15. sept., 2015

Travailler, entreprendre, se former à l’étranger 2

Document 2

 

Trois questions à Anne Henry-Werner

Anne Henry-Werner est vice-présidente de la Commission du Commerce extérieur et du développement durable, Emploi et Formation professionnelle (CEDDEF) à l’Assemblée des Français de l’étranger

 

Le budget du ministère des Affaires étrangères et du Développement international (MAEDI), dédié à l’emploi et la formation professionnelle a été supprimé. Quelles sont les conséquences de cette mesure pour les Français de l’étranger ?

 

La sociologie des Français partant à l’étranger change et les motivations d’expatriation également. De plus en plus souvent, celle-ci n’est plus le fait d’une mutation dans le cadre d’une carrière au sein d’une entreprise française mais relève d’une initiative volontaire et personnelle et, par conséquent, sans accompagnement. Ce sont la plupart du temps des jeunes en quête d’une première expérience professionnelle, mais souvent aussi des couples avec de jeunes enfants.

 

Parallèlement, de nombreux Français déjà installés à l’étranger se retrouvent à devoir chercher du travail sur place et les structures locales d’aide à l’emploi ne sont souvent pas en mesure de les accompagner. Pour ce faire, il existe dans de nombreux pays des services d’aide à l’emploi qui sont parfois rattachés aux consulats ou aux chambres de commerce et d’industrie mais qui sont également très souvent des structures associatives. Jusqu’à présent, ces organismes étaient soutenus par le budget dédié à l’emploi et la formation professionnelle. Or, dans le cadre de la réorientation du ministère des Affaires étrangères et du Développement international (MAEDI) sur ses missions principales et des contraintes budgétaires, cette enveloppe budgétaire est supprimée. L’étude des chiffres montre clairement que bon nombre de ces services sont tout à fait capables de s’autofinancer. Mais certains, notamment les initiatives associatives, qui fonctionnent souvent avec peu de moyens, parfois même sur la base d’un quasi bénévolat, risquent fort d’être fragilisées et il y a lieu de s’inquiéter pour leur pérennité.

Or, on constate aussi que plusieurs de ces associations ont vu le jour ces dernières années, ce qui dénote un besoin réel, voire même croissant.

 

Quelles sont les propositions concrètes de l’Assemblée des Français de l’étranger en

ce qui concerne l’emploi et la formation professionnelle ?

 

La Commission Commerce extérieur, Développement durable, Emploi et Formation professionnelle (CEDDEF) a travaillé sur le sujet lors de la session de mars 2015 et a constaté une contradiction entre les besoins que nous observons sur le terrain et la décision de désengagement total du MAEDI sur la question du service public en matière d’aide à l’emploi. Alors même que l’emploi est une priorité gouvernementale, cette décision paraît totalement décalée. Sans pour autant vouloir revenir à l’ancien dispositif et tout en tenant compte de la nécessité d’une gestion plus responsable des fonds publics, la CEDDEF a fait adopter une résolution demandant qu’une étude soit effectuée pour connaître l’ensemble des dispositifs de soutien à l’emploi à l’étranger (subventionnés ou non) et qu’une enveloppe de soutien dédiée soit instaurée, tout en soulignant que des critères clairement définis devront être établis pour éviter certains abus du passé.

 

Quel rôle les conseillers consulaires pourraient-ils jouer en matière d’emploi et de

formation professionnelle ?

 

Les conseillers consulaires sont une courroie de transmission entre la réalité du terrain et l’administration et le gouvernement français. Leur rôle est donc de prendre note des évolutions et des besoins et de les faire remonter en signalant ce qui leur semble inadapté. Un exemple concret : dans le cadre de nos discussions avec l’administration, il nous a été dit que les dossiers pays du site du MAEDI sont très bien constitués et que, complétés maintenant par la page Facebook « Pégase », ils devraient suffire pour préparer un projet professionnel d’expatriation ! En tant qu’élus de proximité, nous ne pouvons pas nous contenter de telles assertions qui ne correspondent pas à la réalité et espérons pouvoir instaurer avec l’administration un dialogue constructif.