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7. janv., 2020

VANF ANTRANONKALA : Parlez-vous malgache ?

 La «génération sacrifiée» serait celle de la malgachisation. Le «Ny Fanagasiana» de E.D. Andriamalala, le livre totem de la malgachisation que tout le monde croit avoir lu après avoir vu le titre faussement explicite, est paru en 1974. Mais, le programme était consubstantiel de la révolte de 1972 contre le néocolonialisme dans l’enseignement. 

 Le SNHFAP (service national hors forces armées), défini dès 1971, réorganisé en 1973, fixé en 1976, n’a donc pas seulement commencé avec le port de l’uniforme caractéristique (à partir de 1979 ?) dont ceux qui l’ont vécu ont maintenant une vague nostalgie (sur le mode «que sommes-nous devenus», ceux de 1987, formés au RTS, au CAPSAT, au R3A ?). Abandonné en 1990, le SNHFAP n’a jamais fait l’objet d’un bilan-évaluation dans son rôle «éducatif» auprès des lointaines écoles rurales de l’Éducation de base (voire de l’Enseignement secondaire) alors que les milliers de «SN» (ils étaient 4.379 en 1977) étaient au coeur du système malgachisation-démocratisation. 

 Les enfants de ceux qui ont fait le «SN», s’ils n’ont pas été tôt inscrits en «école d’expression française», ont renoué avec un bilinguisme plutôt francophone, le français demeurant la langue d’enseignement à l’Université publique et dans les écoles privées supérieures.

 D’expression française en AEFE jusqu’au bac français, le dernier tiers des Millennials (nés entre 1993 et 1999) et la génération Z («zanaky ny taona roa arivo», enfants de l’an 2000, comme aurait dit une certaine phraséologie révolutionnaire) parlent mal le malgache qui fut le nôtre, dont on retrouve la double familiarité phonétique et orthographique dès l’époque de nos arrière-grands-parents. C’est-à-dire tout de même le dernier quintile du XIXème siècle. 

 Que les monuments littéraires et musicaux de ce siècle (1885 : année du dernier  traité franco-malgache du 17 décembre - 1995 : année de l’incendie du Rova, 6 novembre) vont devenir, confiés à cette postérité qui en a perdu le son, malgache parlé et malgache chanté ?

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
2. janv., 2020

 CHRONIQUE DE VANF : Échapper à ses fuites

 CHAPÔ : Une vieille Chronique écrite un 23 décembre 2014. Cinq ans qui n’ont pris aucune ride. «Antananarivo une ville à fuir» ? Les Tananariviens, englués quotidiennement, et tout au long de l’année, dans d’interminables embouteillages, ne voudraient certainement pas un malus de bouchons pour décembre. Entre le podium installé en pleine rue à Antaninarenina, les marchands qui sont invités à demeure sur le parvis de l’Hôtel de Ville à Analakely, le «bazar de Noël» qui squatte tout Mahamasina, le centre-ville est un enfer automobile. Et comment marcher par cette canicule. Et où marcher quand trottoirs et chaussée sont surpeuplés. Loin de ce vacarme censément festif, loin de ce commerce obligatoire, loin de ces joyeusetés populeuses, loin de la chaleur de promiscuité. Loin : le Tananarivien autochtone a déjà fui, dans sa tête. 

 (Début de citation) : Antananarivo, dernière quinzaine de décembre. Des embouteillages partout, une chaleur caniculaire, le vacarme des publicités sur la voie publique... Pour ceux qui restent sur Tana, les manifestations commerciales se multiplient : mais, ironie paradoxale, l'engorgement des rues déjà étroites et encombrées, que provoque cet afflux de marchands et de leurs clients, empoisonne justement la vie des Tananariviens décembristes.  

Antananarivo, une ville à fuir désormais ? Sa fortune actuelle a commencé quand Andrianampoinimerina (à la fin du 18ème siècle) fit venir sur Antananarivo les gens de l'Avaradrano (qui devaient garder leur tombeau au tanindrazana : ce qui explique que nombre de Tananariviens reviennent sur le terroir ancestral pour un fandevenana, pour un fetin'ny taranaka, voire pour le culte du dimanche). Débordant de sa colline originelle, la Ville est descendue progressivement dans la plaine nourricière qui est désormais de moins en moins Betsimitatatra, en cette année 2014. 

 Le centre-ville est saturé : moins à cause d'une densification de l'occupation, loin d'être optimale, que par faute d'organisation de l'espace, de l'habitat et de la voirie. Mais, habiter hors des six arrondissements, en direction de l'Avaradrano, au-delà du by-pass de l'Est, sur l'axe Ampitatafika-Fenoarivo ou vers Ambohibao-Ivato, etc., suppose des contraintes que vient alourdir l'absurdité du réseau routier : toutes les entrées/sorties de la Ville sont excessivement saturées et c'est un enfer que de s'y retrouver coincé aux heures de pointe de la grande transhumance (flux et reflux) de notre Humanité grégaire.  

Les nouveaux pôles urbains n'existent pas encore. Leur viabilité suppose un changement des mentalités : pourquoi ceux qui habitent Soanierana, Ampasampito, Ambolokandrina, etc., se croient-ils toujours obligés de venir faire leur marché à Analakely, saturant la circulation de leur déplacement inutile ? L’axe Ivato, par exemple, dispose d’agences des principales banques de la place, de supermarchés, de stations-services de pratiquement toutes les compagnies pétrolières, voire d’un hôpital de référence si l’hôpital de la route-digue était véritablement aux normes : sauf que les habitants d’Ambohibao-Ivato travaillent encore sur Tana-Ville, alimentant le trafic automobile d’Ambohimanarina et saturant l’axe 67 hectares-Andohatapenaka...

 Il faut se rendre à l’évidence : la centralité d'Antananarivo (Tanàna an'ivo) dépasse les faibles moyens dont une Ville-Capitale est censée disposer. Le laisser-faire est devenu un anarchique laisser-aller, et l'administration (communale et centrale) court sans cesse après le fait accompli. Question : à partir de quel seuil, la centralité asphyxie la centralité ?

 L'urbanisme d'Antananarivo est déjà une question d'aménagement du Territoire. S'agissant d'une Ville-Métropole (plus d'un million d'habitants), le problème touche au régional et déborde vers le national. Laboratoire trop longtemps laissé en friche, Antananarivo risque de devenir le mauvais modèle d'organisation pour les autres chefs-lieux vers lesquels les Tananariviens fuient régulièrement dès qu'ils le peuvent : Antsirabe, Toamasina, Majunga, etc. 

 Le rapporteur de la loi sur le redécoupage projeté d'Antananarivo devrait être alimenté sur ces considérations. Les réflexions commencent bien longtemps en amont de la délibération parlementaire. Pour mieux retrouver Antananarivo, et en mieux. 

 

16. sept., 2019

Français à l’Etranger.fr

Hélène Conway-Mouret : « Mes réactions aux annonces de réforme »

Mme Conway-Mouret, Sénatrice des Français établis hors de France donne son point de vue sur certaines nouvelles réformes (AEFE etc.)

Publié le 13 septembre 2019 Par Français à l'étranger

Mme Conway-Mouret revient sur les différentes réformes qui concernent le monde de  l’expatriation, en particulier sur celle de l’AEFE qui, après s’être vue amputée d’une part importante de son budget au début du mandat d’Emmanuel Macron, se voit aujourd’hui réattribuer une partie de cet argent.

« Il y a deux ans on nous annonçait un “Nouveau Monde” à coups de réformes qui allaient tout changer. Ce à quoi elles devaient aboutir était cependant flou. Paradoxalement, ces annonces ont eu pour effet de créer beaucoup d’inquiétude qui subsiste toujours d’autant que les changements ont débuté par des suppressions brutales, sans concertation ni explication. Par exemple, l’ANEF qui apportait la garantie de l’Etat pour les projets immobiliers des établissements scolaires a été supprimée et Bercy ne sait toujours pas par quoi la remplacer ; quelques établissements scolaires se sont retrouvés en grande difficulté et certains ont risqué la fermeture. Des solutions ont été trouvées, suscitant beaucoup de travail et d’angoisse au sein des équipes et des familles. 

Et puis il y avait la grande réforme de l’AEFE. Elle a débuté avec la suppression de 33 millions dans le premier budget qui a entraîné l’augmentation de 3 points de la ponction sur les établissements (passés de 6 à 9) pour que l’Agence puisse survivre financièrement, avec pour conséquence l’augmentation automatique des frais de scolarité. Face au tollé qui n’a jamais faibli en deux ans, le ministre a annoncé pendant la semaine des ambassadeurs une augmentation du budget de 25 millions. La baisse des frais de scolarité pourrait l’accompagner puisque le déséquilibre budgétaire induit par la coupe de 33 millions dans le budget 2017/2018 avait été amorti en partie par l’augmentation des frais de scolarité payés par les familles scolarisant leurs enfants dans le réseau. En rétablissant le budget auquel il manque quand même encore 8 millions d’euros, l’AEFE peut, ce faisant, diminuer le prélèvement sur les lycées. Les établissements décideront de diminuer ou non les frais de scolarité.
C’est peut-être le sentiment de soulagement qui nous fait accepter les annonces comme un ensemble de bonnes nouvelles, relayées par des médias, qui semblent frappés d’amnésie. 

Comment ne pas voir que ce qui nous est donné aujourd’hui n’est qu’une partie tronquée de ce qui a été supprimé dans un premier temps ? Nous revenons fragilisés au niveau de financement qui était à peu près celui de 2016. J’ai du mal à voir le progrès ! Le statut des professeurs résidents a changé, les détachements sont toujours aussi problématiques. L’annonce de l’augmentation du nombre de professeurs détachés, dans un calendrier non fixé, serait positive s’il était précisé qu’ils le seront dans les établissements du réseau, et non dans les nouveaux établissements partenaires qui ouvriront leurs portes à l’enseignement français ou du français dans le grand mouvement du doublement des apprenants de français, voulu par le Président. Allons-nous créer des doublons et une concurrence déloyale envers nos lycées là où elle n’existe pas aujourd’hui ?

Toutes ces annonces qui se veulent positives ne cachent en rien le grand malaise qui règne dans ce ministère qui peine à assumer ses missions, malaise dû aux économies budgétaires qui sont la règle depuis longtemps et affectent les effectifs autant que les moyens. Elles frappent toutes les activités et tous les réseaux sur lesquels il exerce sa tutelle. La politique qui le gère est essentiellement budgétaire, basée sur les économies que le ministère des finances peut en tirer. Tant que l’on continuera à supprimer des postes alors que sa mission première est celle du contact et de l’humain nous abîmerons notre image, nous réduirons notre influence et nous supprimerons progressivement nos services publics qui ne seront jamais remplacés totalement par des écrans de tablettes et d’ordinateurs. Décidément, le chef de l’Etat n’est pas Anton Dvorak, auteur de la symphonie du Nouveau Monde. Tout au plus Joseph Haydn avec sa symphonie des adieux. »

 

13. août, 2019

Comme un hiatus

Le Pape François arrivera à Madagascar le 6 septembre 2019. Une messe est prévue réunir 800.000 fidèles le 8 septembre. Je ne lui ferai pas l’injure d’interroger le nombre d’humains qu’il est possible de parquer sur un mètre carré, sans préjudice des considérations de promiscuité ou de sécurité. Le Souverain Pontife sait certainement que cette question avait soulevé la très sérieuse question du «compas dans l’oeil» : c’était il y a vingt-huit ans, deux ans après une autre visite papale à Madagascar.

Je ne sais pas ce que l’instruction religieuse leur a dit de l’infaillibilité pontificale et j’ignore ce que les fidèles catholiques voudraient demander au Pape. Mon questionnaire existentiel ne serait probablement pas éligible. Les vrais Croyants ne cultivent pas le doute à dessein. Les vrais Croyants croient justement pour conjurer leur angoisse existentielle quand je me réfugie dans une prudente indifférence. 

Pour essayer de comprendre ce qui pourrait intéresser les Catholiques de 2019, et faute de matériaux disponibles pour les fidèles de Madagascar, j’ai passé en revue les titres de «La Croix» dans sa livraison de ce 6 août 2019 : «Quelques repères pour mieux vivre en famille. Les mariages en grande pompe ont la côte. Les célibataires se sentent toujours stigmatisés par la société».  

Le très sérieux INED (Institut National des Études Démographiques) a comparé les fêtes de mariage des années 1980 et celles des années 2010. Dans cette étude publiée le 30 juillet 2019, certaines conclusions ne manqueront pas de rassurer une Église catholique impactée par les scandales de pédophilie : «Malgré une progression croissante du célibat, le couple continue de s’imposer comme norme sociale puissante» (...) le mariage, certes en déclin et fragile, déclenche une ferveur dans les préparatifs de plus en plus grande et de nouvelles traditions l’entourent (...) le couple constitue la porte d’accès privilégié à la parentalité et à la constitution d’une famille». 

Démographes, statisticiens et économistes malgaches sont sans doute songeurs à apprendre qu’en France, les compétences conjuguées de deux organismes administratifs, l’INED (Institut National des Études Démographiques) et l’INSEE (Institut National de la Statistique et des Études Économiques), avaient été consacrées à une EPIC (étude des parcours individuels et conjugaux). Conduite entre 2013 et 2014, une étude quantitative avait concerné 7825 personnes âgées de 26 à 65 ans. Suivit une étude qualitative auprès de 42 hommes et femmes célibataires qui avaient répondu à l’EPIC. 

Quelles recommandations en interne l’Église catholique ferait de certaines conclusions : «Les jeunes femmes des classes aisées au début de la trentaine sont les plus susceptibles de souffrir de l’absence de relations stables». Un «âge critique du célibat» a ainsi été défini, entre 30 et 34 ans : «Dans cette tranche d’âge, qui est aussi celle où l’on trouve le nombre le plus faible de célibataires, le fait de vivre seul est perçu de façon largement négative». 

Certainement pas à l’INED ni à l’INSEE, encore moins en cours de religion, mais à quelle école de la certitude ai-je donc acquis la conviction qu’une jeune femme trentenaire des classes aisées ne fait pas exactement une adepte à oeillères, «Ne crains pas, crois simplement»...

 
4. juil., 2019

Croisade contre le bruit

Les boules Quies ont eu 100 ans en 2018. Inventées par le pharmacien Joseph Moreau, elles s’écouleraient à 60 millions d’exemplaires chaque année depuis un siècle.

L’entreprise familiale, qui les fabrique depuis toujours, garantit qu’elles assurent 27 dB de nuisances sonores en moins, ce qui se rapproche de la performance acoustique d’un double vitrage phonique de base, accessoire également définitivement indispensable pour se prémunir de la musique (ou ce qui leur en tient lieu d’être) chez les voisins. Pour l’instant, je me contente de «mousse confort» qui revendiquent pouvoir arrêter 35 dB de bruits parasites indésirables.

Hauts-parleurs branchés sur les trottoirs, carnaval de vuvuzéla sur la voie publique, subwoofers monstrueux déclenchés dans les embouteillages : qui en autorise l’importation, qui en permet la vente, qui en réglemente l’usage ? 

Quand on est citadin de grand-père en petit-fils, on est programmé pour le brouhaha des villes. On s’y habitue tellement que l’on se rassure même à entendre la circulation automobile reprendre son murmure vers 4 heures 30 du matin. Mais, c’est avant que les scooters ne se mettent à pétarader de leur faible cylindrée geignarde. Avant que des policiers ne sifflent hystériquement pour go-stopper des automobilistes trop obtus pour accepter de passer en alternance. Avant qu’une machine-outil ne se mette à gronder dans un quartier résidentiel.

Il y a près de 25 ans, la cloche de l’église de Soanierana m’était tombée sur la tête. Et encore, à l’époque, il s’agissait d’une cloche authentique, en fonte, avec le beau timbre caractéristique des angélus de notre enfance. Rien à voir avec les carillons électroniques actuelles, de nombre d’églises catholiques, qui produisent un son cauchemardesque qui fait hurler les chiens à l’ouïe sensible.

Le muezzin de la mosquée Ambatonakanga, avec cette voix nasillarde et totalement incompréhensible mais délibérément réglée sur le volume maximal, arrose régulièrement le quartier de son prêche inintelligible à l’insu du plein gré des riverains. Agression caractérisée également les hurlements démentiels, quelque part dans Mahamasina, du pasteur d’une secte évangélique (ou apocalyptique ou qu’importe d’autre) qui n’a renoncé à chasser le «demony» qu’à 20 heures, limite du tapage nocturne.

Ayant grandi dans le voisinage direct d’une église catholique, et scolarisé dix ans chez les Jésuites, je puis témoigner de la décadence musicale des cantiques vaticanesques. Le rituel liturgique devient une kermesse foraine avec ses vivats, ses effets de synthé, ses battements de rythme. C’est là l’inculturation au tempo tropical, au sens du rythme sub-saharien. Du temps de Jean-Paul II, un symposium épiscopal, quelque part, a décrété que cette «joie» désordonnée et tapageuse était le «vrai visage» de l’africanité dans l’Église. Quid de Madagascar qui est une île ? Cujus regio, ejus religio : les évêques de céans ont oublié notre exception culturelle, qui est d’abord géographique, une région à part, avec déjà son archipel de particularismes.

La Croisade contre le bruit «sans nécessité ou par manque de précaution» devient enjeu de Civilisation. Par l’énervement et le stress qu’il engendre, le bruit représente clairement une menace contre «le moral de la nation». Quelle production, quel développement, quelle Renaissance, attendre d’une population soumise à la torture continuelle du tapage permanent, traumatisée par le vacarme incessant, ballottée de charivari en hourvari. 

Qu’une Loi fixe les principes de la lutte contre le bruit : ultime cocasserie quand on se souvient dans quel tintement de casseroles les députés avaient fait campagne. Que des décrets organisent les modalités de la lutte contre le bruit, si tant est que tout le monde est convaincu de sa nocivité. Mais, surtout, il faut commencer par l’éducation civique contre le bruit : à l’école, préparer la nouvelle génération d’un peuple qui murmure (cf. Chronique VANF, 1er février 2018). 

La Boule Quies avait été inventée en France en 1918. Il aura fallu cependant au Gouvernement français attendre soixante-dix ans et un décret de mai 1988 pour réglementer le bruit de voisinage. À ce bruit, ce vacarme, ce tapage, nous autres serions tous fous dans soixante-dix ans.