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24. avr., 2020

CHRONIQUE DE VANF : La phytothérapie malgache à la rescousse ?

 

La chloroquine fut inefficace lors de la guerre du Vietnam, l’infection véhiculée par le moustique lui étant devenue rebelle. Le Nord-Vietnam appela alors la Chine à l’aide et, le 23 mai 1967, Mao Tsé-Toung lança le projet de recherches 523 dont Tu Youyou prit la tête en 1969.

La future prix Nobel de Médecine en 2015, appartenait à l’académie chinoise de médecine traditionnelle chinoise depuis 1965. S’inspirant des traités médicaux des dynasties chinoises les plus anciennes, Zhou, Qin et Han, au pouvoir du 12ème siècle avant J.-C. jusqu’au 3ème siècle après J.-C., Tu Youyou réussit à extraire la molécule d’artémisinine en 1971. Le qing-hao-su, connu depuis 3000 ans par les anciens Chinois pour ses vertus antipaludéens, ne sera adopté par l’OMS qu’en 2003, après un un accord entre la Chine et l’Europe l’usage des ACT (thérapies combinées à base d’artémisine) contre le plasmodium falciparum. 

Bien que le paludisme fasse 450.000 morts chaque année, dont 90% en Afrique, l’usage de la phytothérapie à base de l’artémisia se heurte encore au «business de la malaria» :  les médecins formés à l’occidentale parlent de «tisane à la composition incertaine», de «posologie peu faisable» avec 5 litres de thé pour avoir l’équivalent d’un comprimé d’artémisine à 500 mg. Pourtant, l’usage de la tisane en phytothérapie permettrait principalement de rompre le cycle de transmission entre l’homme et le moustique anophèle : l’artémisia détruirait complètement la réserve de parasites dans le corps humain (foie et sang). 

 Dans une étude menée par des scientifiques de l’Institut Pasteur de Madagascar, on pouvait lire cette recommendation : «le taux des échecs thérapeutiques à la chloroquine souligne la nécessité et l’importance d’une évaluation de l’efficacité des antipaludiques, afin de pouvoir développer une politique nationale rationnelle dans la lutte contre le paludisme» (cf. Sensibilité de Plasmodium falciparum dans l’île de Sainte-Marie, côte Est de Madagascar : études in vivo et in vitro, Archives de l’Institut Pasteur de Madagascar, volume 66, numéro 1, année 2000). 

Connue comme antipaludéen, mais plusieurs fois pressentie pour d’autres traitements, la chloroquine revient à la Une de l’actualité surtout quand le Président des États-Unis lui-même se saisit du dossier. Fin janvier 2020, l’intérêt pour la chloroquine a été relancée par les conclusions de trois pharmacologues chinois de Qingdao : Jianjun Gao, Zhenxue Tian et Xu Yang indiquaient l’efficacité de la chloroquine dans le traitement du coronavirus Covid-19. Cette opinion favorable a été confirmée par une autre publication de février 2020 de virologues et pharmacologues chinois de Wuhan, l’épicentre mondial de l’épidémie de coronavirus.  

«Il est absolument indispensable que l’essai de ce médicament soit réalisé avec une rigueur scientifique» réclame Françoise Barré-Sinoussi, prix Nobel de médecine en 2008. À cet effet, analysant la littérature scientifique sur les coronavirus SARS et MERS ainsi que les premières publications sur le SARS-COV2 émanant de la Chine, un essai clinique européen baptisé DISCOVERY, dont l’objectif est d’évaluer les meilleures pistes de traitements expérimentaux contre le Covid-19, a démarré le 22 mars 2020. 

Outre l’Institut Pasteur, Madagascar peut également compter sur les recherches menées au sein de l’IMRA (institut malgache de recherches appliquées) fondé en 1957 par le Pr Rakoto-Ratsimamanga. La liste est longue des phytomédicaments, à base de plantes médicinales (rotra : eugenia jambolana contre le diabète ; fanazava : mystroxylon aethiopicum, diurétique ; vahivoraka : phytolacca-dodecandra, amaigrissant ; voafotsy : aphloia theiformis, immunostimulant ; satrikoazamaratra : siegsbeckia orientalis, cicatrisant ; ambiaty : vernonia apprendiculata, hémostatique). Rien que parmi les anti-paludéens, isolés ou associés, on utilise déjà traditionnellement du tsihanimposa, hasina, sakarivohazo, veromanitra, tsilavindrivotro, menahelika, mandresy, voahirana, retsimilana, ampody, montana... 

Le Rova d’Ambohimanga avait été jadis entouré d’une forêt de plantes et herbes médicinales. Dans les publications successives, les scientifiques surent reconnaître l’utilité de cette pharmacopée vernaculaire : Les plantes utiles de Madagascar (1910), Catalogue alphabétique des noms malgaches de végétaux (1910), Ody et Fanafody (1913), Les plantes médicinales de Madagascar : catalogue des connaissances chimiques et pharmacologiques (1957), Pharmacopée malgache (1961)... 

L’IMRA a développé, en collaboration avec les laboratoires Rhône-Poulenc, le premier antidiabétique d’origine végétale, le Madéglucyl. Auparavant, à partir de Centella asiatica, notre «talapetraka», le Pr. Albert Rakoto-Ratsimamanga avait mis au point une pommade cicatrisante, dont le brevet n° 884M a été déposé par les laboratoires Laroche-Navarron (ex Roche Nicholas) : c’est le Madécassol ®, contre l’ulcère gastro-intestinal et l’ulcère externe.

Maintenant que la phytothérapie a été réhabilitée, maintenant qu’un anti-paludéen se retrouve au coeur d’un débat scientifique international dans le combat contre le coronavirus, maintenant qu’on s’est souvenu d’un savoir-faire ancien, la recherche-et-développement malgache peut faire cadeau au reste du monde d’une toujours possible trouvaille.

 
 
1. avr., 2020

VANF ANTRANONKALA

Dès le 29 janvier 2020, avec l’aide de l’Institut Pasteur de Hong-Kong, l’Institut Pasteur de Madagascar (IPM) était en mesure de détecter le nouveau coronavirus (SARS-CoV-2) : moins d’un mois auparavant, le 31 décembre 2019, la Chine informait l’OMS (Organisation mondiale de la santé) de cas groupés de pneumonies à Wuhan. «Diagnostic moléculaire par amplification génique» : on est sans doute loin de la méthode Gram utilisée en juillet 1921 par Justin Rajaobelina, alors médecin à l’hôpital d’Ankadinandriana, sur la Haute-Ville pour détecter la peste (cf. Paul Radaody-Ralarosy, «À une croisée des chemins : le docteur Gershon Ramisiray (1873-1930) et sa thèse (Paris, 1901) sur les pratiques et croyances médicales des Malgaches», Bulletin de l’Académie Malgache, ns, tome 67/1-2, p.100). Il faut 4 heures à l’IPM, à partir d’un prélèvement respiratoire (rhinopharyngé, nasal, oropharyngé), pour établir son diagnostic. Dire qu’il avait fallu trois décennies aux médecins Georges Girard (directeur de l’Institut Pasteur de Tananarive de 1922 à 1939) et Jean Robic (arrivé à Madagascar en 1926, directeur de l’Institut Pasteur en 1940, quitte Madagascar en 1953) pour mettre au point le vaccin EV contre la peste : le virus fut isolé en 1926, le vaccin pratiqué en 1935 et le nombre de décès chuta de 3600 en 1935 à 500 en 1940.

En 1666, Isaac Newton passe une année en confinement dans sa maison du village de Woolsthorpe à cause de la grande épidémie de peste bubonique qui ravage l’Angleterre : un quart de la population de Londres meurt entre 1665 (la grande peste) et 1666 (l’incendie de Londres). Mais, côté scientifique avec la découverte de la théorie sur la composition chromatique de la couleur ou la loi universelle sur la gravitation, 1666 est considérée comme une «annus mirabilis», l’année des miracles.

Le Dr. Girard avait déjà qualifié l’éradication de la variole comme «le succès le plus marquant de l’oeuvre sanitaire de la France à Madagascar». Après la découverte du vaccin contre la peste, l’Institut Pasteur de Madagascar et son Unité de Virologie, centre national de référence pour la grippe et les virus respiratoires reconnu par l’OMS, peut offrir au reste du monde en confinement une autre découverte de niveau «Prix Nobel».

10. févr., 2016

 

Cela sert à quoi d’être Directeur Général d’une société qui faillit continuellement à son coeur de métier : fournir de l’électricité en continu et approvisionner en eau potable ? Tout le monde le sait, si le Conseil d’administration de la société ne voit toujours rien, que la Jirama est désormais incapable de faire face à la demande en électricité : soit, il s’agit d’un étiage négatif, et on invoque le déficit d’eau pour faire tourner les turbines hydro-électriques ; soit, il s’agit d’un étiage excessif, et les mêmes turbines se retrouvent noyées sous la boue et les détritus ; soit encore, il s’agit d’un retard d’approvisionnement en fuel alors que le reste du monde investit dans la recherche et le développement des énergies renouvelables. Depuis 48 heures, l’eau au robinet de la Jirama suscite la méfiance : couleur trouble, odeur chimique. Bien entendu, aucun préavis, aucune explication, mais la facture du service non-fait arrivera en temps et en heure, sans déduction ni remise.

 

Les vacanciers le savent : quand ils quitttent la Capitale pour s’évader à Ambila, Manambato, Foulpointe (les trois plages les plus proches d’Antananarivo), il vaut mieux faire provision de bouteilles d’eau minérale : Eau Vive, Sainto, Natur’Eau, VitalO, Cristalline, en attendant le retour de l’Olimpiko du groupe Tiko, en ce qui concerne la production locale. J’ignore comment les habitants de ces localités oubliées par l’infrastructeur étatique font depuis plusieurs générations, mais comment peut-on faire semblant de s’étonner de la recrudescence de la diarrhée si des millions de Malgaches doivent s’en remettre à la santé aléatoire de la nappe phréatique pour leur eau quotidienne ?

 

Dans une étude sur «Les diarhées graves du nourrisson» (Bulletin de l’Académie Malgache, 1975, t.53, 1/2, pp.91-96), voilà donc 40 ans, le professeur Razanamparany et Mme J. Ralison incriminaient les eaux en bouteille comme cause d’infection digestive. Cette remarque ne manque pas d’être surprenante pour nous autres des années 2000, qui consommons en packs l’eau embouteillée... D’ailleurs, à toutes fins utiles, je crois me souvenir d’une thèse en médecine, il y a une vingtaine d’années, à Madagascar, qui signalait l’action bénéfique du Coca-Cola contre les infections digestives.

 

Au Moyen-âge, en Europe, la bière avait prospéré parce que son processus de fabrication en faisait un liquide plus sain que l’eau du puits, ou l’eau des sources. Et les sociétés monastiques en étaient devenues les spécialistes. Les abbayes étaient les maisons d’hôte de cette époque, ce qui contribua également à la publicité du breuvage auprès de la population, le bouche-à-oreille voyageant avec le pèlerin, le commerçant, ou le chevalier. Aujourd’hui, on continue de boire avec délice les Leffe, Rochefort, Achel, Grimbergen, Affligem : soit dit en passant, mais, ce qui me manque le plus de l’Andafy, quand je rentre à Madagascar, outre les librairies, ce sont les bars à bières...

 

Il y a une dizaine d’années, je m’étais plaint de la même mésaventure auprès de l’agence Jirama la plus proche : une eau à la transparence douteuse et au parfum de tuyau galva. Ils eurent la diligence de faire faire une analyse par l’Institut Pasteur dont les mesures confirmèrent la potabilité chimique de l’eau de mon robinet. Mais, le consommateur que je suis aura toujours plus confiance dans une eau limpide à la bonne odeur neutre et au goût indéfinissable auquel son palais est habitué depuis bien avant la nationalisation de l’EEM (Eau et Électricité de Madagascar).

 

Avant qu’existe un ministère de l’Eau, l’eau de mon robinet était paradoxalement plus propre, et je m’en désaltérais sans appréhension. Là, un enième exercice de communication post-mortem laissera un arrière-goût de suspicion désagréable. C’est un ministère de l’Eau à vau-l’eau. On se croirait dans «Manon des sources» de Marcel Pagnol, quand les sceptiques de la science s’en remirent à la prière en procession : je ne brûlerai pas un cierge, mais, rendez-moi, mon eau !