23. nov., 2017

Chronique de Vanf: Madagascar, opération Frontières Ouvertes

Des immigrés arabes apprennent le malgache au CDA Andohatapenaka : d’où
arrivent-ils ; comment sont-ils rentrés à Madagascar ; que savent les
autorités de leur passé, de leur profil, de leurs intentions ? Des
clandestins pakistanais ont été appréhendés et expulsés : comment sont-ils
rentrés à Madagascar ? Les autorités malgaches savent-elles seulement s’ils
n’en restent pas des douzaines d’autres dans la nature ?

Des femmes musulmanes voilées de la tête aux pieds dans le tristement
célèbre niqab, qu’on voit habituellement sur les images provenant des pays,
au mieux de l’islam rigoriste (Arabie saoudite wahhabite, Iran des
ayatollahs), au pire de l’islamisme terroriste (Afghanistan des Talibans,
territoire du califat autoproclamé de Daech), se promènent dans les rues
d’Antananarivo et ailleurs dans Madagascar : d’où viennent-elles, comment
sont-elles rentrées à Madagascar, que viennent-elles chercher chez nous,
appartiennent-elles à quelque mosquée clandestine salafiste, ont-elles prêté
allégeance à quelque mollah rétrograde et jihadiste ?

Dès l’attérissage à Madagascar des avions de la Turkish Airlines, nous fûmes
quelques-uns, et sans doute beaucoup plus nombreux depuis, à nous inquiéter
de voir débarquer des hommes de type arabe à l’accoutrement très
traditionnel, pas du tout le genre des musulmans locaux que nous avions
l’habitude de côtoyer depuis plusieurs décennies.

Qu’est-ce qui a fait que ce curseur vestimentaire bouge ? Qui sont ces gens,
d’où viennent-ils, où vont-ils, que font-ils ici, quand repartent-ils,
combien auront-ils converti à la lecture au pied de la lettre d’il y a
quatorze siècles de notre société des années 2000 ? Pourquoi les musulmans
de Madagascar étaient-ils toujours habillés sans surenchère rigoriste ?
N’est-ce pas parce qu’ils sont libéraux ? Mais, être libéral et musulman,
sans doute est-ce déjà une parjure aux yeux des islamistes qui imposent la
stricte séparation des hommes et des femmes dans l’espace public,
l’interdiction de l’accès à l’éducation et l’instruction pour les jeunes
filles, l’enfermement de la femme adulte sous le niqab ?

Je vois déjà les bonnes âmes dénoncer mon amalgame raciste. Pourquoi ai-je
été voir comment réagit un Hindou, à propos d’un possible asile accordé par
l’Inde aux Rohingyas, ces musulmans chassés de Birmanie : «Ces gens
commencent par demander l’asile, exigent ensuite la nationalité, et
finissent par réclamer la charia». L’application de leur loi islamique à
l’exclusion de toute autre, et surtout des lois de libérté religieuse et de
tolérance interconfessionnelle. Pourquoi m’étonné-je que l’ONU exige de la
Birmanie le retour des Rohingyas alors que les Nations Unies sont
incroyablement silencieuses sur le sort des millions de Chrétiens d’Orient
chassés d’Irak ou de Syrie ?

Ces questions seraient celles que poserait normalement la veille de
proximité dite de l’andrimasom-pokonolona. Sauf que, là,
l’andrimasom-pokonolona relèvait déjà de la police aux frontières. Les
frontières malgaches sont une passoire : les clandestins et les  trafiquants
du monde entier ont dû se donner le mot. Au départ, des tortues endémiques,
de l’or en barre, du bois de rose. À l’arrivée, des réfugiés, des immigrés,
de possibles radicalisés. Mais, continuons de ne pas voir le contingent de
barbus et de niqabs descendre de Turkish Airlines. Faisons toujours semblant
de croire que le cours normal de la mondialisation est à l’alternative
étroite entre le wahhabisme saoudien ou l’ayatollahisme iranien sinon
d’autres choix plus ouvertement salafistes et plus explicitement jihadistes.
Surtout, ne changeons rien : que Madagascar demeure le maillon faible des
contrôles aux frontières ; que les autorités malgaches ne s’émeuvent surtout
pas de l’amplification du curseur halal ; que le ministère des cultes laisse
se multiplier les mosquées informelles ; que personne ne lise l’analyse de
Mathieu Pelerin (Gérer l’héritage de la Transition, Institut français des
relations internationales, novembre 2014) : «Le chiffre de 160.000 convertis
à l’islam pour la seule année 2013 est évoqué par des sources sécuritaires
locales (...) Cette réislamisation, fondée sur le réveil des identités
islamiques enfouies durant plusieurs siècles sur les côtes Nord-Ouest et
Est, s’opère par différents vecteurs qui méritent une étude à part entière.
Initiée dès 1994 par le Koweït via l’AMA (Agence des Musulmans d’Afrique),
elle est aujourd’hui portée par divers pays, dont l’Arabie Saoudite, le
Pakistan (via le Tabligh76) et la Turquie (via TIKA77) pour les Sunnites, et
l’Iran et l’Inde pour les Chiites».

Pour la énième fois, je pose la question aux autorités malgaches : quel type
d’Islam s’active sur Madagascar : celui qui refuse l’éducation aux petites
filles comme le Prix Nobel Malala ? Celui qui impose le voile intégral aux
femmes ? Celui qui a déjà bombardé les Bouddhas géants en Afghanistan et qui
pousse le délire fanatique à vouloir s’en prendre aux pyramides des Pharaons
en Égypte ? Ou celui d’une majorité trop silencieuse, qui aspire à vivre en
paix avec le reste du monde, qui pratique sa religion sans histoires et qui
n’a pas de prosélytisme à revendre ?