28. juil., 2016

Point de vue de JD Chaoui, Président de FDM Madagascar

 Le point de vue de Jean-Daniel Chaoui, Président de Français du Monde Madagascar et Conseiller consulaire

 Jean-Daniel Chaoui est un élu représentant les Français de Madagascar. Il est aussi Conseiller à  l’Assemblée des Français de l’Etranger où il siège, une semaine en mars et une semaine en octobre, lors des deux sessions annuelles à Paris. Nous l’avons rencontré à Tananarive où il réside.

 Midi Madagasikara : Vous venez de faire deux déplacements en Province. Pourquoi ?

Jean-Daniel Chaoui (JDC) : Je suis en effet allé une semaine à Diégo-Suarez du 22 au 29 mai, puis à Majunga du 10 au 19 juin 2016. La communauté Française est, pour moitié à Tananarive, et pour moitié en province. Il y a environ  1300 français inscrits au Consulat à Diégo-Suarez et 1600 à Majunga. Mon mandat d’élu m’impose de m’intéresser  à l’ensemble de la communauté française, donc de me déplacer.

MM : Qu’est-ce que Français du Monde Madagascar ?

JDC : c’est une association d’appui et d’entraide pour les démarches administratives et la vie quotidienne des Français à Madagascar. Nous avons un siège bien organisé à Tananarive avec cinq salariés, il se trouve à Ampandrianomby, où nous recevons le public pour tout type de renseignements (état civil, fiscalité, retraite,  santé, aide sociale, scolarité…) Nous nous appuyons sur un réseau développé nationalement pour le travail en province et le concours d’Annick Raharimanana, Conseillère consulaire résidente à Majunga qui fait un travail apprécié dans cette ville. Les bureaux de l’association à Ampandrianomby sont maintenant très fréquentés car nous avons acquis une expertise de qualité sur les sujets évoqués précédemment.

MM : Quelle est la situation de l’administration de la communauté française en province ?

JDC : La communauté Française à Madagascar est en diminution. Elle est passée de 20 000 personnes à 18 500 en quelques années. Les consulats de province ont progressivement été transformés en Agence consulaire.  L’équilibre entre le Consulat général de Tananarive et les Agences consulaires se stabilise. Ce sera, durant ces prochains mois, un enjeu important pour Diégo-Suarez avec la transformation de la Chancellerie détachée en Agence consulaire en juillet-août 2016. Il serait souhaitable, cependant, que le Consulat général effectue un plus grand nombre de déplacement en province en soutien aux agences consulaires, pour la confection des documents et les visites d’aide sociale. Avec un agent consulaire à plein temps en réception du public, je constate que l’agence consulaire peut jouer son rôle de transmission vers le Consulat général de façon satisfaisante.

MM : Et pour la scolarisation des enfants ?

JDC : La diminution des effectifs contraint à des ajustements dans la gestion des établissements scolaires. Mais aussi bien à Majunga qu’à Diégo-Suarez, les deux établissements font preuve d’un grand dynamisme. Le collège Sadi Carnot de Diégo va construire un restaurant scolaire et un internat dans les deux années qui viennent. Ceci permettra à l’établissement d’accueillir les élèves internes dans d’excellentes conditions. Majunga a déjà construit cet équipement sur son site avec une fréquentation remarquable. Ces deux établissements sont  dans une situation très saine et surtout propose une qualité d’enseignement sans égale dans leur environnement. Le taux de réussite au baccalauréat du Lycée Français de Tananarive a atteint 99.64 % toutes séries confondues (un seul élève de la filière S a échoué).

MM : Quels sont les sujets d’actualité concernant la communauté française à Madagascar ?                  

JDC : Plusieurs points préoccupent mes compatriotes actuellement, mais deux sujets dominent. Le premier concerne l’administration malgache. C’est celui du renouvellement du visa et de la carte de résident à Madagascar, renouvellement imposé à tous les étrangers, donc à la communauté française, afin de passer aux cartes biométriques. Le principe de cette évolution n’est pas en cause, mais les conditions de sa mise en œuvre sont perçues comme excessives voire abusives. En effet, le visa et la carte de résident doivent être renouvelés quelque soit la date de leur échéance, avec les droits et taxes à payer, même si le demandeur vient déjà de s’en acquitter quelques mois auparavant. Ce renouvellement et cette taxation répétée sont légitimement mal ressentis par mes compatriotes. Je suggère que les cartes soient renouvelées au fur et à mesure de leur dates d’échéance ce qui semblerait plus cohérent. J’adresse cette proposition aux autorités malgaches en qualité de Président de l’association «Français du Monde Madagascar».

MM : Et le second sujet ?

JDC : Le second concerne l’administration française. Le transfert du coût de l’externalisation des visas pour la France sur les demandeurs avec l’ouverture de TLS contact à Ankorondrano est mal ressenti. L’outil est remarquable et sa compétence n’est pas en cause. Mais ce transfert représente une augmentation de 41,66% du coût du visa pour le demandeur.  Cette augmentation parait excessive. Ce constat m’a été très souvent témoigné par la communauté française ayant des relations familiales malgaches. Etant favorable à la valorisation du service public, l’arrivée de TLS contact m’interroge naturellement quant à ses conséquences financières. L’évolution du taux d’acceptation et de refus de visas pour la France est aussi un sujet qui me préoccupe. Nous attendons les premières statistiques sur le sujet depuis la mise en place de ce nouveau dispositif.

MM : existe-t-il des recours à ces refus ?

JDC : Oui, mais ils sont d’un faible effet. L’administration revient difficilement sur ses décisions et les commissions de recours peinent à contredire leur administration. Ceci donne une image opaque de la procédure. Je conseille aux demandeurs de bien préparer leur dossier, en amont,  avant de les déposer. Nous avons développé une qualité d’expertise à cet effet à Français du Monde Madagascar,  dans la préparation des dossiers de visa. Mais la décision « in fine » n’est ni de la responsabilité de TLS contact, ni sous une quelconque influence de Français du Monde Madagascar, elle appartient au service des visas du Consulat général.

MM : Vous vouliez aussi aborder le sujet  de la sécurité !

JDC : La sécurité est en effet une préoccupation importante pour la communauté française, particulièrement  à Diégo-Suarez  ainsi que j’ai pu le constater. Dans la capitale, la répétition des enlèvements de Français d’origines «karana » est aussi une grande préoccupation. J’ai écrit le 03 juillet dernier au Secrétaire d’Etat en charge des Français de l’étranger, Monsieur Matthias Fekl, pour lui faire part de mon inquiétude sur ces sujets et lui demander une attention particulière. C’est mon deuxième courrier depuis le début de l’année auprès des autorités gouvernementales françaises sur les questions de sécurité http://www.francaisdumonde-madagascar.com/406242039 . Mais cette préoccupation  est largement partagée par tous les habitants de la grande île.

MM : Allez-vous vous déplacez à nouveau prochainement ?

JDC : Je devais accompagner le sénateur Richard Yung dans la SAVA du 11 au 13 juillet 2016 lors de sa visite à Madagascar, mais le vol d'Air Madagascar du lundi 11 juillet était en "surbooking" et le sénateur et sa délégation n'ont pas été jugés "prioritaires". Nous sommes donc restés dans l'aéroport alors que l'avion décollait et nous sommes revenus en ville.

Je souligne ici l'irresponsabilité d'Air Madagascar en cette occassion, irresponsabilité peu digne d'une compagnie nationale vis-à-vis d'un sénateur français par ailleurs Président du Groupe d'amitié France-Madagascar au Sénat Français.

En Novembre 2016, je prévois un déplacement sur l'axe Sud, Antsirabe, Fianarantsoa, Manakara, Mananjary et Tuléar. J'essai d'aller à la rencontre de la communauté française dans l'ensemble de Madagascar.

Interview réalisé à Tananarive le 22 juillet 2016

Midi Madagascar, le 25juillet 2016