16. juin, 2017

CHRONIQUE DE VANF: Insurrection contre l’extrême pauvreté

Le Père Pedro a signé un livre, «Insurgez-vous». «Contre l’égoïsme, contre l’indifférence, contre l’extrême-pauvreté». Il m’aura fallu attendre 28 ans pour voir de visu le village d’Andralanitra (RN2, PK8). Et pourtant, 500.000 personnes seraient donc sorties de l’extrême-pauvreté (fixée à moins de 2 dollars par jour par la Banque mondiale) depuis 1989 que l’association «Akamasoa» existe. Mon indifférence ?

«Ils m’ont donné la confiance». Mais, pas qu’eux, les pauvres, les démunis, à lui avoir fait confiance. La Principauté de Monaco, par exemple, figure parmi les principaux partenaires du Père Pedro. Un lycée Prince Albert, «Collège sy Lycée Akamasoa, mitolona sy manohitra mafy, ny fahantrana, ny fahakamoana, ary ny rendrarendra ka mampijoro olom-banona» (lutte résolument contre la pauvreté, l’oisiveté et les futilités pour construire l’homme nouveau), existe dans le village d’Andralanitra, jouxtant un vrai terrain de football avec tribune centrale et gradins latéraux pour le public. La bonne gouvernance est finalement presque aussi simple : une démonstration par des actions et des résultats. Quel ministère, quel organisme public, quelle société d’État, depuis ces 28 dernières années, a su mériter cette confiance, des bénéficiaires, des usagers, des partenaires ? Et, finalement, de l’opinion publique.

Le site «perepedro.com» parle de leurs «réalisations visibles et invisibles». Sans doute, dans quelque documentaire lointain, avais-je pu suivre la première création, celle du village d’Antolojanahary (RN4, PK 60). Pourtant, cette stratégie du «retour à la terre» comporte d’autres villages ruraux, Mahatsara (1993, RN 2, PK12) ou Ambatomitokana (1994, RN3, PK37), et en province : Alakamisy-Ambohimaha, Vangaindrano et Morondava. Mais, le réseau à proximité immédiate de la Capitale demeure la réalisation la plus visible pour une tragédie nationale dramatiquement plus visible, d’année en année.

Combien l’État malgache a construit de logements sociaux depuis 1989 ? Le Fanjakana lui-même le sait-il seulement, à supposer que la question l’intéresse encore. Un «État occupé à voler son peuple», dénonce le Père Pedro. En 2013, Akamasoa revendiquait déjà la création de 2620 logements, tandis que la multiplication des lotissements résidentiels de standing, dans et autour de la Capitale, jure dangereusement avec l’augmentation des sans domicile avec les tunnels d’Ambohidahy ou d’Ambanidia, sinon les bacs à ordures de la CUA, comme seule adresse.

«La vérité, la justice, l’amour, n’ont pas de couleur (de peau)» dit Pedro Opeka, qui est arrivé à Madagascar à l’âge de 22 ans. «Je ne souhaitais pas arriver en notable, mais découvrir en tant que jeune homme», continue-t-il. C’était donc le 26 octobre 1970. Et une première affectation dans le Sud-Est de l’île. Mais, c’est à sa convocation à Antananarivo, en 1985, qu’il allait donc découvrir ce phénomène des sans domicile fixe, les quat-mis, énième dommage collatéral des errements économiques de la république socialiste.

Le travail des adultes, la formation des jeunes (ateliers de mécanique auto, d’ouvrage métallique et de menuiserie), la scolarisation des enfants (des écoles Akamasoa existent depuis le primaire jusqu’au supérieur), sont au coeur de la démarche de réinsertion. Le recouvrement de leur dignité d’humains passe aussi par l’instauration d’une discipline du vivre ensemble et la création de cimetières qui épargne aux extrêmes-pauvres l’ignominie d’une fosse commune.

Tableau résolument idyllique. Avec mon bémol en post-scriptum. Les petites mains qui cassent de la pierre sur les carrières que gère Akamasoa sont en bonne voie d’aplanir notre pays de «douze collines». Mais, quand l’État malgache lui-même semble cultiver une indifférence suprême, entre arasement d’Ambohidava pour remblayer Laniera ou découpe au chalumeau du granite de tant de collines (près de Fiakarana, près d’Ambatomanoina, près d’Ambohijanaka, etc, etc), mon indignation est insignifiante. Il semble que l’ancienne forêt du Vakiniadiana, à l’Est de la Capitale, ait disparu pour permettre de bâtir les anciennes «Trano Kotona» de la période royale. Notre génération réussira sans doute l’exploit douteux de transformer en moëllons, pavés, caillasse, jusqu’au promontoire d’Ambohimanga voire le socle d’Analamanga au pied de Manjakamiadana.

Vanf Nasolo-Valiavo Andriamihaja