20. mars, 2018

Chronique de Vanf : lâche prise, ma Ville...

Le bordel monstre et la saleté incroyable de la gare routière sur la route digue d’Ankadimbahoaka-Anosizato (il est simplement insultant pour le bûcher funéraire hindou, qui se trouve à quelques centaines de mètres, qu’on accole son nom à ce grouillement immonde). Tous ces «mpanera» qui interpellent les automobilistes à Antsahavola, à Analakely, à Ambatonakanga, pour monnayer des places de parking qu’est censée gérer la société EasyPark. Tous ces stationnements en dépit du moindre bon sens que regardent placidement des policiers d’une circulation dont on se demande s’ils ont le Code et le permis de conduire. Ces maisons qui poussent sans permis de construire ou alors avec le permis d’insulter la beauté tranquille d’un quartier historique. Ces scooters qui se faufilent à gauche et à droite, débouchant de nulle part, remontant une rue à contre-sens, avec la nonchalance d’un chimpanzé dont on sait qu’il est moins intelligent que le bonobo. Ces marchands sauvages (on m’a plusieurs fois fait remarquer que les gentils primates sont innocemment sauvages, mais que s’agissant de certains humains, il convient de parler de barbares) qui squattent les arrêts de bus, occupent les parkings marqués «payant», ou campent devant le portail des villas de la Cité-Jardin de Mahamasina. Ces taxibe qui ont proliféré extraordinairement comme seules savent le faire les mauvaises herbes  : tirant la moralité des autres usagers de la route vers le sous-sol de leur comportement, corrompant le sens des panneaux de signalisation les plus basiques comme «Arrêt» ou «Stop», et puis encombrant la circulation comme ils enlaidissent les instantanés sur notre Ville.  

 Comme je l’écrivais déjà dans une précédente Chronique, «Nous avons clairement mal à notre ville, Antananarivo. Une malédiction capitale. Si Antananarivo n’avait pas été la Capitale, jamais le Rova d’Antananarivo n’aurait été incendié en 1995, ni le palais d’Andafiavaratra brûlé, en 1976 : chaque fois pour de basses manoeuvres politiciennes. Ni la plaine du Betsimitatatra ou les eaux de Laniera remblayées inconsidérément par des promoteurs immobiliers qui résidentialisent à outrance Antananarivo la rendant chaque fois un peu moins habitable. Ni la démographie devenue aussi galopante et exponentielle pour une Ville qui devait rester symbole, littérallement, la-ville-aux-mille-villages/la-ville-au-milieu. Ni des clivages de type ghetto (les deux quartiers des «67 hectares» et de la Cité Ambohipo, cette dernière phagocytée par une cité universitaire devenue hors de contrôle et qui n’a plus d’universitaire que le nom) menacer un développement qui aurait pu continuer de courir sur une erre plus tranquille, à lui propre, pour ainsi dire plus naturelle. Cette «malédiciton capitale» de l’Antananarivo historique empiète désormais sur le Grand Tana proprement des douze collines» («Malédiction capitale, 27.01.2018). 

 Au tout début de la colonisation, en 1896, les chefs militaires avaient recommandé de déplacer la Capitale de Madagascar sur la ville portuaire de Tamatave. Gallieni a choisi de rester à Antananarivo parce que, disait-il, il fallait en imposer aux Merina au coeur même de leur histoire. Le choix de Gallieni l’avait emporté. 

 Si nous avions su quelles seraient les conséquences désastreuses de ce choix, qui flattait apparemment une histoire qui n’était certainement pas une page blanche, comme viendra le reconnaître le général de Gaulle, un certain 22 août 1958, jamais nous n’aurions applaudi. Oui, mais maintenant que tout le monde sait ce qu’est une «malédiction capitale», quelle autre ville s’y suiciderait quand bien même Antananarivo renoncerait ?