Blog

12. mars, 2020

CHRONIQUE DE VANF  : Clap-clap de fin



 Maria Sharapova, ne fut ni Martina Navratilova, ni Chris Evert, ni Serena Williams. Elle part avec un palmarès de pas tous les records avec «seulement» cinq titres du Grand Chelem : Wimbledon (2004), US Open (2006), Australian Open (2008), Roland-Garros (2012, 2014), un unique Masters (2004). Et un bref passage comme numéro Un mondiale en 2005.

 Elle n’aura établi aucun record, mais elle aura marqué le paysage tennistique de sa grande beauté. À une époque, j’avais illustré une Chronique avec les photos des joueuses russes contemporaines : Anna Kournikova (née 7 juin 1981), Maria Kirilenko (25 janvier 1987) et Maria Sharapova (19 avril 1987). Elles furent quelques joueuses russes à ne pas passer inaperçues, mais Maria Sharapova reste la seule à être parvenue au Top niveau mondial.

 Bien sûr, l’angle esthétique est totalement biaisé. Mais, je veux pouvoir assumer cette liberté de vouloir apprécier un sport avec de jolies femmes. Certain(e)s vont encore s’indigner que je réduise la femme à mes critères mâles d’appréciation. Je suis cependant convaincu que la présence d’une Maria Sharapova a contribué à donner une visibilité exceptionnelle au tennis féminin.

 Les médias l’ont bien compris qui ont amplifié la brève opposition entre Maria Sharapova et la Canadienne Eugénie Bouchard (25 février 1994). La confrontation fut moins tennistique que stylistique. Sans vouloir se l’avouer, tout le monde s’était réjoui qu’au talent tennistique s’ajoute le bonus d’un spectacle de beauté. Elles sont belles, elles ne vont pas non plus se maudire d’un don de la nature et s’infliger un burka !

 En avril 2017, le retour à la compétition de Maria Sharapova avait suscité un buzz formidable. Des tournois prestigieux (Stuttgart, Madrid, Rome) s’étaient empressés de lui accorder une wild card. Le débat avait divisé le monde du tennis si les organisateurs de Roland-Garros devaient ou non l’inviter. Quelle autre joueuse aurait suscité autant d’engouement ?

Le débat entre ses partisans et ses adversaires est clos depuis que Maria Sharapova a annoncé la fin de sa carrière. Une autre icône de beauté, la Serbe Ana Ivanovic (née le 6 novembre 1987) avait déjà quitté trop rapidement le tennis féminin, avec un seul titre du Grand Chelem (Roland-Garros 2008). Je ne suis pas près de regarder un match de la WTA.

 

10. mars, 2020

CHRONIQUE DE VANF  Ambohitraivo : ce qu’il en reste

 L’attachement à son Collège peut intriguer. Tous les souvenirs n’y furent pas bons. Mais, comme la nostalgie se nourrit uniquement des bons souvenirs, ceux-ci sont idéalisés et sublimés.  

 Pendant qu’à dix mille kilomètres d’Amparibe, les Anciens de Saint-Michel en France organisaient leur assemblée générale, les Anciens au pays effectuaient le reboisement annuel : un devoir citoyen devenu crucial sur une île qui a perdu 44% de ses forêts naturelles, ces 60 dernières années (source : Cirad juin 2018). Cette mauvaise gouvernance écologique et forestière est illustrée par l’absence de carte exhaustive du couvert forestier depuis l’an 2000, comme ce fut le cas auparavant depuis 1953 . Mais, reboiser, c’est bien. Entretenir les fôrets, c’est encore mieux.

 Or, quand les Anciens de Saint-Michel sont arrivés à Ambohitraivo (à cinq kilomètres de Mahitsy par la nouvelle «Route des oeufs», dix-neuf kilomètres de petite autoroute offerts par la Chine, dont l’empreinte se retrouve dans ce nom imagé qui nous a valu hier et nous vaudra demain la «route de la soie»), grande fut la surprise (et la colère) de voir l’ancien site de reboisement occupé par des habitations.  

 Cette démographie humaine galopante ne respecte décidément rien. Au mieux, pour son agriculture, l’humain déforeste. Au pire, par paresse ou prédation, des forêts entières partent en charbon ou sont découpées pour leur bois précieux. Parce que les humains fragmentent les forêts, de nombreuses espèces animales endémiques sont menacées d’extinction : le déjà mince corridor forestier est encore morcelé en îlots endogames dans lesquels les animaux dégénèrent ou disparaissent par consanguinité. 

 À Ambohitraivo, les plus Anciens se souviennent sans doute de ce qui fut le «terrain». Il faut désormais en parler au passé parce que la pression humaine se rapproche dangereusement. La propriété, acquise par les Jésuites en 1920, est envahie par le Fokonolona. En pareil cas, il est devenu classique pour les usurpateurs d’invoquer un «tanindrazana», terrains ancestraux : ce qui est pour le moins suspect, aucune revendication de leur part n’ayant eu lieu entre 1920 (implantation des Jésuites) et 2009 (expulsion des squatters). Notons que le monastère d’Ambohimanjakarano a été construit en 1954 sur un terrain cédé par les Jésuites aux moines Bénédictins. Des soeurs bénédictines, d’abord établies à Befandriana-Nord en 1973, ont également rejoint Ambohitraivo en 1997 rognant un peu plus la propriété des Jésuites. 

 Un pèlerinage s’impose pour les Anciens. La belle forêt aux arbres hauts et droits est attaquée en son sein même. Pendant que les Anciens reboisaient un kilomètre plus loin, ici, le sol porte les traces calcinées de fours à charbon. Et plusieurs moignons témoignent du passage de bûcherons. 

À Ambohitraivo, paradoxe et ironie, le refus dogmatique du Vatican de limiter les naissances ou de recourir à la contraception, menace d’abord les Jésuites qui ont donné à Madagascar ses quatre premiers «Monseigneurs» : Jean-Baptiste Cazet (1885-1911), Henri de Lespinasse de Saune (1911-1928), Étienne Fourcardier (1928-1947) et Victor Sartre (1948-1959). À ceux d’Ambohitraivo, de Mahazaza, et de partout ailleurs à Madagascar, il faut leur apprendre à apprendre : que les naissances se maîtrisent, se contrôlent et se limitent ; que la forêt n’est pas une propriété publique où tout le monde se servirait à volonté ; que l’abattage d’un arbre doit être accompagné de la plantation d’au moins trois autres. À Ambohitraivo, nous serons bientôt loin du compte.

 
28. févr., 2020

VANF ANTRANONKALA:La HCJ, c’est (pourtant) très sérieux

L’importance démocratique de la Haute Cour de Justice a été immédiatement occultée par la polémique à propos de la robe de ses membres. Personne ne s’est plus soucié que, au même titre que la Haute Cour Constitutionnelle et la Cour Suprême, la HCJ est un Chapitre du Titre sur l’Organisation de l’État dans la Constitution. Et que des magistrats professionnels (le Premier Président de la Cour Suprême, deux Présidents de Chambre de la Cour de Cassation, deux premiers Présidents de la Cour d’Appel) font partie de ses onze membres.

La présence de ces sommités de l’ordre juridictionnel s’accommode mal de la robe d’audience qu’on leur a dessinée. Il est très permis de s’interroger sur le Making of d’un costume que, pour ma part, j’associe à ces trois mots dans le dictionnaire :

  •  accoutrement : habillement étrange ou grotesque
  •  carnaval : mannequin grotesque personnifiant le carnaval dans les mascarades ou personne grotesque ridiculement accoutrée
  •  grotesque : ridicule, bizarre, extravagant

Rouge écarlate pour les juristes, rouge cramoisi pour les médecins, amarante pour les scientifiques, jonquille pour les littéraires, violet pour les théologiens, saumon pour les pharmaciens : en France, dont nous avons hérité nombre de protocoles, «le costume universitaire est défini par la norme administrativement» jusqu’à l’aspect fileté ou effectivement fileté des boutons ou la soie moirée de la ceinture. À Madagascar, le décret 67-469 du 31 octobre 1967 détermine le costume des magistrats et des fonctionnaires de l’ordre judiciaire. 

La maison Ponsard & Dumas se revendique «premier fabricant français pour les vêtements de justice et de costume d’audience» : gardienne d’une certaine tradition depuis 1881, elle peut affirmer que «la couleur noire (est) symbole d’égalité et de prestance» et que «la robe de magistrat, symbole du pouvoir délégué, doit être à la fois sobre et élégante».

«Sobre et élégante» : deux mots qui ne s’appliqueraient certainement pas à l’habit de lumière du torero, aux costumes des confréries, à l’uniforme de la Garde suisse du Vatican...ou à la robe des membres de la HCJ qui affiche les quatre couleurs (noir, jaune, rouge, blanc) de la diversité humaine : l’Africain noir, l’Asiatique jaune, le Peau-rouge, l’Européen blanc...C’est peut-être bien dans la publicité United Colors of Benetton, mais beaucoup moins sur un costume d’audience : quand le carnaval entre dans le prétoire, c’est encore la justice qui en sort.

 

7. janv., 2020

VANF ANTRANONKALA : Parlez-vous malgache ?

 La «génération sacrifiée» serait celle de la malgachisation. Le «Ny Fanagasiana» de E.D. Andriamalala, le livre totem de la malgachisation que tout le monde croit avoir lu après avoir vu le titre faussement explicite, est paru en 1974. Mais, le programme était consubstantiel de la révolte de 1972 contre le néocolonialisme dans l’enseignement. 

 Le SNHFAP (service national hors forces armées), défini dès 1971, réorganisé en 1973, fixé en 1976, n’a donc pas seulement commencé avec le port de l’uniforme caractéristique (à partir de 1979 ?) dont ceux qui l’ont vécu ont maintenant une vague nostalgie (sur le mode «que sommes-nous devenus», ceux de 1987, formés au RTS, au CAPSAT, au R3A ?). Abandonné en 1990, le SNHFAP n’a jamais fait l’objet d’un bilan-évaluation dans son rôle «éducatif» auprès des lointaines écoles rurales de l’Éducation de base (voire de l’Enseignement secondaire) alors que les milliers de «SN» (ils étaient 4.379 en 1977) étaient au coeur du système malgachisation-démocratisation. 

 Les enfants de ceux qui ont fait le «SN», s’ils n’ont pas été tôt inscrits en «école d’expression française», ont renoué avec un bilinguisme plutôt francophone, le français demeurant la langue d’enseignement à l’Université publique et dans les écoles privées supérieures.

 D’expression française en AEFE jusqu’au bac français, le dernier tiers des Millennials (nés entre 1993 et 1999) et la génération Z («zanaky ny taona roa arivo», enfants de l’an 2000, comme aurait dit une certaine phraséologie révolutionnaire) parlent mal le malgache qui fut le nôtre, dont on retrouve la double familiarité phonétique et orthographique dès l’époque de nos arrière-grands-parents. C’est-à-dire tout de même le dernier quintile du XIXème siècle. 

 Que les monuments littéraires et musicaux de ce siècle (1885 : année du dernier  traité franco-malgache du 17 décembre - 1995 : année de l’incendie du Rova, 6 novembre) vont devenir, confiés à cette postérité qui en a perdu le son, malgache parlé et malgache chanté ?

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
2. janv., 2020

 CHRONIQUE DE VANF : Échapper à ses fuites

 CHAPÔ : Une vieille Chronique écrite un 23 décembre 2014. Cinq ans qui n’ont pris aucune ride. «Antananarivo une ville à fuir» ? Les Tananariviens, englués quotidiennement, et tout au long de l’année, dans d’interminables embouteillages, ne voudraient certainement pas un malus de bouchons pour décembre. Entre le podium installé en pleine rue à Antaninarenina, les marchands qui sont invités à demeure sur le parvis de l’Hôtel de Ville à Analakely, le «bazar de Noël» qui squatte tout Mahamasina, le centre-ville est un enfer automobile. Et comment marcher par cette canicule. Et où marcher quand trottoirs et chaussée sont surpeuplés. Loin de ce vacarme censément festif, loin de ce commerce obligatoire, loin de ces joyeusetés populeuses, loin de la chaleur de promiscuité. Loin : le Tananarivien autochtone a déjà fui, dans sa tête. 

 (Début de citation) : Antananarivo, dernière quinzaine de décembre. Des embouteillages partout, une chaleur caniculaire, le vacarme des publicités sur la voie publique... Pour ceux qui restent sur Tana, les manifestations commerciales se multiplient : mais, ironie paradoxale, l'engorgement des rues déjà étroites et encombrées, que provoque cet afflux de marchands et de leurs clients, empoisonne justement la vie des Tananariviens décembristes.  

Antananarivo, une ville à fuir désormais ? Sa fortune actuelle a commencé quand Andrianampoinimerina (à la fin du 18ème siècle) fit venir sur Antananarivo les gens de l'Avaradrano (qui devaient garder leur tombeau au tanindrazana : ce qui explique que nombre de Tananariviens reviennent sur le terroir ancestral pour un fandevenana, pour un fetin'ny taranaka, voire pour le culte du dimanche). Débordant de sa colline originelle, la Ville est descendue progressivement dans la plaine nourricière qui est désormais de moins en moins Betsimitatatra, en cette année 2014. 

 Le centre-ville est saturé : moins à cause d'une densification de l'occupation, loin d'être optimale, que par faute d'organisation de l'espace, de l'habitat et de la voirie. Mais, habiter hors des six arrondissements, en direction de l'Avaradrano, au-delà du by-pass de l'Est, sur l'axe Ampitatafika-Fenoarivo ou vers Ambohibao-Ivato, etc., suppose des contraintes que vient alourdir l'absurdité du réseau routier : toutes les entrées/sorties de la Ville sont excessivement saturées et c'est un enfer que de s'y retrouver coincé aux heures de pointe de la grande transhumance (flux et reflux) de notre Humanité grégaire.  

Les nouveaux pôles urbains n'existent pas encore. Leur viabilité suppose un changement des mentalités : pourquoi ceux qui habitent Soanierana, Ampasampito, Ambolokandrina, etc., se croient-ils toujours obligés de venir faire leur marché à Analakely, saturant la circulation de leur déplacement inutile ? L’axe Ivato, par exemple, dispose d’agences des principales banques de la place, de supermarchés, de stations-services de pratiquement toutes les compagnies pétrolières, voire d’un hôpital de référence si l’hôpital de la route-digue était véritablement aux normes : sauf que les habitants d’Ambohibao-Ivato travaillent encore sur Tana-Ville, alimentant le trafic automobile d’Ambohimanarina et saturant l’axe 67 hectares-Andohatapenaka...

 Il faut se rendre à l’évidence : la centralité d'Antananarivo (Tanàna an'ivo) dépasse les faibles moyens dont une Ville-Capitale est censée disposer. Le laisser-faire est devenu un anarchique laisser-aller, et l'administration (communale et centrale) court sans cesse après le fait accompli. Question : à partir de quel seuil, la centralité asphyxie la centralité ?

 L'urbanisme d'Antananarivo est déjà une question d'aménagement du Territoire. S'agissant d'une Ville-Métropole (plus d'un million d'habitants), le problème touche au régional et déborde vers le national. Laboratoire trop longtemps laissé en friche, Antananarivo risque de devenir le mauvais modèle d'organisation pour les autres chefs-lieux vers lesquels les Tananariviens fuient régulièrement dès qu'ils le peuvent : Antsirabe, Toamasina, Majunga, etc. 

 Le rapporteur de la loi sur le redécoupage projeté d'Antananarivo devrait être alimenté sur ces considérations. Les réflexions commencent bien longtemps en amont de la délibération parlementaire. Pour mieux retrouver Antananarivo, et en mieux.