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17. sept., 2020

VANF ANTRANONKALA : «Le lait ne coule plus»

 

Les turpitudes de la FNSEA (fédération française des syndicats d’exploitants agricoles) sont malheureusement connues d’un grand nombre de Malgaches grâce à la télévision par satellite ou par le copier-coller des chaînes nationales. 

Déversement de tonnes de fruits et légumes dans la rue, épandage de lisier devant les supermarchés, dégradations de mobilier urbain ou de locaux administratifs, exhibition de cadavres de sangliers ou de cochons. 

Le 24 juillet 2015, 15.000 litres de lait avait été déversé dans le parking du Cora de Vesoul (362 km au Sud-Est de Paris). C’est ce dernier exemple qu’ont bêtement imité les producteurs laitiers d’Antsirabe et de Betafo, fournisseurs de la société AAA (opérant dans les locaux de Tiko et Magro), pour protester contre sa fermeture dans un contentieux fiscal. Ce coup médiatique est un scandale de gaspillage alimentaire. 

La crise de la filière n’en est pas moins véritable. Par une étude de mai 2020, diligentée par le CIRAD et le FIFAMANOR, on apprend que 60.000 exploitations agricoles du «triangle laitier» des hautes terres produisent 100 millions de litres par an qui approvisionnent principalement Antsirabe (10%) et Antananarivo (50%). La filière a été rudement impactée par le confinement : fonctionnement a minima des transports, effondrement de la demande urbaine en lait à cause de la fermeture des commerces, multiples invendus de yaourts et de fromages par perte du pouvoir d’achat, les PPN accaparant les dépenses. «Le lait ne coule plus» est le titre de cette étude. 

 

1. sept., 2020

CHRONIQUE DE VANF : Raconte-moi la THB

 

La bière en général, la THB en particulier, est un breuvage de convivialité qui m’a valu tant de belles rencontres inattendues. Alors, quand parmi «les choses de la ville», l’Institut Français de Madagascar s’est piqué d’un hashtag #THB, je voulus aussitôt savoir quel profane frappait ainsi les trois chevaux en coup réglementaire. 

Ambohidradidy, pseudo derrière lequel s’est finalement dévoilé Didier Montagne de l’IFM, a trempé sa plume dans une encre très sympathique : «La voici, à son flanc la mandorle rouge cinabre, bordée de vieil or, la couleur rutile, saute aux yeux, en un éclair : nul ne songe au sang de zébu sacrifié, mais à une émulsion de latérite ou bien aux tentures votives qui ceignent noblement les troncs des arbres près des tombeaux». Il est vrai que le sang du zébu de sacrifice offre la teinte caractéristique «jaky mena», qui est aux souverains ce que la pourpre cardinalice est aux princes de l’Église. Il est vrai que le (sic) gueule écarlate est associé aux ficus, dont l’amontana, des dernières volontés de Jean-Joseph Rabearivelo.

La THB annonce la couleur : le mot Pilsener à fasce d’or qui figure, en le fermant, un ciclamor qui n’a pas toujours été une boucle de harnais. Fermentation basse donc (entre 6°C et 8°C), plutôt lager (blonde), du nom d’un procédé inventé dans la ville tchèque de Pilsen en 1842. La THB, la seule, la vraie, l’unique, titre invariablement à 5,4%. Les ersatz, à abîme héraldique sinople ou azur, n’ont été inventés que pour feinter les ayatollahs de la publicité sans alcool. L’authentique amateur ne peut confondre la THB nationale avec ces limonades. 

Et d’abord, son étiquette. Inexpliquablement, les trois chevaux emblématiques de son logo ainsi que le nom même de «3 Horses» sont exactement ceux d’une bière hollandaise de Breda, «established 1628». Les étiquettes des années 2000 sont identifiables à leurs trois icônes : interdisant d’accès la femme enceinte, exigeant un état-civil de 18 ans, et recommandant le très écologique recyclage. 

 Et ensuite, sa bouteille. Ailleurs, ce serait «de l’épi au demi». Ici, je «GM», tu «PM» et nous pouvons «MM» depuis que la STAR a reconverti les bouteilles de Skol. Pour décoller délicatement les 21 dents de la capsule THB, le tégestophile que je suis se munit d’un décapsuleur idoine pour ne pas abîmer un objet collector surtout que le tiercé à belle hure pourrait être remplacé par un logo plus proche de PMU que de Three Horses Beer. Ambohidradidy préfère dire «opercule», un terme pourtant de botanique, d’ichtyologie (zoologie des poissons), ou de conchyliologie (traité des coquilles). Il est vrai que «capsule», un autre terme de botanique (capsulaire), ou de pharmacie (capsulation), voire d’histoire naturelle (capsulifère), pour l’obturation par la «crown cork», n’a été inventée qu’en 1892 par William Painter (1838-1906), un Américain d’origine irlandaise.

Enfin, la THB elle-même. Les brasseries STAR recommandent de la boire (très fraîche) à 4°C. En 65 cl ou 33 et même 50, ma THB doit être glacée à point. Servie dans son verre éponyme parce qu’il y a erreur sur la marchandise quand la THB s’égare dans un verre à Eau Vive ou de Coca-Cola : la consommation de THB n’est pas honteuse. Et boire la THB dans un goodies Gold entame la connivence avec une vieille complice. Le bon verre incliné selon un certain angle, la THB peut couler. Obtenir le faux col parfait est un exercice sans cesse recommencé, avec des réussites diverses. L’absolu sait s’accommoder de petites imperfections. 

La zythophilie a ses adeptes et la THB compte des millions de fidèles. Mais, ce sont bel et bien de saints chevaux qu’auréole la mandorle. Étiquette cinabarine au coeur héraldique d’une bière à armoiries connues et reconnues. Trois chevaux aussi célèbres que la tête de zébu sur les pièces d’Ariary. Trois lettres, T-H-B, qui ont confisqué le générique de bière.

 

MORCEAUX CHOISIS CHEZ AMBOHIDRADIDY OU LE TEXTE DU CONTEXTE

 

«Se peut-il que de simples choses nous sauvent. S’il en est une, ici, de ces choses salvatrices, partageables, offertes à tous, source insigne de ces éternités brèves, ce serait le bière THB»

«La voici, à présent, dressée sur la table écarlate, une quille PM d’un verre brun si profond qu’il laisse à peine devenir le breuvage pour en accroître sans doute à chaque fois la promesse des retrouvailles et de l’épanchement - un verre fumé, dit-on, pour protéger du soleil»

«La voici, décalottée à peine, quand la serveuse toute pénétrée, juste soulève l’opercule en le maintenant rivé au goulot : nouveau retardement du plaisir ou antique précaution envers les empoisonneurs».

«La voici, l’enfilade de ces trois têtes de chevaux pis, un attelage, une apparition, les corps ont été retranchés - ils galopent éperdus dans les hautes terres ou, le dimanche, promènent au pas, les enfants à Analakely».

«La voici enfin - inondation physique de la première gorgée ! - ce goût de miel à peine amer, cette tendresse un peu acrimonieuse et mordorée, si immédiatement apparentés à l’habitus des gens de ce pays».

 

25. août, 2020

Si vous voulez visionner l' article intitulé : "Vanf Antranonkala : crime environnemental"; cliquer ici

24. août, 2020

VANF ANTRANONKALA : La traction humaine comme moteur

  

Nous aurions tort de nous moquer. Tout le monde avait pu trouver normal que les taxi-motos aient fait irruption dans un paysage d’embouteillages automobiles sans fin. Mais, là, c’est une surprise d’entendre parler de taxi-bicyclettes : une nouvelle réalité née avec la crise sanitaire du Covid-19 qui se mue en crise socio-économique du confinement ? 

Simple vélo avec un porte-bagage rembourré et allongé, version basique des rickshaws asiatiques à trois roues : ces cyclo-pousses qu’on voit cependant déjà coloniser progressivement les banlieues très proches du Centre-Ville d’Antananarivo. 

Techniquement très loin du vélo pousse-pousse avec assistance électrique pour le vélotourisme, comme à Namur (Belgique), avec visite guidée proposant des commentaires en quatre langues (français, néerlandais, allemand, anglais). Philosophiquement aux antipodes également puisque dans les villes européennes, c’est pour le folklore, tandis que dans le tiers-monde, c’est dramatiquement alimentaire. 

Des questions sont à poser dès maintenant pour ne pas subir plus tard le «taxi-beka» comme on a subi le taxibe. Rappelons que le taxibe, concept marginal apparu dans le contexte de crise économique du début des années 1980, n’a cessé de se multiplier jusqu’à se substituer complètement aux anciens autobus et devenir l’actuelle force économique qui fait impunément fi des deux challenges fondamentaux censés non-négociables : sécurité des usagers et qualité du service. Et ne parlons pas de la corruption du Code de la route ni de l’ensauvagement au volant. 

Exode rural et migrations régionales menacent Antananarivo et chaque chef-lieu provincial. Le mirage urbain est une terrible désillusion, tandis que l’exode rural vide la campagne agricole censée nourrir l’Humanité. Aggravée par le confinement, la situation était déjà critique bien avant 2009, bien avant 2002, bien avant 1991. Un symbole, qui n’a rien d’une démarche folklorique ni d’une volonté d’exotisme : les Ikarus ont laissé la place à des taxibe, et le transport en général régresse d’un moteur thermique à la traction humaine, des charrettes, des pousse-pousse, des «taxi-beka». On ne devrait pas en plaisanter.

 
 
 
 
 
12. mars, 2020

CHRONIQUE DE VANF  : Clap-clap de fin



 Maria Sharapova, ne fut ni Martina Navratilova, ni Chris Evert, ni Serena Williams. Elle part avec un palmarès de pas tous les records avec «seulement» cinq titres du Grand Chelem : Wimbledon (2004), US Open (2006), Australian Open (2008), Roland-Garros (2012, 2014), un unique Masters (2004). Et un bref passage comme numéro Un mondiale en 2005.

 Elle n’aura établi aucun record, mais elle aura marqué le paysage tennistique de sa grande beauté. À une époque, j’avais illustré une Chronique avec les photos des joueuses russes contemporaines : Anna Kournikova (née 7 juin 1981), Maria Kirilenko (25 janvier 1987) et Maria Sharapova (19 avril 1987). Elles furent quelques joueuses russes à ne pas passer inaperçues, mais Maria Sharapova reste la seule à être parvenue au Top niveau mondial.

 Bien sûr, l’angle esthétique est totalement biaisé. Mais, je veux pouvoir assumer cette liberté de vouloir apprécier un sport avec de jolies femmes. Certain(e)s vont encore s’indigner que je réduise la femme à mes critères mâles d’appréciation. Je suis cependant convaincu que la présence d’une Maria Sharapova a contribué à donner une visibilité exceptionnelle au tennis féminin.

 Les médias l’ont bien compris qui ont amplifié la brève opposition entre Maria Sharapova et la Canadienne Eugénie Bouchard (25 février 1994). La confrontation fut moins tennistique que stylistique. Sans vouloir se l’avouer, tout le monde s’était réjoui qu’au talent tennistique s’ajoute le bonus d’un spectacle de beauté. Elles sont belles, elles ne vont pas non plus se maudire d’un don de la nature et s’infliger un burka !

 En avril 2017, le retour à la compétition de Maria Sharapova avait suscité un buzz formidable. Des tournois prestigieux (Stuttgart, Madrid, Rome) s’étaient empressés de lui accorder une wild card. Le débat avait divisé le monde du tennis si les organisateurs de Roland-Garros devaient ou non l’inviter. Quelle autre joueuse aurait suscité autant d’engouement ?

Le débat entre ses partisans et ses adversaires est clos depuis que Maria Sharapova a annoncé la fin de sa carrière. Une autre icône de beauté, la Serbe Ana Ivanovic (née le 6 novembre 1987) avait déjà quitté trop rapidement le tennis féminin, avec un seul titre du Grand Chelem (Roland-Garros 2008). Je ne suis pas près de regarder un match de la WTA.