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13. sept., 2017

7 septembre 2017 - Éco   //   282 Views   //   N°: 92

Madagascar est 151e sur 186 pays en qualité de l’éducation. On assiste aujourd’hui à une dégradation de plus en plus accentuée de l’enseignement, accompagnée depuis la crise de 2009 d’un faible taux de scolarisation. Jimmy Rabenantenaina, directeur national d’Aide et Action international, nous en dit plus.

Où en est l’éducation à Madagascar ?

On est encore loin des objectifs de millénaire de développement qui ont fixés en matière d’éducation. D’après le rapport de l’Enquête permanente auprès des ménages, à cause de la crise de 2009, le taux de scolarisation est passé de 83 % en 2005 à 73,4 % en 2010. On assiste quand même aujourd’hui à un début d’amélioration de ce taux. Par ailleurs, la régression des taux de réussite aux examens officiels suscitent des critiques. Le taux de réussite en CEPE de cette année est de 58,65 % contre 60 % l’année dernière. De même, pour le BEPC, les résultats ont baissé dans les régions. Le niveau de ces examens a été rehaussé alors que la qualité de l’enseignement est en baisse, surtout dans les institutions publiques.

Pourquoi cette dégringolade ?

Du côté des formateurs, 70 % sont des enseignants FRAM désignés par la communauté et payés par les parents d’élève.

« Il faut un système éducatif adapté à notre réalité. »

Dotés à peine de leur BEPC, ils sont mal formés et n’ont pas les capacités techniques et pédagogiques adéquats pour enseigner. C’est le problème majeur de l’éducation nationale. On parle d’un recrutement annuel de 10 000 enseignants FRAM, pourtant les problèmes persistent et les parents sont parfois dans l’incapacité de les payer. Les grèves perturbent souvent le calendrier scolaire. Ainsi, la précarité de ces enseignants influent sur l’éducation. Les enseignants FRAM non subventionnés gagnent entre 23 000 ariary et 30 000 ariary par mois, cela dépend des localités. Une enquête sur la qualité des services de l’éducation en 2015 indiquent que le taux d’absence des enseignants se traduit par une perte 40 minutes par jour d’enseignement pour les élèves des écoles primaires publiques (EPP) soit 52 jours dans l’année scolaire.

Le bilinguisme malgache-français est-il adapté ?

Les avis sont partagés à ce sujet. La malgachisation est mal vue étant donné qu’il n’y a pas eu assez de préparation et d’accompagnement. Toutefois, l’idéal reste l’enseignement à l’oral et à l’écrit de la langue maternelle pour les 11e et 10e. Pour ceux des zones reculées, ils ne parlent français ni à la maison ni entre eux. Il est donc tout à fait normal de leur expliquer les cours en malgache, d’autant que c’est à cette période qu’il faut amener les enfants à aimer faire des études. Il faut instaurer une certaine zone de confort. Le français peut être introduit à partir de la 9e à condition que les enseignants soient bien formés à cette langue.

En ce qui concerne les infrastructures ?

On assiste encore aujourd’hui à un problème de capacité d’accueil. Par exemple, dans les EPP des zones reculées, il y a en moyenne trois salles. Les élèves ne travaillent qu’une demi-journée.

De plus, les salles sont peu aménagées et ne suivent pas les normes internationales qui requièrent un espace de 56 mètres carrés par salle. Même en zone urbaine, on a de nombreuses écoles privées qui ne suivent pas les normes. Voilà pourquoi l’office national de l’enseignement privé (Onep) compte assainir les écoles insalubres – une vingtaine ont déjà été repérées.

Existe-t-il des initiatives pour palier ces problèmes d’infrastructures ?

Depuis 2007, Aide et Action a mené un projet de construction de 200 écoles dans les zones reculées des régions Diana, Atsimo Andrefana, Anosy, Androy, Menabe et Analamanga, en partenariat avec le ministère de l’Éducation nationale. Il ne s’agissait pas uniquement de construire des écoles mais de responsabiliser la communauté locale notamment les parents et acteurs de l’éducation à ce qu’ils puissent être les maîtres d’ouvrage. Elle s’occupe donc de toute la gestion du fonds allant du choix de l’entreprise de construction au maintien des bâtiments. Il faut que la communauté se sente responsabilisée. Nous étions conscient qu’il fallait travailler avec l’État, pas faire le travail à la place. Nous avons donc continué de collaborer avec le ministère en construisant une trentaine d’écoles aux normes depuis 2016.

On parle de suspendre le CEPE. Pourquoi ?

Là encore les avis divergent. Les gens de la campagne s’arrêtent au CEPE avant d’aller travailler. Il est vrai que dans le domaine professionnel, les recruteurs ne réclament plus ce diplôme. Le budget alloué à cet examen pourrait être reversé à une action pertinente pour améliorer la qualité de l’éducation. C’est en plein débat. Le CEPE se tiendra encore les deux prochaines années.

Existe-t-il une volonté politique de l’État d’améliorer la qualité de l’éducation ?

La volonté est là mais il subsiste des problèmes au niveau du budget. Le ministère de l’Éducation nationale est très budgétivore avec 850,51 milliards d’ariary qui lui ont été dédiés en 2016. Même avec une telle somme, l’éducation n’est pas gratuite à Madagascar. On a du mal par exemple à payer les enseignants FRAM. Il faudrait des actions plus pragmatiques comme d’instaurer des orientations scolaires dans les institutions publiques pour accompagner les élèves dans leur choix de vie. Il faudrait aussi créer des centres spécialisés adaptés au pays, comme un centre sur les métiers liés à l’agriculture, l’environnement, ou encore la transformation des produits locaux. Il faut que Madagascar forme plus de spécialistes que de généralistes.

Parlez-nous du plan sectoriel 2018-2022 sur l’éducation nationale…

C’est la première fois que trois ministères ceux de l’Éducation nationale, de la Formation technique et professionnelle et de l’Enseignement supérieur mettent en commun leur politique pour harmoniser les actions dans un seul but : la refondation de l’éducation fondamentale. Il s’agit d’un plan sectoriel qui rassemble onze défis concernant le préscolaire, l’éducation primaire, la formation technique et professionnelle et l’enseignement supérieur. Au total, 20 % du budget de l’État va être alloué pour l’application de ce plan. Parmi les résolutions, on peut citer l’adoption d’un nouveau calendrier scolaire, le changement de la langue d’apprentissage, la valorisation du métier d’enseignant, le civisme etc. En effet, les problèmes de l’éducation s’accompagnent d’un manque accru de civisme des jeunes d’aujourd’hui.

Quel serait le système éducatif idéal pour Madagascar ?

Il nous faut un système adapté à notre réalité. Nous avons étudié huit zones urbaines et rurales à Madagascar en 2010 dans le cadre d’un projet sur le préscolaire. Nous avons identifié quels seraient le préscolaire adéquat, les infrastructures adaptées, la bonne formation pour les éducateurs, les meilleurs manuels didactiques et aires de jeu. Ces résultats ont été valorisés lors d’un colloque international qu’on a organisé en 2014. Ils servi de base à l’élaboration du plan sectoriel. Il ne suffit pas de construire 2 000 écoles par an, il faut aussi le système éducatif adéquat.

Propos recueillis par #PriscaRananjarison

26. mai, 2017

Emmanuel Macron, nouveau président de la République, a pris des engagements de campagne pour l'enseignement français à l'étranger. Notre syndicat doit anticiper les futures réformes en analysant les propositions faites par le candidat d'En Marche  :

Commençons par le diagnostic posé par En Marche :

"La France dispose d’un des réseaux scolaires parmi les plus développés du monde, avec 500 écoles et lycées dans 136 pays qui éduquent 340 000 élèves dont 40% de Français. Cependant, ce réseau a un coût et les frais de scolarité ont augmenté de près de 60% entre 2008 et 2015. Le nombre de Français installés à l’étranger ne cessant d’augmenter (+ 150 000 inscrits en 2016), les places disponibles dans ce réseau manquent cruellement. Partout où cela est possible, d’autres établissements doivent donc ouvrir leurs portes"

Difficile de ne pas y souscrire, l'augmentation des frais de scolarité, bien que plus limitée entre 2012 et 2017 que sur la période antérieure, est inquiétante. Les effets d'éviction de familles qui n'arrivent pas à trouver de places pour scolariser leurs enfants ou qui n'arrivent plus à payer les frais de scolarité en hausse, sont réels. Les personnels sont en règle générale inquiets d'une situation "d'entre deux" où l'Etat manque de moyens publics pour s'engager plus avant dans le financement de l'enseignement français à l'étranger, et s'en remet aux initiatives locales pour favoriser la création d'établissements partenaires, très largement privatisés dans leur fonctionnement et leur financement. Avec l'UNSA Education, nous avons donc toujours interrogé l'absence de vision stratégique d'une agence AEFE placée à la croisée des chemins de son évolution.

Face à cette situation quelles sont les propositions d'En Marche ?

S'en remettre à "de nouvelles possibilités de financement  : les établissements pourront investir en obtenant la garantie de l’Etat sur les fonds qu'ils emprunteront et qu'ils pourront rembourser grâce à l'arrivée de nouveaux élèves attirés par notre système d'enseignement et ses innovations pédagogiques". Définir  de nouveaux "critères d'accès aux bourses", développer  "les établissements labellisés FrancEducation et les associations FLAM".

Ces premiers engagements sont, sur le fond, la poursuite de la politique menée, avec une nouvelle réforme annoncée des critères d'attribution des bourses (après celle de 2013) destinée à rendre probablement plus juste les critères d'attribution, et le développement de dispositifs existants comme FrancEducation et FLAM, qui permettront de poursuivre l'enseignement en français, dans un réseau parallèle à celui de l'AEFE. Le financement des investissements par l'endettement doit être solidement encadrée, au risque de dérives, mais ne nous parait pas devoir être écarté par principe.

Les propositions suivantes interrogent plus nettement :

"Nous développerons et encouragerons l’autonomie de chaque établissement du réseau AEFE pour favoriser l’adaptation aux situations locales. "Accroître la responsabilité des parents d’élèves et des élus consulaires dans la gouvernance des établissements"."Augmenter le nombre d’enseignants recrutés locaux et mieux les accompagner (formation, parcours professionnel, responsabilités pédagogiques et administratives)"Développer une part d’enseignement local (histoire, géographie, culture du pays d’accueil) dans le respect des programmes".

Ces propositions laissent penser que l'autonomie des établissements, déja très importante pour les établissements partenaires et conventionnés, sera encore accentuée. la "gouvernance" des établissements est bien souvent assurée, dans un certain nombre de conventionnés et dans les établissements à gestion directe (EGD), par des personnels de direction et des directeurs financiers sélectionnés par l'agence, sur profil, parmi les personnels titulaires de la fonction publique. Notre syndicat y voit une "sécurité" pour créer un "environnement de travail" fonction publique dans des établissements par nature financés principalement par les droits de scolarité.

 

Cette "mixité de financement", entre des ressources privés et des moyens publics, et cette "gouvernance mixte", entre des comités de gestion et des équipes de direction sélectionnées par l'agence, fonde le  principe "d'équilibre des gestions" qui est au centre de l'ADN de ce réseau.

Le terme d'autonomie, sur un plan étymologique, "qui se donne à soi-même sa propre loi", est ambigüe :

 Aller plus loin dans l'autonomie est-ce privatiser davantage la gouvernance, en privant l'agence de sa capacité à "encadrer" les gestions locales, par le recrutement de personnel expatrié ou résident, ou par des missions d'expertise et conseil dans le réseau AEFE ?

Est-ce créer un réseau à deux vitesses, en laissant  la bride sur le cou à des établissements qui ne manquent déja pas d'autonomie, et "creuser l'écart" avec les établissements en gestion directe, qui sont eux, soumis à une gestion très encadrée ?

Autonomiser est-ce, plus utilement, simplifier les lourdeurs administratives et bureaucratiques quelles soient centrales, à l'agence, ou locales, dans les établissements ?

Développer le recrutement local des enseignants, n'est-ce pas une manière déguisée de porter atteinte au statut d'expatrié et de résident ? Qui irait alors en s'amenuisant dans le réseau.

Est-ce, plus fructueusement, renforcer la formation de tous les personnels, mieux les accompagner dans leurs parcours de carrière, favoriser les mobilités et récompenser les prises de poste dans des pays difficiles ?


Que dire du "développement d'une part d'enseignement local" ?  Que cela peut être potentiellement inquiétant quand aucune référence n'est faite, par exemple, au principe de laïcité dans cette proposition, un principe susceptible de poser des bornes aux approches "culturelles" de l'enseignement des faits religieux.  Qu'il faut cependant y demeurer ouvert, puisque ces enseignements "locaux" sont expérimentés déja dans de nombreux établissements, dès lors qu'ils respectent les programmes nationaux français.

Sans procès d'intention, mais avec le souci de juger sur pièce, notre syndicat restera vigilant face aux projets de réforme qui concerneraient l'enseignement français à l'étranger.

Pour que "ça marche", certes, car nous sommes un syndicat réformiste ouvert au changement, une force "positive", mais que "ça marche dans le bon sens", car des précisions devront être apportées à ces engagements de campagne et certaines des ambigüités levées.

 

Boris Faure

Secrétaire national à l'Europe et à l'International - AetI UNSA

 

17. oct., 2014
17. oct., 2014