11. déc., 2017

Chronique de Vanf : un temps pour tout, même pour mourir

Jean d’Ormesson est mort le même jour que Johnny Halliday. Jean d’Ormesson a eu le malheur de mourir le même jour que Johnny Halliday. Pas besoin d’être grand clerc pour deviner que la disparition d’un homme de lettres n’allait pas soulever la foule surtout si un chanteur immensément populaire venait à accaparer l’agenda médiatique. 

 On peut écrire sur la mort de la féline «Duchesse», mais devoir faire l’impasse sur la fin du canidé «Finot», simplement parce que le temps ne s’y prête pas, que les gens sont occupés ailleurs. Oui, même s’ils habitent Madagascar, cette île du bout du monde.

 Trouver un titre à la Chronique d’hier sur la mort de Johnny Halliday restera comme un de mes pires moments éditoriaux. J’avais mis «Requiem par un fou», mais cela aurait pu tout aussi bien être «Quelque chose en nous» ou «Ça ne finira jamais» ou «Salut Charlie» ou «Il n’a pas oublié de vivre»...

 Nirilanto Ramanamisata (il se reconnaîtra) m’a signalé un court-métrage de quatorze minutes avec Patrick Chesnais. Dans «Mon dernier rôle» (2006), Patrick Chesnais jouant son propre rôle de gars fatigué de vivre, décide de faire enfin parler de lui en se suicidant dans la suite présidentielle d’un palace parisien Le Meurice ; alors qu’il venait de nouer la corde autour de son cou, la télé annonce la mort de Johnny Halliday. Merde, merde, merde. Ses gesticulations finissent par envoyer valdinguer la chaise... Et le suicidaire de tantôt se retrouve subitement à vouloir vivre. Mais, trop tard. Pour espérer faire la Une des journaux, ou même une brève anodine, autant ne pas mourir le même jour que Johnny. 

 Mais, au fait, Johnny Halliday, alias Jean-Philippe Smet, il n’était pas belge ? Oui, mais Non. Un peu belge, beaucoup français, ascendant américain, rayonnement francophone : c’est ainsi, finalement, qu’il nous est venu, jusqu’à Madagascar, leur «Johnny national». 

Son père, belge, serait parti huit mois avant sa naissance. Peut-être, mais qui sommes-nous finalement pour en tirer des conclusions. Seul le principal intéressé devait savoir, la source de tant de mélancolie chantée : «Le seul homme en qui j’aurais cru ; il m’a donné un nom, il m’a donné la vie ; tant pis, si je ne sais pas qui ; je garderai la part du rêve ; il était mon premier secret et je disais qu’il existait ; et j’ai menti tant que j’ai pu, pour ce père que je n’ai pas eu»...