9. janv., 2019

Chronique de Vanf : deux mille « amis »…

Un tsunami de messages de Bonne Année. Reçus de la part d’amis qu’on côtoie au quotidien. Parvenant d’amis dont seule la géographie nous éloigne. Forwardés par des «amis» épisodiques, pour lesquels les guillemets s’imposent. Partagés globalement par le type d’amis dont seul Facebook sait nous gratifier. Mis en attente parmi les innombrables «invitations par message» : promiscuité inextricable de personnes perdues de vue et d’autres parfaitement inconnues.

Tellement caractéristique de l’époque que nous vivons. Autrefois, de longues lettres et des cartes postales plus comptées en espace nous parvenaient sans que nous ayons eu à prêter anxieusement attention à la moindre notification, visuelle ou sonore, sur un écran de cinq pouces de diagonale. 

Les cartes postales nous arrivaient de loin. Une invite muette à voyager par procuration, accomplissant par l’esprit tout le chemin qu’elle aura eu à parcourir pour nous délivrer des «images de carte postale». Cliché dont la photo n’a jamais été précisée si elle est ou non contractuelle. La carte postale, «a beau mentir qui vient de loin». Mais, tout le monde en aura gardé une, quelque part. Entre deux pages d’un livre. Au fond d’un tiroir. «Capture de temps» d’un moment révolu.

Les cartes postales au long cours peuvent émouvoir par le simple message de leur arrivée à destination. Mais, les cartes postales restées en rade, celles qui ont oublié de partir, ont été choisies par leur destinataire. Je ne me suis ainsi jamais résolu à me séparer de cette série de clichés de Manjakamiadana (Yvan Acker). Du même auteur, dans la collection «Visages de Madagascar», la photo en médaillon de cette jolie jeune fille de Manandriana-Avaradrano. Même sort pour cette reproduction de l’intrigant tableau «Les ambassadeurs» (Hans Holbein, 1533). J’avais acheté, pour me l’envoyer à moi-même, une carte de la collection «citations célèbres» avec ces mots de Jules Renard : «Écrire est une façon de parler sans être interrompu».

La carte postale d’antan suppose un rituel minimal. Elle est construction. Elle est réflexion. Elle est cadeau. D’abord, le choix du thème : véritablement, le medium est déjà le message. La créativité à placer le maximum de mots dans un minimum d’espace. Il n’est pas jusqu’au choix du timbre postal qui peut faire le bonheur de quelque philatéliste. Oblitérer le timbre pour que le cachet fasse foi. De longues semaines pour arriver à bon port, par bateau. Des jours incertains pour attérir à la bonne adresse, par avion. Et l’intervention d’un personnage, le facteur, dont la disparition progressive du métier signe la fin d’une époque.

Et pourtant, on ne s’impatientait guère contre le réseau, ni l’absence de 4G. Les réseaux de cette époque, étaient «horaires». Et les précieuses missives enjambaient les longitudes Est-Ouest-Est, comme elles glissaient d’une latitude Sud-Nord-Sud. Un livre, «Courrier Sud», témoigne d’une légende, celle de l’Aéropostale, associée à des héros de notre culture générale : Mermoz, Saint-Exupéry, Guillaumet... Les correspondances de cette époque sont collectors et les plus augustes signatures s’exposent.

Aujourd’hui, comment collectionner les messages des «réseaux sociaux» ? Les archives sont dématérialisées et migrent progressivement vers le «Cloud». Les réseaux sociaux actuels trop embrassent et mal étreignent. Déjà, comment serait-il envisageable de compter deux mille «amis», avec ou sans guillemets... Facebook me signale que mes publications m’ont valu 60.000 sourires : mais, c’est qui tous ces gens !!!

Et pourtant, ces deux mille parfois inconnus vous noient de «Bonne Année» et de «Meilleurs voeux». Les GIF les plus parlants sont copiés-collés d’un post à l’autre. Mais, dans quelle autre vie aurait-on jamais envie de collectionner des GIF ?