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26. mai, 2017

Emmanuel Macron, nouveau président de la République, a pris des engagements de campagne pour l'enseignement français à l'étranger. Notre syndicat doit anticiper les futures réformes en analysant les propositions faites par le candidat d'En Marche  :

Commençons par le diagnostic posé par En Marche :

"La France dispose d’un des réseaux scolaires parmi les plus développés du monde, avec 500 écoles et lycées dans 136 pays qui éduquent 340 000 élèves dont 40% de Français. Cependant, ce réseau a un coût et les frais de scolarité ont augmenté de près de 60% entre 2008 et 2015. Le nombre de Français installés à l’étranger ne cessant d’augmenter (+ 150 000 inscrits en 2016), les places disponibles dans ce réseau manquent cruellement. Partout où cela est possible, d’autres établissements doivent donc ouvrir leurs portes"

Difficile de ne pas y souscrire, l'augmentation des frais de scolarité, bien que plus limitée entre 2012 et 2017 que sur la période antérieure, est inquiétante. Les effets d'éviction de familles qui n'arrivent pas à trouver de places pour scolariser leurs enfants ou qui n'arrivent plus à payer les frais de scolarité en hausse, sont réels. Les personnels sont en règle générale inquiets d'une situation "d'entre deux" où l'Etat manque de moyens publics pour s'engager plus avant dans le financement de l'enseignement français à l'étranger, et s'en remet aux initiatives locales pour favoriser la création d'établissements partenaires, très largement privatisés dans leur fonctionnement et leur financement. Avec l'UNSA Education, nous avons donc toujours interrogé l'absence de vision stratégique d'une agence AEFE placée à la croisée des chemins de son évolution.

Face à cette situation quelles sont les propositions d'En Marche ?

S'en remettre à "de nouvelles possibilités de financement  : les établissements pourront investir en obtenant la garantie de l’Etat sur les fonds qu'ils emprunteront et qu'ils pourront rembourser grâce à l'arrivée de nouveaux élèves attirés par notre système d'enseignement et ses innovations pédagogiques". Définir  de nouveaux "critères d'accès aux bourses", développer  "les établissements labellisés FrancEducation et les associations FLAM".

Ces premiers engagements sont, sur le fond, la poursuite de la politique menée, avec une nouvelle réforme annoncée des critères d'attribution des bourses (après celle de 2013) destinée à rendre probablement plus juste les critères d'attribution, et le développement de dispositifs existants comme FrancEducation et FLAM, qui permettront de poursuivre l'enseignement en français, dans un réseau parallèle à celui de l'AEFE. Le financement des investissements par l'endettement doit être solidement encadrée, au risque de dérives, mais ne nous parait pas devoir être écarté par principe.

Les propositions suivantes interrogent plus nettement :

"Nous développerons et encouragerons l’autonomie de chaque établissement du réseau AEFE pour favoriser l’adaptation aux situations locales. "Accroître la responsabilité des parents d’élèves et des élus consulaires dans la gouvernance des établissements"."Augmenter le nombre d’enseignants recrutés locaux et mieux les accompagner (formation, parcours professionnel, responsabilités pédagogiques et administratives)"Développer une part d’enseignement local (histoire, géographie, culture du pays d’accueil) dans le respect des programmes".

Ces propositions laissent penser que l'autonomie des établissements, déja très importante pour les établissements partenaires et conventionnés, sera encore accentuée. la "gouvernance" des établissements est bien souvent assurée, dans un certain nombre de conventionnés et dans les établissements à gestion directe (EGD), par des personnels de direction et des directeurs financiers sélectionnés par l'agence, sur profil, parmi les personnels titulaires de la fonction publique. Notre syndicat y voit une "sécurité" pour créer un "environnement de travail" fonction publique dans des établissements par nature financés principalement par les droits de scolarité.

 

Cette "mixité de financement", entre des ressources privés et des moyens publics, et cette "gouvernance mixte", entre des comités de gestion et des équipes de direction sélectionnées par l'agence, fonde le  principe "d'équilibre des gestions" qui est au centre de l'ADN de ce réseau.

Le terme d'autonomie, sur un plan étymologique, "qui se donne à soi-même sa propre loi", est ambigüe :

 Aller plus loin dans l'autonomie est-ce privatiser davantage la gouvernance, en privant l'agence de sa capacité à "encadrer" les gestions locales, par le recrutement de personnel expatrié ou résident, ou par des missions d'expertise et conseil dans le réseau AEFE ?

Est-ce créer un réseau à deux vitesses, en laissant  la bride sur le cou à des établissements qui ne manquent déja pas d'autonomie, et "creuser l'écart" avec les établissements en gestion directe, qui sont eux, soumis à une gestion très encadrée ?

Autonomiser est-ce, plus utilement, simplifier les lourdeurs administratives et bureaucratiques quelles soient centrales, à l'agence, ou locales, dans les établissements ?

Développer le recrutement local des enseignants, n'est-ce pas une manière déguisée de porter atteinte au statut d'expatrié et de résident ? Qui irait alors en s'amenuisant dans le réseau.

Est-ce, plus fructueusement, renforcer la formation de tous les personnels, mieux les accompagner dans leurs parcours de carrière, favoriser les mobilités et récompenser les prises de poste dans des pays difficiles ?


Que dire du "développement d'une part d'enseignement local" ?  Que cela peut être potentiellement inquiétant quand aucune référence n'est faite, par exemple, au principe de laïcité dans cette proposition, un principe susceptible de poser des bornes aux approches "culturelles" de l'enseignement des faits religieux.  Qu'il faut cependant y demeurer ouvert, puisque ces enseignements "locaux" sont expérimentés déja dans de nombreux établissements, dès lors qu'ils respectent les programmes nationaux français.

Sans procès d'intention, mais avec le souci de juger sur pièce, notre syndicat restera vigilant face aux projets de réforme qui concerneraient l'enseignement français à l'étranger.

Pour que "ça marche", certes, car nous sommes un syndicat réformiste ouvert au changement, une force "positive", mais que "ça marche dans le bon sens", car des précisions devront être apportées à ces engagements de campagne et certaines des ambigüités levées.

 

Boris Faure

Secrétaire national à l'Europe et à l'International - AetI UNSA

 

17. oct., 2014
17. oct., 2014