2. mai, 2018

Chronique de Vanf : déjà, au-delà de la crise

Au-delà de cette énième crise politique, que certains attisent à dessein pour embraser le pays, il nous faut garder le souci de choses autrement plus importantes. Plus générales. Plus fondamentales. Plus d’avenir. 

 Et, déjà, des questions que nous avions oublié de poser par le passé. Pourquoi devrions-nous être en régime républicain intégral sachant l’attachement, plus que de simple tradition, de mes amis Antemoro, Sakalava-Menabe, voire Antakarana (un peu Sakalava-Boina, n’est-ce pas les copains), à un système plutôt monarchique, voire féodal ? Gallieni avait aboli la monarchie merina, le 28 février 1897 : j’ignore, mais en fait je doute, qu’il ait pu emporter l’adhésion à cette mesure républicaine l’ensemble des «Foko» (mot indonésien : comme «Toko» (clan), comme «Rotaka» (13 mai...). Une réponse alternative au diktat galliénien de la République induirait une autre réponse tout aussi ouverte-iconoclaste pour conjurer le «tabou» du fédéralisme, pourtant envisagé en 1956-1957, avant la Loi-Cadre. 

 «Confiez-moi l’éducation nationale pendant un siècle, et je changerai la face du monde», aurait dit Leibnitz. Les pouvoirs successifs depuis 1991 se rendent-ils comptent qu’ils laissent faire changer la face de Madagascar en laissant sans réponse (je suis définitivement contre la censure qui avait pu valoir aux pages de l’ancien Madagascar Matin le blanco de la révolution socialiste) les énormités, diffamations, appels au lynchage, que peuvent proférer certaines radios privées : je tiens à préciser le distingo avec toutes les autres qui, sans être de la même opinion que la mienne, essaient de s’en tenir à une certaine éthique que je ne qualifie même plus de journalistique, mais de définitivement sociale.  

 Ce n’est pas en appelant à l’humiliation publique des hauts commis, ni au saccage des maisons de notables, ni au pogrom de l’intelligentsia, qu’une cause populaire, quelle qu’elle soit, gagnera en supériorité morale. Saluons d’ailleurs une certaine volonté, à rester dans le cadre strictement constitutionnel, que véhiculent des opposants, qu’on qualifierait de «modérés», avec ce que cet adjectif leur risque de tiédeur, alors qu’ils sont simplement raisonnables et responsables.

 Ne serait-ce que pour l’équilibre mental de la population, dont une certaine frange est abonnée aux «animations» hystériques de certaines radios privées, il faut que les prochains gouvernants fassent au mieux pour ne plus prêter flanc aux accusations de collusion, de mauvaises fréquentations, d’abus de pouvoir, de détournement des deniers publics, de pillage des richesses minières, hydrocarbures, halieutiques, forestières. Épargner à l’État malgache l’infamie d’une humiliation permanente sur la Place du 13 mai, par la faute de crapules au pouvoir : ce sera une oeuvre de salut public.