4. juin, 2019

Chronique de Vanf: cadeau de mariage

Qui eût cru que je trouverais matière à disserter sur le mariage. Parce que broder autour de celui auquel j’ai assisté pourrait s’avérer instructif. En moralité d’une histoire particulière à l’usage de tous. 

Le marié, que je pensais connaître, mais qui se reconnaîtra, ne m’avait jamais encombré nos conversations de considérations sur Dieu, sa singularité ou leur pluralité, et déjà son existence. Il aura compris que, comme d’habitude, j’ai évité le culte parce que les réflexions de sagesse qu’on y prodigue, quand elles ne sont pas uniquement éclairées par des enseignements tirés au pied de la lettre de chaque parole des Évangiles, les entendre une fois suffit à les avoir en bagage pour la vie. Nul besoin de ressasser les sempiternels sermons, de radoter les mêmes prêches, de récidiver les homélies d’hier. Encore qu’un pasteur du culte protestant, étant lui-même marié, aurait quelque légitimité à parler du mariage à travers sa propre expérience. Mais, que penser d’un prêtre catholique tenu par son voeu de chasteté et son célibat obligatoire : je conseillerais aux futurs mariés à se tourner vers «Dadarabe», non pas le devin-guérisseur un peu sorcier de service, mais les authentiques grands-parents. Eux sont passés par là, eux savent.

 Quel est «THE» moment d’un mariage ? Je n’étais pas né pour assister au mariage de mes quatre grands-parents, mais je doute qu’à leur époque le gâteau ait pu occuper la place si centrale qu’on lui accorde maintenant. Et que ne faut-il pas entendre d’élucubrations dans la bouche des «mpikabary» modernes autour d’une pièce montée ! Ce serait l’allégorie pyramidale des hauts et des bas dans un couple. Messieurs et Dames (parce qu’il y a encore plus de mpikabary mâles que de mpikabary femelles), c’est juste un gâteau à étages : pas le grand huit d’une lune de miel au Ferrari World de Dubaï, ni un toboggan cosmique, encore moins la fusée jules-vernienne qui propulsera les tourtereaux au septième ciel...

 Pour ce Nirvana paradoxal, plutôt s’inspirer de trois livres que j’ai sous les yeux et dont je partage volontiers les titres : «The Art of the Kama Sutra» (Douglas Mannering) et «Le Kama-Sutra Arabe» (Malek Chebel) voire «Hatha-Yoga» (Selvarajan Yesudian). Sur ce sujet inépuisable, je suppose que ces ouvrages ont connu moult rééditions. D’autres livres existent qu’auront commis de milliers d’autres auteurs. Dans presque toutes les langues du monde : à l’exception notable de la langue malgache dont le vocabulaire conséquent avait été castré par les missionnaires européens des 18ème-19ème siècles effarés de rencontrer Sodome et Gomorrhe dans de simples mots, et des mots simples, des choses de la Vie. 

 Passées les étapes convenues, vient toujours le «ankehitriny, raha hisotro sy hihinana isika», annonçant le moment du repas. Si, dans la langue française, le mot le plus long serait «anticonstitutionnellement», l’un des mots les plus sympathiques est «commensalité». On célèbre vraiment un mariage autour d’un repas. On clôt véritablement l’épisode d’un enterrement par un autre repas commun, fût-ce désormais un cocktail goûter-dînatoire. 

 «Mariazin’ialahy marina leitsy ka dia atao daholo izay tian’ialahy atao» : comme c’était leur mariage à ce couple de joyeux lurons, ils ont décidé d’envoyer une assiette de fruits avant le poisson et la viande. Moins lubie des deux vedettes du jour, finalement, que nouvelle méthode de s’alimenter plus sainement : ne plus manger les fruits après les repas et même consommer les fruits à jeun. Si les mariages pouvaient convertir une centaine de convives à de meilleures habitudes alimentaires, on peut également espérer qu’un jour ils véhiculent des messages d’éducation civique, partagent les bases du vouloir vivre ensemble, ou introduisent les rudiments de la Culture majuscule. 

 Cette fois-ci, il n’en fut encore rien. Juste un aperçu ludique de ce qu’un coach réussit à vous convaincre de faire, malgré les timidités, au-delà des convenances, presque à l’insu de votre plein gré. Team-building...

 Justement, s’agissant d’une famille recomposée, j’ai été touché par le geste de leurs enfants respectifs. Les parents peuvent s’échanger publiquement des mots dont l’assistance connaît le code et saisit les nuances, mais, si la vérité est dans la bouche des enfants, l’amour flottait là, quelque part. Dans le coeur des enfants, et les enfants en choeur.