13. janv., 2020

VANF

VANF ANTRANONKALA : Dessine-moi le changement de mentalités

 Le choc des photos, le poids des mots, la liberté du dessin. Street Art, dessine-moi les droits des enfants. Street Art, dessine-moi la dignité de la femme. Des dessins, suffisamment haut en couleurs pour ne pas passer inaperçus, décorent depuis quelques semaines la rue d’Ankadilalana, qui descend ou qui monte selon que l’on parte de Tsimbazaza ou qu’on l’emprunte depuis Mahamasina. 

 Dessine-moi l’instruction. Sortir de la dépendance économique passe par l’instruction : elle permettra à la femme de prendre conscience de ses capacités, d’accéder ensuite à un marché toujours plus qualifié du travail, et d’éduquer dans le même sens «moderne» ses enfants, filles ou garçons : un futur mari violent, c’est un jeune garçon qu’une femme, sa mère, aura oublié de sensibiliser à la dignité de la femme.

 Davantage d’instruction fera également prendre conscience de la perversité de certains adages a priori sympathiques comme «miteraha fito lahy fito vavy» (ayez sept garçons et sept filles) alors qu’il expose dangeureusement notre société du tiers-monde à une explosion démographique en même temps qu’il enferme la femme dans un rôle de «reine des abeilles» ou de poule pondeuse, juste bonne pour les grossesses multiples. 

 Dessine-moi l’éducation. S’il peut sembler trop tard d’instruire pareillement les «Raiamandreny» de la génération précédente, le temps leur est compté avant que ne s’installent dans les mentalités de nouveaux paradigmes contre nombre de pesanteurs sociales : la victime est comme prise en étau entre, d’une part, la honte que pourraient ressentir ses parents si elle s’avisait de faire «misintaka» et, d’autre part, la possible hostilité de ses propres enfants si elle portait plainte contre le père mais époux violent. 

 Ces dessins sur les murs de la Ville portent dans la rue des thématiques trop souvent occultées. À Mahamasina-Est, au pied de la colline qui porte le Rova, un bureau contre les «VSBG» (violences sexuelles et basées sur le genre) a ouvert. Les femmes policières avaient reçu une formation ad hoc. Ici, les lieux sont sécurisés par une présence militaire. Fichtre. 

 Dessine-moi le changement des mentalités. Là, en face, du bureau. À deux pas du «Bazar du Quartier». Que la prévention ne soit plus policière ou militaire, mais dans les têtes.