30. avr., 2015

CHRONIQUE DE VANF: conversation secrète

À force de zapper d’ennui, je finis par attérir sur l’émission «Conversation secrète» de Canal+. Ce soir là (émission diffusée une première fois le mercredi 15 avril, rediffusée le 16 avril), l’invité de Michel Denisot n’était autre que Manuel Valls, le Premier Ministre de la France, nommé le 31 mars 2014. «Conversation secrète» est un entretien itinérant, au cours d’une déambulation en extérieur, entre Michel Denisot et son invité. 

 

Sur un plan large, l’absence de garde-du-corps dans la proximité visible du Premier Ministre frappe. Soit, les militaires affectés à sa garde rapprochée sont tellement professionnels qu’ils savent se rendre invisibles. Soit, le Chef du Gouvernement français a toutes les raisons de croire qu’il ne craint rien à déambuler simplement dans les rues de Paris. 

 

Lors de la promenade entre l’animateur et Manuel Valls, les passants marquent parfois un temps d’arrêt, pour s’assurer d’avoir bien reconnu ce passant pas si ordinaire, mais ils n’importunent pas. On n’assiste pas à un attroupement malséant. Soit, l’émission est tellement bien organisée que tout embarras est évité à l’invité. Soit, les Parisiens, une des capitales mondiales, sont tellement citadinisés qu’ils doivent trouver tellement vulgaire de marquer une curiosité trop ostensible.  

 

Je ne pus m’empêcher de projeter un tel concept d’émission dans les rues d’Antananarivo. Mais, où déambuler un peu calmement ? Et proprement ? Et sans importun ? Les caméras feraient difficilement des plans larges sans inscrire l’invité sur fond d’amas d’ordures non ramassées. Marcher dans Antananarivo est un exercice improbable quand les trottoirs sont squattés par des marchands ou des voitures en mal de parking. On imagine mal un invité exceptionnel, le Président de la République, le Premier Ministre, voire le Maire, donner le mauvais exemple, c’est-à-dire en fait, faire comme tout le monde, et marcher sur la chaussée automobile. 

 

Le Chef de l’État ou le Chef du Gouvernement marcher simplement, sans une escorte innombrable, est-ce dans nos moeurs ? Des gardes du corps qui savent garder leurs distances, est-ce dans la formation d’ici ? Des conseillers et des courtisans qui ne s’incrustent pas dans le champ de la caméra ou qui ne collent pas aux basques de leur patron, cela se trouve-t-il encore ?

 

L’ancien Premier Ministre Guy Razanamasy avait joué le registre de la bonhommie en s’arrêtant prendre du café ou manger du «ramanonaka». Depuis, la pauvreté a décuplé, l’atmosphère est à l’agressivité gratuite, le Président ou le Premier Ministre seraient-ils en sécurité au milieu de leurs administrés ? Grave question qui pose bien entendu celle de la confiance, ou de la défiance, qui caractérise désormais les relations entre les tenants du pouvoir et la population. 

 

Et puis, ce concept d’émission serait sans doute impossible tant que les Tananariviens, tous les Tananariviens, ne seront pas suffisamment citadinisés dans leur tête. Les attroupements de badauds désoeuvrés me laissent simplement perplexes quand on s’enquiert de la futilité de ce qui constitue peut-être un dérivatif à un quotidien tellement terne. La rapidité de certaines mobilisations quand il s’agit de participer à une rixe, courrir après un voleur, a quelque chose de doublement anachronique : tellement pas moderne, si peu citadin. 

 

Bref, je crains que ce concept d’émission ne nécessite la mobilisation de l’Emmo-Reg pour assurer un cordon de sécurité, contenir des badauds trop insistants. Et tout ce dispositif ruinerait simplement l’intérêt de l’exercice : la simplicité.