9. nov., 2020

CHRONIQUE DE VANF

CHRONIQUE DE VANF : Bond, il était James Bond

 

J’étais donc trop jeune quand la collection Ian Fleming (1908-1964) de mes parents, à force d’être généreusement éparpillée, ne fut jamais restituée. Des films James Bond, je n’ai d’emblée retenu que les invraisemblances et le Sean Connery jeune m’avait moins impressionné que le vénérable vieillard que l’Écossais deviendra par la suite. D’ailleurs, dès ses 34 ans, il confiait aimer «devenir un vieil homme avec une belle tête» : mission «vieux beau» accomplie, jusqu’à sa mort ce samedi 31 octobre 2020, à l’âge de 90 ans.

Grand (1m88), costume impeccable sur chemise immaculée, Sean Connery, premier acteur dans la peau de «Bond, James Bond», a façonné pour l’éternité le canon esthétique de l’espion «au service secret de Sa Majesté», créé par Ian Flemming en 1953. Une élégance parodiée jusqu’à la caricature dans un dessin animé (Spies in Disguise, Les Incognitos), mettant en scène un agent Lance Sterling au smoking imperturbable dans la bagarre. 

Un panache certain et un rien d’élégance, l’amour du luxe mais avec infiniment de classe : le style James Bond devenu indissociable de l’homme Sean Connery, au point de donner à celui-ci envie d’arrêter pour jouer quelques uns d’autres.  

Sean Connery fut général d’une division aéroportée dans «Un pont trop loin» (1977), un des rares films américains qui racontent une bataille perdue par les Alliés contre les Allemands durant la seconde Guerre mondiale. Futur Oscar du meilleur acteur dans un second rôle, il figure en retrait sur l’affiche du film «Les incorruptibles» (1987), derrière Kevin Costner, mais avec Robert de Niro et Andy Garcia. J’ai retenu son rôle de commandant d’un sous-marin dans «À la poursuite d’Octobre Rouge» (1990), pour avoir aimé le roman original de Tom Clancy. Par contre, c’est surtout la présence cinégénique de Catherine Zeta-Jones qu’on note à ses côtés dans «Haute voltige» (1999), au-dessus du vide sous les Petronas Twin Towers de Kuala Lumpur...

Après avoir été «Bond, James Bond» dans cinq films, Sean Connery fit une pause avant de revenir, en 1971, dans «Les diamants sont éternels». Ce titre fait partie du patrimoine mémoriel de James Bond dans la culture populaire (francophone). «Les diamants éternels» sont ceux dont le dictateur Bokassa fit cadeau au président français de l’époque. L’affaire, révélée par Le Canard Enchaîné (10 octobre 1979), est une vieille histoire régulièrement actualisée : «Françafrique : les diamants sont éternels...pas l’amitié» titre Le Soir (22 mars 2018) quand le quotidien belge fit le parallèle entre les cadeaux de Bokassa à VGE et le supposé financement de Sarkozy par Kadhafi ; ou «Les diamants (de Bokassa) sont éternels», qui introduit une étude dans Afrique contemporaine (2013/2, n°246) ; sinon, «Les diamants sont éternels...et Giscard immortel» quand Libération (16 décembre 2003) ironise sur l’entrée de l’ancien Président français à l’Académie française...

L’oeuvre d’Ian Fleming appartient au genre littérature populaire. Pour de l’espionnage plus réaliste, j’ai mieux appris d’autres auteurs britanniques : Graham Greene (Le troisième homme), Ken Follet (L’arme à l’oeil), Frederick Forsyth (Le quatrième protocole), Jack Higgins (L’aigle s’est envolé), sinon l’Américain Robert Ludlum (La mémoire dans la peau). 

La popularité de James Bond a confisqué à son profit un genre qui avait pu compter d’autres héros solitaires. Comme Hubert Bonisseur de la Bath, alias OSS 117, qui, après «Moche coup à Moscou» fit «Dérive sur Tananarive» (1973). C’est pourtant Malko Linge, l’autre libertin frénétique de la littérature populaire qu’aurait pu incarner également Sean Connery : avec ses costumes en alpaga et sa marque de champagne, SAS avait le potentiel pour devenir un branding à part entière comme James Bond, son Aston Martin DB5, son Martini au shaker, sa montre Rolex Submariner référence 6538. 

«Buy another Day», «Die another Day»... Sean Connery avait avoué jouer «Les diamants sont éternels» pour rapporter un million de dollars au Fonds écossais pour l’éducation. Revendiquant son particularisme écossais, le plus emblématique des 007 avait arboré un kilt quand il vint à la cérémonie de son anoblissement par la Reine d’Angleterre. Né d’une mère protestante écossaise et d’un père catholique irlandais, Sean Connery avait fait le choix d’un dernier rôle d’irréductible Écossais. Un «Scotland forever» tatoué sur son corps qui lui vaudra cette épitaphe de la part de Nicola Sturgeon, Premier Ministre de l’Écosse : «C’était une légende internationale, mais d’abord et avant tout un Écossais patriotique et fier».