25. sept., 2020

Vanf Antranonkala

VANF ANTRANONKALA : Sauver Antananarivo de l’anarchie

 

Ordre et propreté. Interdiction des bruits gênants, sanction des puanteurs, rappel à l’ordre contre la gêne et entrave à autrui. La Ville d’Antananarivo actualise son Code Municipal d’Hygiène, après 2013, après 1960. 

Au bout de soixante ans d’anarchie, il était simplement impossible de faire pire. Mais, comme le reconnaît le Maire, «Ce retour à l’ordre ne se fera pas sans difficulté. Il faut changer de vision, de comportement, et surtout de mentalité».

Changement de mentalité. Parce que l’éducation civique a été sacrifiée. Parents, écoles, églises, entreprises, clubs et associations, administrations et institutions, doivent relayer le vrai message : halte à l’anarchie. Patauger dans les ordures de l’incivisme ; respirer les chiottes du sans-gêne ; devenir fou à force de pétarades scooters, klaxons automobiles, vuvuzéla à 120 dB, hurlements évangélistes, karaoké endiablé, carnavals publicitaires, tintamarre des propagandes électorales ; faire de l’hypertension à attendre le bon-vouloir des chauffeurs de taxibe ; risquer un AVC à s’énerver contre un cortège de «famadihana» et de «famorana»... 

En 2020, notre tiers-monde se mesure à la survivance des fosse d’aisance et latrines (art.10) ou des fosses perdues (art.11). Et il faut encore rappeler l’interdiction d’uriner partout ou de jeter des matières fécales, sinon de cracher en tous lieux, pourtant comportement propagateur du Covid (art.31). Ou encore la nécessité de vendre les denrées et aliments sur un étal haut d’au moins 70 cm.

Un Code de bon sens et d’effort de modernité. Article 16 : «interdit de jeter sur les voies, trottoirs, canaux et égouts d’évacuation d’eaux usées, des eaux insalubres, des immondices, boues, ordures ménagères, matières fécales, déchets de cuisine» ; article 56 : «la vente sur les trottoirs et voies publiques est interdite» ; article 68 : «Les voies publiques et leurs dépendances ne doivent pas être utilisées à des fins personnelles, comme garages, brocantes, atelier d’ouvrage métallique, aire de jeux (baby foot, billard), séchage de riz, vente de sable et de gravillons, vente de tout autre matériau de construction, séchage de linge».  

Bruits et tapage sont particulièrement encadrés (art.71 à 86) : bruits gênants sur la voie publique et dans les lieux publics (art.71), karaoké (art.76), bruits en privé qui débordent sur l’espace public (art.78), tapage nocturne (entre 21 heures et 5 heures du matin) et tapage diurne comme les klaxons des automobilistes ou les cris des receveurs de bus et taxibe (art.85). Pour la première fois, les exhumations et les circoncisions ne sont plus tolérées à troubler la tranquillité publique (art.86). 

La mauvaise foi a totalement dévoyé deux articles en particulier. Or, l’article 9 prescrit «badigeonnage et ravalement des immeubles TOUS LES CINQ ANS» : où est le scandale ? Tandis que l’article 79 proscrit le bruit produit par les animaux, «DE MANIÈRE RÉPÉTÉE ET INTEMPESTIVE» : un chien qui couine sans fin, qui hurle sans discontinuer, qui aboie en permanence, a certainement un problème vétérinaire. 

Le principe de l’ordre et de la discipline précède la nomenclature et le barème des amendes. Ne pas polluer l’espace public, ne pas importuner le voisinage : paramètres élémentaires du vouloir vivre ensemble.