits de l’homme ou encore ces juridictions constitutionnelles réactivées et n’hésitant plus à exercer pleinement (certains diront au-delà) leurs attributions, parfois au péril de leur existence».

On aurait dit qu’il commentait l’actualité politique malgache depuis avril 2018. Mais, l’ouvrage date déjà de 2011.

Dans un autre article, Jean du Bois de Gaudusson évoque les commissions électorales nationales : «Conçues à l’origine comme une solution à une situation de crise politique, ces commissions sont devenues à la fois un mythe constituant un des thèmes mobilisateurs du discours politique en Afrique et un dogme démocratique : on les a considérées comme le passage obligé de la consolidation démocratique» («Les élections à l’épreuve de l’Afrique», in Études et Doctrine, Cahiers du Conseil Constitutionnel, n°13, Dossier : La sincérité du scrutin, janvier 2003).

Il commentait alors une décision «historique» de la Cour Constitutionnelle du Bénin, DCC n°34-94 du 23 décembre 1994 : «La création de la CENA, en tant qu’autorité administrative indépendante, est liée à la recherche d’une formule permettant d’isoler, dans l’administration de l’État, un organe disposant d’une réelle autonomie par rapport au gouvernement, aux départements ministériels et au Parlement (...) La création d’une Commission Électorale Indépendante est une étape importante de renforcement et de garantie des libertés publiques et des droits de la personne ; qu’elle permet, d’une part, d’instaurer une tradition d’indépendance et d’impartialité en vue d’assurer la liberté et la transparence des élections, et d’autre part, de gagner la confiance des électeurs  et des partis et mouvements politiques».

On sait désormais, pour en avoir vu la double défaillance de 2013 et 2018, qu’une CENI ne fait pas la sincérité du scrutin, pas plus qu’elle ne fait la démocratie. Il semble qu’un standard international de qualité pour les élections existe depuis février 2014 avec la norme ISO/TS 17582. Informatiser l’état-civil, informatiser le recensement de la population, informatiser une liste électorale permanente, informatiser le vote pour un résultat en temps réel. Et une puce, un code-barre, un code QR, pour chaque Malgache depuis sa naissance jusqu’à sa mort. 

L’idée de CENA/CENI/CEN, selon le député béninois Joseph Gnonlonfoun, qui avait porté la proposition de loi, était clairement de dépouiller le Ministère de l’Intérieur de toutes ses prérogatives en matière électorale : organisation, suivi, contrôle. Car c’est au Bénin qu’est né le concept d’une Cour électorale nationale en Afrique subsaharienne, et surtout francophone. Comme était né au Bénin le concept de la «Conférence nationale souveraine des forces vives», initiée à Cotonou du 19 au 28 février 1990. Quatre mois avant le discours du président français François Mitterrand à La Baule. Et trois mois après la chute du Mur de Berlin. Le Bénin passait pour le «laboratoire de la démocratie» en Afrique. Dans sa thèse, Sory Baldé souligne le rôle important joué par la Fondation Konrad Adenauer et la Fondation Friedrich Ebert.

La terminologie béninoise (conférence souveraine, forces vives, CNOE - commission nationale d’organisation des élections) tout comme le déroulé béninois, seront copiés-collés dans de nombreux pays : référendum constitutionnel, 2 décembre 1990 ; élections législatives, 17 février 1991 ; élection présidentielle, 10 et 24 mars 1991. La CENA du Bénin avait été créée le 17 janvier 1995 et installée le 3 février 1995 : se dérouleront sous son égide les élections législatives (28 mars 1995) et présidentielles (17 mars 1996).

Pourtant, l’idée de commission électorale serait une lointaine résurgence d’une création ad hoc aux États-Unis, lors de l’élection présidentielle du 7 novembre 1876 qui opposait le Démocrate Samuel Tilden au Républicain Rutherford Hayes. Une vingtaine de voix étaient en jeu pour les départager. Une commission électorale, créée avec la promulgation de la loi du 29 janvier 1877, accordera les voix à Rutherford Hayes, qui remporte l’élection avec 185 voix contre 184.

Mais, la démocratie américaine était alors encore jeune. On raconte que les partisans du démocrate Tilden menaçèrent de prendre les armes si leur candidat n’était pas élu. «Tilden ou la guerre !», aurait crié Henry Watterson, parlementaire du Kentucky, avant d’annoncer marcher sur Washington avec une armée de 100.000 hommes si le candidat républicain sortait vainqueur. Reste à espérer que ces moeurs brutales appartiennent définitivement au passé de 1877. 

 

12. nov., 2018

Je viens de regarder une Cheffe rubrique à la Lettre de l’Océan Indien parler de Madagascar sur France 24. Notre île a décidément une sale réputation à l’international, quand les gens daignent s’y intéresser. Sinon, on a l’impression que les étrangers, là-bas, parlent d’un tout autre pays, tant j’ai de la peine à reconnaître le mien dans leurs généralisations approximatives.

Méconnaissance par distance ou clichés éculés, donc, mais, d’abord, la faute nous en incombe. Hong-Kong, sur son petit millier de kilomètres carrés, est, depuis une décennie, la ville la plus visitée au monde par les étrangers. Le slogan, «un pays, deux systèmes» fait recette : pour 2018, l’office du tourisme hongkongais attend 60 millions de touristes, dont 46 millions débarquant de Chine continentale. Au Rwanda, l’épisode du génocide de 1994 semble définitivement surmonté, puisque le pays se lance désormais dans une opération marketing «Visit Rwanda» pour séduire les touristes internationaux. Le Vietnam, qui a subi la «guerre d’Indochine» (1946-1954) suivie de la «guerre du Vietnam» (1954-1975), n’est plus ce pays que fuyaient en masse les «boat people» : même qu’en 2020, quarante-trois ans après la fin de la guerre, sa capitale accueillera un Grand Prix de Formule 1. 

De son côté, Il y a quarante-trois ans, Madagascar pénétrait en aveugle, déjà, dans un tunnel socialiste dont toute une «génération sacrifiée» ne verra jamais la sortie. Un jour, on dressera le bilan éducationnel, culturel et moral, de ces années socialistes, mais on sait déjà que ces années ont corrodé le «fanahy no olona» (c’est le texte dans le dictionnaire Abinal/Malzac datant de 1888), la droiture qui fait l’homme. La ruine matérielle se double, en effet, d’une faillite morale dont les racines plongent loin, plus loin que 2018, que 2013, que 2009, que 2002, que 1991. 

Notre réputation, c’est depuis un regard extérieur, finalement subjectif. Notre réalité, c’est un malaise au vivre ensemble, la défiance envers ceux qui prétendent nous gouverner, un sentiment où la colère la dispute à la honte. Quelque chose se craquelle, et ce diffus pourrait-il n’être finalement qu’un vernis ? Qu’une digue menace de céder et l’on saura très exactement, à la seconde près, l’heure de la fuite fatale. Personne ne pourra prédire où et quand s’épuisera le tsunami.

En 1946, naissait une association au nom évocateur, «Civilisation». Deux années plus tard, «Civilisation» publiait le premier numéro de la revue «Chemins du Monde» que son rédacteur en chef annonçait par ces mots : «La barbarie est toujours prête à renaître dans nos coeurs, mais un jugement droit au coeur d’un seul homme est déjà la promesse d’un effort juste, et une victoire pour les civilisations».

Le concept d’un unique jugement droit, au coeur d’un seul, celui qui aurait pu s’écrier «s’il ne devait en rester qu’un, je serais celui-là». Voilà la promesse d’une civilisation dont on ne désespère pas. Une promesse dont je veux bien qu’elle m’engage parce qu’il me faut y croire. Sinon, ce serait la barbarie, la mort d’un monde, la fin d’une certaine Histoire.

29. oct., 2018

Le réel est, mais nous envisageons au-delà la possibilité d’une autre vie. Surtout quand ce réel, la réalité, n’offre que cette morosité tandis que la fiction nous est à portée de main. De 7 à 77 ans, comme se plaisent à avertir, en guise de publicité, les ouvrages de lecture de notre enfance qui accompagnent notre mémoire d’adulte.

L’imitateur français Laurent Gerra singeait un Nicolas Sarkozy, ancien président de la République, à lire dans une boule de cristal l’avenir de ses ambitions présidentielles inextinguibles. Là-bas, au moins, l’on peut en rire et se moquer, et sortir du théâtre sans trop dur retour à la glauque réalité du tiers-monde.

La réalité présente, omniprésente, de cacophonie inaudible, pousse à l’évasion. À la grande évasion. À la fuite. Dans une autre dimension où le rêve serait roi, et l’imagination serait reine. Et alors, pour de bon, on échapperait même à ses fuites. Surtout à ses fuites.

De cette possibilité d’un rêve, je dois beaucoup, énormément, infiniment, à ceux que j’ai pu aimer lire au point de me donner l’envie de les imiter dans l’écriture.

Et d’abord, dans les bandes dessinées. Bianca Castafiore, unique personnage féminin de premier plan dans les aventures de Tintin, qui rit de se voir si belle en son miroir. Et pourquoi pas.

Ensuite, les personnages des dessins animés. Le génie de la lampe, personnage des aventures d’Aladin, elles-mêmes inspirées des contes des Mille et Une Nuits, recueil anonyme de contes populaires persanes et indiennes en langue arabe. Celui-là, malgré tous ses pouvoirs, ne peut tuer, ne peut rendre amoureux, ne peut ressusciter : portée et limite du «Maître, ordonne et je t’obéirai».

Que ne pas ressentir à cet enseignement profond de Maître Shifu dans Kung-fu Panda : «Hier est passé, demain est un mystère, aujourd’hui est un cadeau, c’est pourquoi on l’appelle le présent». 

Une de mes préférées, parce que le personnage central est un rat, «difficile d’imaginer origine plus modeste», reste cette dernière critique d’abdication d’Anton Ego dans «Ratatouille» : «À bien des égards, la tâche du critique est aisée. Nous ne risquons pas grand-chose, et pourtant, nous jouissons d’une position de supériorité par rapport à ceux qui se soumettent, avec leur travail, à notre jugement. Nous nous épanouissons dans la critique négative, plaisante à écrire et à lire. Mais l’amère vérité, qu’il nous faut bien regarder en face, c’est que, dans le grand ordre des choses, le mets le plus médiocre a sans doute plus de valeur que la critique qui le dénonce comme tel. Il est pourtant des circonstances où le critique prend un vrai risque : c’est lorsqu’il découvre et défend l’innovation. Le monde est souvent malveillant à l’encontre des nouveaux talents et de la création. Le nouveau a besoin d’amis. Hier soir, j’ai vécu une expérience inédite. J’ai dégusté un plat extraordinaire d’une origine singulière s’il en est. Avancer que ce plat et son créateur ont radicalement changé l’idée que je me faisais de la grande cuisine serait peu dire : ils m’ont bouleversé au plus profond de mon être. Je n’ai jamais fait mystère du mépris que m’inspirait la devise d’Auguste Gusteau : « Tout le monde peut cuisiner ». Mais, ce n’est qu’aujourd’hui, aujourd’hui seulement, que je comprends vraiment ce qu’il voulait dire. Tout le monde ne peut pas devenir un grand artiste. Mais un grand artiste peut surgir n’importe où. Il est difficile d’imaginer origine plus modeste que celle du génie qui officie maintenant chez Gusteau et qui est à nos yeux rien moins que le plus grand cuisinier de France. Je retournerai bientôt chez Gusteau, plus affamé que jamais».

Enfin, prolongement du dessin et de l’animé, quoique dans un ordre pas nécessairement chronologique d’apparition sur «ma route qui est belle peu importe où elle mène», ce mot tellement humble à en devenir émouvant de l’humanoïde NDR-114 baptisé «Andrew», et incarné à l’écran par Robin Williams dans «L’homme bicentenaire» : «L’on est heureux de pouvoir servir».

«Il y a des milliers de robots similaires à celui que j’incarne, disait Robin Williams, mais celui-ci a quelque chose de spécial...une curiosité, une aptitude à la fascination».