Blog

10. févr., 2016

 

Cela sert à quoi d’être Directeur Général d’une société qui faillit continuellement à son coeur de métier : fournir de l’électricité en continu et approvisionner en eau potable ? Tout le monde le sait, si le Conseil d’administration de la société ne voit toujours rien, que la Jirama est désormais incapable de faire face à la demande en électricité : soit, il s’agit d’un étiage négatif, et on invoque le déficit d’eau pour faire tourner les turbines hydro-électriques ; soit, il s’agit d’un étiage excessif, et les mêmes turbines se retrouvent noyées sous la boue et les détritus ; soit encore, il s’agit d’un retard d’approvisionnement en fuel alors que le reste du monde investit dans la recherche et le développement des énergies renouvelables. Depuis 48 heures, l’eau au robinet de la Jirama suscite la méfiance : couleur trouble, odeur chimique. Bien entendu, aucun préavis, aucune explication, mais la facture du service non-fait arrivera en temps et en heure, sans déduction ni remise.

 

Les vacanciers le savent : quand ils quitttent la Capitale pour s’évader à Ambila, Manambato, Foulpointe (les trois plages les plus proches d’Antananarivo), il vaut mieux faire provision de bouteilles d’eau minérale : Eau Vive, Sainto, Natur’Eau, VitalO, Cristalline, en attendant le retour de l’Olimpiko du groupe Tiko, en ce qui concerne la production locale. J’ignore comment les habitants de ces localités oubliées par l’infrastructeur étatique font depuis plusieurs générations, mais comment peut-on faire semblant de s’étonner de la recrudescence de la diarrhée si des millions de Malgaches doivent s’en remettre à la santé aléatoire de la nappe phréatique pour leur eau quotidienne ?

 

Dans une étude sur «Les diarhées graves du nourrisson» (Bulletin de l’Académie Malgache, 1975, t.53, 1/2, pp.91-96), voilà donc 40 ans, le professeur Razanamparany et Mme J. Ralison incriminaient les eaux en bouteille comme cause d’infection digestive. Cette remarque ne manque pas d’être surprenante pour nous autres des années 2000, qui consommons en packs l’eau embouteillée... D’ailleurs, à toutes fins utiles, je crois me souvenir d’une thèse en médecine, il y a une vingtaine d’années, à Madagascar, qui signalait l’action bénéfique du Coca-Cola contre les infections digestives.

 

Au Moyen-âge, en Europe, la bière avait prospéré parce que son processus de fabrication en faisait un liquide plus sain que l’eau du puits, ou l’eau des sources. Et les sociétés monastiques en étaient devenues les spécialistes. Les abbayes étaient les maisons d’hôte de cette époque, ce qui contribua également à la publicité du breuvage auprès de la population, le bouche-à-oreille voyageant avec le pèlerin, le commerçant, ou le chevalier. Aujourd’hui, on continue de boire avec délice les Leffe, Rochefort, Achel, Grimbergen, Affligem : soit dit en passant, mais, ce qui me manque le plus de l’Andafy, quand je rentre à Madagascar, outre les librairies, ce sont les bars à bières...

 

Il y a une dizaine d’années, je m’étais plaint de la même mésaventure auprès de l’agence Jirama la plus proche : une eau à la transparence douteuse et au parfum de tuyau galva. Ils eurent la diligence de faire faire une analyse par l’Institut Pasteur dont les mesures confirmèrent la potabilité chimique de l’eau de mon robinet. Mais, le consommateur que je suis aura toujours plus confiance dans une eau limpide à la bonne odeur neutre et au goût indéfinissable auquel son palais est habitué depuis bien avant la nationalisation de l’EEM (Eau et Électricité de Madagascar).

 

Avant qu’existe un ministère de l’Eau, l’eau de mon robinet était paradoxalement plus propre, et je m’en désaltérais sans appréhension. Là, un enième exercice de communication post-mortem laissera un arrière-goût de suspicion désagréable. C’est un ministère de l’Eau à vau-l’eau. On se croirait dans «Manon des sources» de Marcel Pagnol, quand les sceptiques de la science s’en remirent à la prière en procession : je ne brûlerai pas un cierge, mais, rendez-moi, mon eau !