Blog

7. févr., 2018

Lafa, le forum des professionnels de la gestion des aires protégées (AP) terrestres de Madagascar est en place. Il s’agit d’un réseau d’individus qui vise à professionnaliser la gestion des AP terrestres de Madagascar. Le lancement officiel dudit forum a fait l’objet d’une réunion, hier, à l’hôtel Carlton Anosy.

Le forum Lafa regroupe les personnes dont le travail quotidien contribue à la gestion d’une ou de plusieurs aires protégées terrestres. Il est né de plusieurs discussions des acteurs, œuvrant dans le domaine de la biodiversité à Madagascar, et concrétisé avec l’appui du Wildlife Conservation Society (WCS) et l’ONG Fanamby.

Lafa est le nom vermaculaire du palmier endémique de Madagascar « Dypsis decaryi ». Il peut être également l’abréviation d’un message fort que le réseau veut faire passer :

« Loharanon’aina ny faritra arovana an-tanety (les aires protégées terrestres sont source de vie) ». Les besoins de renforcement des compétences,  de valorisation, d’échanges d’information, de reconnaissance et de solidarité entre gestionnaires justifient cette initiative.

« Il existe énormément d’aires protégées à Madagascar mais elles sont très isolées dans les zones rurales et reculées. Dans chaque AP opère une équipe de gestionnaires qui toutefois n’ont pas la possibilité de s’entraider, de communiquer, soit entre eux, soit entre les autorités, les partenaires techniques et financiers », a indiqué Alison Clausen, directeur régional de WCS à Madagascar et l’océan Indien occidental.

« Les gestionnaires d’AP sont passionnés, motivés mais ils leur manque cette possibilité d’avoir le contact et les outils pour mener à bien leur travail. Et en reconnaissance de cette motivation, un groupe de partenaires s’est mis d’accord pour créer ce forum », a-t-elle expliqué.

Les ambitions

Il est un fait où les individus qui travaillent dans les AP viennent souvent des filières écologie, sciences, foresterie… Ils n’ont pas forcément suivi des études de gestion. A ce sujet, Alison Clausen a évoqué que « compléter les compétences scientifiques avec la capacité de bonne gestion (gérer une équipe, gérer un budget, maitriser les procédures administratives et financières …) serait dans ce sens plus qu’un atout (…) On ne peut pas gérer une AP comme une île, il faut la gérer avec la population autour ».

En ce début, Lafa rassemble près de 150 individus mais espère doubler, voire tripler, cet effectif. Dans ses perspectives, Lafa ambitionne de devenir le réseau de personnes compétentes, professionnelles, disposant des informations et des gammes de solutions pratiques, qui s’entraident et qui contribuent à faire des AP terrestres de Madagascar des lieux où la biodiversité et les écosystèmes sont conservés de manière à assurer leur durabilité en harmonie avec les communautés humaines.

Les Nouvelles

Le 01/12/17

Arh.

17. janv., 2018

Bien avant l’arrivée de ce cyclone du Nouvel An, il pleuvotait quotidiennement dès après Noël. Que d’eau, que d’eau. Quoi de plus normal que la cuvette d’Antananarivo soit remplie à ras bord. Mais, sans doute que les autorités qui accordent les permis de remblais dans le Betsimitatatra ne savent pas que la saillie granitique qui porte Manjakamiadana plonge sous la plaine pour remonter plus à l’Ouest. De profil, la plaine du Betsimitatatra se présenterait sous la forme d’une paume et l’eau stagne en son réceptacle. 

 Non que je me réjouisse, mais je profite de chaque épisode pluvieux pour rappeler, et marteler, des vérités physiques auxquelles la Mairie de la Capitale, le Ministère des Villes, l’Aménagement du Territoire, voudraient passer outre. Non, on ne remblaie pas impunément la plaine du Betsimitatatra ! Non, on ne remblaie pas impunément toutes ces anciennes rizières nourricières, depuis le Laniera jusqu’à Fenoarivo !

 Et pourtant, le long de ces nouvelles rocades, que de turpitudes derrière ces clôtures qui ne cachent pas le va-et-vient des camions surchargés d’une terre elle-même indûment prélevée à quelque colline alentour. Sur la RN1, juste après Anosizato, une double anomalie : d’abord l’extrême concentration de quatre stations-services (une Shell, une future Jovenna, une autre Shell, une Galana) sur un kilomètre ; ensuite, les remblais inconsidérés sur lesquels il a bien fallu aménager ces constructions. De nuit (et pourquoi nuitamment ?), la folle ronde des camions qui se croisent et se recroisent entre Anosizato, Fenoarivo, Alakamisy, Ambatomirahavavy, ne semble jamais susciter la curiosité des gendarmes et policiers. Pas plus que ne s’émeuvent les élus et les nommés. 

 J’ai pu lire le témoignage d’une habitante d’Ankorondrano inondée : la personne demande aux autorités d’évacuer l’eau de chez elle... Mais, évacuer où ? On pourrait bien parodier La Fontaine, et renvoyer la Mairie et les Ministères à leur légèreté : «Vous remblayiez tout le ririnina ? J’en suis fort aise. Eh bien ! Écopez maintenant !», mais la population elle-même oublie trop souvent la toponymie ancienne, antique, de ces lieux : AnkorondRANO, AndRANObevava, AndRANOvory, AndRANOmahery, SoaRANO, AndRANOmanalina. Que d’eau, que d’eau, rano, Rano, RANO. 

 Ampefiloha, c’était une digue ancienne. Les noms d’Ankaditoho, Antohomadinika, ou Andavamamba supposent une faune aquatique, donc l’omniprésence de l’eau. Et pourquoi donc aNOSIpatrana, aNOSIzato, aNOSIBE, sinon des îlots sur cette mer intérieure entre Ikopa et Mamba ?

 Encore, les quartiers sommitaux desdites îles sont perchés à une distance raisonnable des pires crues. C’est que les anciens Merina étaient prévoyants, respectueux de la vieille tradition de résidence collinaire. Mais, là où, tous les ans, depuis au moins 1896 et le choix délibéré de l’administration coloniale française d’urbaniser cette plaine inondable, l’eau retrouve inéxorablement son lit, nous l’appelons la «Ville basse» : ce polder inachevé, ce polder impossible, ce polder indésirable, nouvelle malédiction d’un Sisyphe malgache. 

 Alors, à moins de livrer le Betsimitatatra aux remblais, mais alors définitivement et absolument, vider chaque goutte de la cuvette au pied du Rova, bétonner chaque centimètre carré entre les berges de la Mamba et les rives de l’Ikopa, ouvrir un parapluie géant au-dessus d’Antananarivo, je ne vois pas comment la nature ne reprendrait pas régulièrement ses droits. Et les humains de se rendre enfin à la raison.