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13. janv., 2021

CHRONIQUE DE VANF : L’empêcheur de fêter en bruit

 

Ceci est une contribution supplémentaire à ma croisade contre les nuisances sonores. Fête ou pas fête chez autrui, je veux pouvoir être tranquille chez moi. Avec la conscience d’agir également au bien de tous. 

La nuisance sonore est un crime contre l’Humanité. Le bruit est une faute civilisationnelle. Le décibel est une arme de destruction massive. Cette ambiance de fête, m’est juste une atmosphère de bruit. Une réclame trop bruyante m’éloigne plus qu’elle ne m’attire. Contrairement au chien de Pavlov, le bruit m’effarouche et m’enrage.  

Une vieille croisade. À preuve cette Chronique du 17 juin 2010 : «Survint l’épisode du «Vuvuzela», cet instrument qu’on dit traditionnel, c’est-à-dire «culturel», mais asymptomatiquement décibélique. Un bourdonnement entêtant qui a vite fait de saouler la planète». 

Dans une autre Chronique, du 4 décembre 2012, que j’avais intitulée sobrement «Chut», je priais déjà qu’un texte quelconque (Constitution, Loi, Décret, Arrêté) castre cette pollution sonore : «Un arrêté municipal, un décret, voire une ordonnance, sinon la Constitution elle-même, devrait fixer le plafond de décibels acceptable avant le seuil de folie : aux stationnements de taxi-brousse, l’impression immédiate de désordre permanent (pollution visuelle) et de saleté étouffante (pollution odorante) est encore accentuée par le vacarme que déversent sur la voie publique des haut-parleurs qui viennent concurrencer les hurlements des « mpanera » d. En ville, des camions publicitaires nous assourdissent d’une musique, dont le tintamarre tient lieu de mélodie, tandis que les entreprises commanditaires n’ont toujours pas compris que cette approche, unique, malgré la multiplicité des agences de communication, est d’un primaire ! Certes, on ne pourra sans doute pas décréter une musique « officielle », qui adoucisse réellement les mœurs, mais il faudra réfléchir à la responsabilité de ce bruit dans la brutalité nouvelle des mœurs. Avec l’intime conviction que l’éducation au beau prépare à un réflexe au bien». 

Dans, «C’est tellement vulgaire, le bruit» (23 mai 2019), je n’hésitais pas à vouloir copier le «soa fianatra» appliqué ailleurs  : «en France, la lutte contre le bruit est bien en place dans le Code de la santé publique, dans le Code de l’environnement, et dans le Code pénal, avec ce credo de simple bon sens : «Aucun bruit particulier ne doit, par sa durée, sa répétition ou son intensité, porter atteinte à la tranquilité du voisinage ou à la santé de l’homme, dans un lieu public ou privé» (R1334-31 Code de la Santé Publique). Au niveau européen, une recommandation d’octobre 2018 de l’OMS (organisation mondiale de la santé) prescrit une exposition moyenne «day, evening, night» de 53 dB et une exposition Lnight de 45 dB au trafic routier automobile. 45 dB, c’est le bilan sonore au ralenti d’une Audi Q5 4x2 de 150 chevaux ou d’une Mazda CX5 Turbo Diesel de même puissance. L’OMS s’est contentée pour le reste du monde d’alerter contre l’exposition à plus de 85 dB pendant huit heures (c’est le bruit moyen de la circulation automobile), ou à plus de 100 dB pendant quinze minutes. Sur l’échelle de Richter du bruit, on deviendrait sourd à subir le hurlement du vuvuzela (120 dB au-delà de 9 secondes), le rugissement d’un bulldozer (105 dB, 4 minutes), l’emballement d’une moto (95 dB, 47 mn)».

«Le bruit est (bel et bien) un problème de santé publique» (20 septembre 2020) : «karaoké, veillées funèbres, «famadihana» ou «famorana» à fond de sono, voitures aux moteurs trafiqués, motos et scooters à échappement libre, klaxons intempestifs, pétards qui devraient être interdits à l’importation. Les carnavals publicitaires, le grand cirque d’une propagande électorale, les hauts-parleurs qui déversent leurs versets sur la voie publique. À la vitesse du son, par-dessus les murs, une musique indésirable devient vite envahissante. Le port d’écouteurs individuels devrait être obligatoire. Le bruit est monté en volume avec la barbarie ambiante. Silence : Civilisation ! 

Pour mémoire, de cette Longue Marche contre les tapages : Chronique VANF dans L’Express de Madagascar : Le prétexte Coupe du Monde (17.06.2010), Chut ! (04.12.2012), La civilisation du silence (01.08.2017), Ce peuple qui murmure (01.02.2018), Cymaise dégueulasse (09.05.2019), C’est tellement vulgaire le bruit (23.05.2019) ; Mamalan-kira VANF dans L’Express de Madagascar : Lamina, pirina, rindra, ho an’Antananarivo (30.08.2016), Haody ry Analamangako (06.11.2019) ; VANF Antranonkala sur 2424.mg : Vuvuzéla d’un samedi nuptial (24.08.2019), La chasse au bruit (19.09.2019).

6. janv., 2021

CHRONIQUE DE VANF : Ma Chronique à moi

 

C’est la Chronique d’un gars qui aime les femmes qui aiment les hommes qui aiment les femmes. D'un gars qui écluse régulièrement de la bière. D'un gars à la charcuterie pur porc militante. D'un gars foncièrement sceptique vis-à-vis de toutes les religions, mais qui, éduqué dix années chez les Jésuites, ne renierait pas tout en bloc du christianisme s’il fallait absolument choisir. Comme dédicacerait Sylvain Urfer S.J., «Quoique indigne, mais avec admiration et amitié».

Ce 7 novembre 1995, je me suis présenté au desk de L’Express de Madagascar, demandant à pouvoir publier un texte sur l’incendie du Rova. L’accueil de Christian Chadefaux, l’alors «redchef», fut d’une simplicité aux conséquences incalculables : «Rédigez», me dit-il, ce que je fis au stylo Bic, les Mac Classic étant occupés par les titulaires. Ce premier texte accepté, je ne pouvais pas savoir, personne ne pouvait savoir, que 25 ans plus tard, je serai encore là à «commettre» pour L’Express de Madagascar. À ce jour, c'est la moitié de ma vie dans la "Chronique de VANF". Et une Fidélité, Une !

Les Mac Classic «Tout-en-Un» se sédentarisèrent chez Makitic (à toi, JLR) en un Performa 5200 avant de définitivement nomadiser en PowerBook G3, MacBook ou MacBook Air. C’est pourtant toujours le même AZERTY qui saisit les mots, construit les phrases et aligne les paragraphes. La liberté sans ancrage fixe, pour quelqu’un qui compte un 25ème «anniversaire professionnel» (merci à Linkedin) sans avoir jamais eu un bureau à soi. 

Quand le mail n’existait pas encore à Madagascar, j’envoyais mes Chroniques par fax depuis un «Fuji» en face de la Poste d’Antaninarenina. De passage aux États-Unis, en 1996, j’y découvris la magie de l’Internet et la possibilité infinie d’être sans y être. Désormais, je serai partout sans être nulle part. Aujourd’hui, il est d’une extrême banalité d’envoyer un texte depuis une plage de sable blond, mais, à une époque, c’était la galère pour détecter une seule barre de connexion, à Manambato ou Foulpointe : il fallait le bon opérateur qui couvre la région, arpenter la plage, se figer au bon endroit, en espérant que le signal ne migre pas. C’était d’un ridicule. Mais, c’était coquetterie. Ce que l’IrDA sur un Ericsson T39 laissait espérer, avec un Sony CMD Z1, il ne fallait même pas y penser. 

«La Chronique de VANF n’aurait sans doute pas existé sans un minimum d’ouverture d’esprit chez les fondateurs de L’Express de Madagascar : Herizo Razafimahaleo et Charles Andriantsitohaina, ainsi que son rédacteur en chef de l’époque, Christian Chadefaux. Je définissais moi-même les limites et je m’astreignais à ne pas les franchir» (Chronique VANF, 26 juillet 2008, «On ne saura plus jamais»). 

J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans. Le moment de convoquer «Vingt ans de tacite reconduction» (Chronique VANF, 15 décembre 2015) : «Ce samedi 12 décembre 2015, nous étions 11 anciens de l’année 1995, dont 3 rédacteurs. J’allais tous nous citer, manière stèle commémorative, mais je me suis ravisé : qu’on ait survécu, peut finalement signifier tout et son contraire. Fidélité ou inertie ? Persévérance ou immobilisme ? Sommes-nous des icônes ou de vieux meubles ? Ce n’est pas forcément un mal, ce n’est pas automatiquement un bien, disons que c’est simplement la vie. Et si, pour les 50 ans du journal, certains d’entre nous étions encore de ce monde, et venaient à graviter toujours dans l’orbite de ce journal, c’est qu’il y eut plus puisque affinités. Mais, le journal continue sa vie propre, et nous échappe déjà, poursuivant son chemin avec la relève».  

«Les prochains jours, les prochains mois, les prochaines années. Demain, tout à l’heure, maintenant, tout de suite, puisque tout est possible quand on s’expose au courant d’air des idées et qu’on sème le vent des débats. Un esprit de contradiction à durée indéterminée, par tacite reconduction» (Chronique VANF, 26 février 2000).

 
 
 
 
 
 
 
 
 
4. janv., 2021

CHRONIQUE DE VANF : Trente ans sur le métier

 

Vingt-cinq à L’Express de Madagascar. Mais, la scribouillardise avait commencé par une longue «Lettre ouverte», griffonnée rapidement après le 10 août 1991, et déposée directement au desk de Madagascar Tribune. Elle paraîtra in extenso le surlendemain, lundi, ayant obtenu l’imprimatur du redchef Franck Raharison. Mon tout premier Op-Ed, dont le titre n’a pas pris une ride : «Ni Iavoloha, ni 13 mai». On a tous connu cette appréhension d’avant première publication, cette impatience à trouver le journal, cette nervosité fébrile à chercher «son» papier. Et la joie déjà susceptible des trop nombreuses coquilles, par la triple faute d’une écriture illisible et d’un opérateur de saisie abandonné à lui-même par un correcteur au fait du triptyque Larousse-Robert-Hachette. 

Au cours de ces trois décennies, j’avais pu croiser quelques-unes des «plumes» du métier. Pour s’entendre (un peu, beaucoup, pas du tout) avec un Ancien, aucune formule n’existe, sauf l’équation inter-personnelle. Rémi Ralibera, Jésuite de son état, me parlera une seule fois de mes écrits. J’avais pu apprécier sa «Chronique de Rasediniarivo» dans Lakroa aussi, retins-je son unique recommandation : «Ne trempe pas ton encre dans le mépris». 

Franck Raharison, Stéphane Jacob, Pierre Ranjeva, Christian Chadefaux, Rémi Ralibera : par ordre d’apparition, finalement, ils auront tous déjà disparu. À un titre ou à un autre, certains à plus d’un titre que d’autres, ils auront été dans cette «Taïga où tout le monde se connaît» (c’est le titre d’un film soviétique). 

Stéphane Jacob. J’avais fait sa connaissance pendant le stage d’initiation au journalisme (comme nos grands Anciens, je n’avais fréquenté aucune école de journalisme) de l’UIJPLF (Union internationale des journalistes et de la presse de langue française). Son naturel bourru n’allait pas facilement s’accommoder de mes regimbades de «gamin» de 20 ans. Nous étions à la veille des évènements de mai 1991 dont le déclenchement allait disperser notre promotion. L’occasion d’un visite à l’imprimerie Madprint et la découverte de ce qu’était la «typo» : après quoi, je ne risquais plus d’oublier ce qu’est un «bas de casse». Au reportage assigné dans le Zoma d’alors, qui avait envahi jusqu’aux abords de la gare de Soarano, j’avais préféré monter vers ma chère et vieille Haute-Ville : le chantier de reconstruction du palais d’Andafiavaratra (incendié le 11 septembre 1976) était en cours, et comme l’édifice n’était pas encore couronné, j’obtins l’autorisation d’escalader les échafaudages jusqu’au sommet de la tour Sud-Est. «Vue imprenable», simplement vertigineuse, dans la sublime solitude des cimes détestées par le vent, avec à mes pieds le carré béant du grand salon de Rainilaiarivony. Un an plus tard, le stage à Midi-Madagasikara me fit interviewer Tovonanahary Rabetsitonta («Tsy lahatra akory ny fahantrana»), le tout premier Merina candidat à une élection présidentielle. Mais, de la rubrique «Politique», je bifurquai rapidement vers le billet historique «Redécouvrir Madagascar» : Stéphane Jacob et moi nous quittâmes sur un mot, le sien, «Ethnocentrisme». J’avais cru comprendre que tout le monde l’était, certains se soignent, peu en guérissent. 

Pierre Ranjeva. À mon entretien d’embauche, à la Lettre Mensuelle de Jureco, je ne manquai pas de rappeler à «Ingahindriana» qu’il avait signalé dans un ancien édito mon op-ed «Ni Iavoloha, ni 13 mai». Avec sa subjectivité revendiquée, sa mauvaise foi assumée, et sa plume sans aménité, il me donna définitivement goût au billet d’opinion. Avec la rédaction de Jureco, le team-building s’incarna dans les mémorables gueuletons au «Relais Normand». Au temps où cette enseigne n’était pas encore halal. Je ne comprends d’ailleurs pas ces enseignes qui usurpent le label français (Hôtel de France, Relais Normand) tout en étant «porc free». Quand Donald Trump et Emmanuel Macron avaient déjeuné en tête-à-tête, le 24 août 2019 à l’hôtel du Palais de Biarritz, et comme de coutume dans la gastro-diplomatie gauloise, le terroir français fut mis à l’honneur : «porc noir de Bigorre caramélisé». Une autre fois, au Jules Verne de la Tour Eiffel, le Chef étoilé Alain Ducasse avait servi du pâté en croûte, spécialité de Champagne-Ardenne et de Lorraine. 

Christian Chadefaux. Dans une vie d’avant L’Express de Madagascar, «CC» avait lancé par voie de presse un appel à manifestation d’intérêt sur le thème du «chien écrasé». Un classique du journalisme. Bien des années plus tard, il me ressortit mon vieux «papier» précisant qu’il avait retenu les meilleures contributions. Sans doute «à toutes fins utiles». Avec la «protection» de CC, au sens corleonesque du mot, je renoncerai définitivement à me cacher derrière tous les pronoms impersonnels, avançant en «JE», privilège unique du Chroniqueur.

 
 
 
 
 
25. nov., 2020

CHRONIQUE DE VANF : Merci, c’est la vie

L’impression de vivre un petit moment d’histoire. Les statistiques l’ont également compris qui recensent désormais les joueurs qui avaient pu battre successivement Nadal et Djokovic dans un même tournoi. Thiem et Medvedev, les deux finalistes du Masters 2020 l’ont fait. Ainsi que McEnroe, qui s’était offert les scalps de Connors et Borg au WCT de Dallas, en 1975. Une éternité. 

Les aînés avaient sans doute pu connaître les joutes Borg-Connors. J’ai eu la chance de voir les (derniers) affrontements Connors-McEnroe ou McEnroe-Lendl (ah, cette unique finale de Big Mac à Roland-Garros, perdue sur une volée égarée alors qu’il menait 2 sets à rien). Ainsi que des Edberg-Becker et des Agassi-Sampras. Vive la télévision, même pas encore satellitaire !

Onze ans, une «raison mathématique» : entre McEnroe (1959) et Agassi (1970), entre Lendl (1960) et Sampras (1971), entre le duo Agassi/Sampras et Federer, entre Federer et Thiem. L’actuel «Big 3» appartient à une même génération : Federer 1981, Nadal 1986, Djokovic 1987. Leurs successeurs désignés sont d’une autre même fourchette d’âge : Thiem 1993, Medvedev 1996, Zverev 1997. 

La succession «mathématique» aura été retardée par l’exceptionnelle longévité des «Trois inaccessibles étoiles» (cf. Chronique VANF 28 janvier 2019) : «Roger Federer, Rafael Nadal et Novak Djokovic ont, tous les trois, remporté au moins une fois les quatre tournois du Grand Chelem, quand Bjorn Borg a toujours échoué à l’US Open, ou que John McEnroe joue et gagne sauf à Roland Garros. Comme d’ailleurs Jimmy Connors. Et Ivan Lendl n’a jamais triomphé à Wimbledon». Ni Sampras jamais atteint la finale à Roland-Garros. 

Sur 69 Grands Chelems mis en jeu depuis le premier titre de Federer à Wimbledon (2003), 57 auront été remportés par le «Big 3» : Federer (20), Nadal (20), Djokovic (17). Mais, après les trois finales de Grand Chelem perdues par Dominic Thiem, jusqu’à son premier US Open (2020), et la double élimination de Djokovic et Nadal en demi-finales des Masters (2020) par leurs dauphins immédiats, ça y est, nous y voilà, à cette charnière des générations. 

Voilà 30 ans, Sampras remportait son premier US Open. Onze ans plus tard, au terme d’une saison 2001 sans victoire, il vint s’y échouer en finale. Trentenaire, et déjà en pré-retraite, Sampras mit en point d’honneur à dire adieu au tennis en gagnant l’édition 2002, contre son plus grand rival, dans l’ultime des 34 Sampras-Agassi. 

C’est pourtant Agassi qui réussira l’adieu le plus émouvant. C’était le 3 septembre 2006, après une défaite au 3ème tour de l’US Open. Le «Kid de Las Vegas», en pleurs, prononça un discours d’anthologie. Dans un silence de cathédrale inversement proportionnel à la folle ovation de l’instant d’avant (et après) : «Le tableau d’affichage dit que j’ai perdu aujourd’hui mais ce qu’il ne dit pas, c’est ce que j’ai trouvé ces vingt-et-une dernières années. J’ai trouvé de la fidélité. Vous m’avez soutenu sur le court et dans la vie. J’ai trouvé de l’inspiration. Vous avez toujours souhaité ma réussite même dans les moments les plus durs. Et j’ai trouvé de la générosité. Vous m’avez aidé à atteindre mes rêves, rêves que je n’aurais jamais pu accomplir sans vous. Ces vingt-et-une dernières années, je vous ai trouvé et je vous garderai en mémoire pour le reste de ma vie. Merci».

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
15. oct., 2020

CHRONIQUE DE VANF

Longue marche

À l’emplacement de l’actuelle Mairie du 1er arrondissement, il y avait un jardin public. Avec des bancs comme dans Brassens. Et de vrais arbres dont j’ai oublié le nom. Depuis la rue Gallieni «Haute», mon grand-père allait y rejoindre les gens de son âge. L’air sérieux, et sans doute avec des commentaires dont je ne comprenais pas encore la virilité, ils jouaient au Fanorona. Je ne me rappelle jamais comment nous rentrions après : on devait avoir le choix, puisque la rue Gallieni «basse» n’était pas encore ce couloir encombré de marchands sur les trottoirs et que grimper les 179 marches de l’escalier Lambert (Totohabaton’Ambondrona) nous évitait de marcher dans nos pas de l’aller. 

L’autre jour, j’ai marché depuis Besarety-Ambodinimangasoavina jusqu’au bypass. Une heure trente d’exercice : le masque anti-Covid sert aussi à se protéger (un peu) de la pollution automobile et des relents d’urine à chaque buisson ou «petit coin» improvisé. Ampahibe, Cité Planton, route circulaire, Ambanidia, Ambatoroka : aucun trottoir à croire que cette Ville n’a jamais été pensée pour les piétons. La création de la «route circulaire» remonte à 1924. Pas plus qu’elle n’avait escompté qu’un joun r d’interminables bouchons se formeraient au goulet d’Ambanidia, l’administration coloniale n’a pas pensé y aménager des trottoirs. Soixante ans de République malgache n’y auront pas non plus remédié. 

Les 50 mètres de trottoir devant la «Villa Berlin», à Ambohimiandra, tiennent d’un petit miracle incongru. Aux abords du pont d’Ankadindratombo sur l’Ikopa, un côté des trottoirs a été abandonné aux marchands tandis que l’autre est hérissé de plots de béton destinés à dissuader les automobilistes d’en faire un parking. Exercice difficile de pouvoir s’en tenir à la règle implicite du «tsy miamboho fiara» (marcher face aux voitures pour les voir arriver) quand on doit souvent quitter des bas-côtés malpropres ou trop accidentés pour s’aventurer sur la chaussée automobile.

Chaussée automobile ? À Antanimbarinandriana, Anosy, Ambohidahy, Ambohijatovo, les motos et scooters roulent délibérément sur les trottoirs. Des marches, qui hachureraient les trottoirs, dissuaderaient les deux roues, contraints à un trial, et perdant du temps, cette valeur ajoutée qu’ils étaient venus chercher par les trottoirs.   

Une dizaine d’années après nos balades à Soarano, il m’arrivait de rattraper mon grand-père dans la montée du Fort-Voyron (Voyron, vainqueur de la bataille d’Andriba, était un des trois généraux du corps expéditionnaire de 1895, avec Duchesne et Metzinger). Heureuse époque sans pétarades ni embardées scooters. Époque de transition déjà, avec les premiers taxibe en train de ruiner les derniers vrais autobus. Les décennies suivantes allaient consacrer ce modèle pourtant anachronique dès sa naissance et souffrir la contagiosité de sa barbarie : «la «génération taxibe», c’est celle qui a oublié la politesse des bons vieux bus d’autrefois, quand on hésitait à occuper les «places réservées» aux femmes enceintes et aux handicapés, une époque lointaine où l’on cédait sa place à une grande personne ou à une femme. Entassés comme des sardines, à onze dans des taxibe prévus pour transporter sept personnes, les usagers ont perdu la bonhomie qui fluidifie les frictions en société. Confrontés à la sauvagerie des chauffeurs de taxibe, les autres automobilistes ont perdu toute courtoisie au volant» (Chronique VANF, 2 décembre 2013).