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4. déc., 2015

La question avaient été posée par les stagiaires de la Fondation Friedrich Ebert si Madagascar était l’Afrique. Il est tout de même surprenant que l’on veuille rattacher à l’Afrique une île qui en est éloignée de 400 kms alors qu’on distingue le Maghreb arabe de l’Afrique subsaharienne malgré le continuum terrestre.

 

Sur le plan géologique, les scientifiques nous ont appris que la terre malgache est un morceau détaché de l’Inde, lors de la grande dérive du Gondwana. Mais, bien entendu, c’était il y a des millions d’années, bien avant l’apparition du genre humain.

 

Riziculture irriguée, culture sur brûlis, place du coq, filiation en ligne maternelle, funérailles double, etc. Parmi les traits culturels nous rattachant à l’aire sud-est asiatique, figure la pirogue à balancier reconnaissable parmi les bas-reliefs du temple de Borodbudur, à Java, en Indonésie. Une double expédition maritime (Ammana Gapa, Sarimanok) avait été organisée, depuis l’Indonésie, pour démontrer la possibilité de voyages à travers l’Océan Indien, à une époque reculée. Comme l’écrivait Vidal de La Blache, «ce n’est pas l’Afrique, mais à l’Asie du Sud que, par l’intermédiaire des moussons, se rattache Madagascar» (Annales de Géographie, année 1902, volume 11, numéro 56, p.173).

 

«Séparée de l’Afrique par les 392 km du canal de Mozambique, Madagascar tourne le dos  au continent africain dont elle ne fait partie en aucune façon, ni par son sol, ni par sa

population», décrétait Olivier Hatzfeld, dans son ouvrage «Madagascar» de la collection Que Sais-Je (n°529, 1952). Et Charles Robequain de renchérir : «les rapports de l’humanité malgache avec l’Est sont particulièrement évidents : peu de temps après que Vasco de Gama eût doublé le cap de Bonne-Espérance, les ressemblances des dialectes parlés à Madagascar avec ceux du monde malais étaient soulignées» («Madagascar et les bases dispersées de l’Union française», PUF, 1958, p.7).

 

C’est justement sur le plan linguistique que Madagascar se rattache le mieux à la rive sud-est asiatique de l’Océan Indien. Entre Madagascar et l’Afrique, l’archipel des Comores parle déjà une langue swahilie, faisant définitivement de Madagascar une exception linguistique si loin des bases malayo-polynésiennes.

 

En 1603, dans son «dictionnaire» (2750 mots), Frederick de Houtman mit côte à côte des mots malais et malgaches. Le prêtre portugais Luis Mariano, voyageant à Madagascar en 1613, évoque une langue malgache très proche du malais. Le premier, qui ait comparé la langue malgache avec une langue indonésienne, est le Hollandais Hadrian Reland en 1708.

 

La première démonstration linguistique de l’appartenance de la langue malgache à la famille des langues autronésiennes a été faite par l’Allemand Wilhelm von Humboldt, dans ses ouvrages parus en 1836 et 1839. Le Norvégien Otto Christian Dahl rapprochera plus précisément le malgache du maanjan, une langue du Sud-Est de Kalimantan (Bornéo), en 1951. Le même auteur, dans un ouvrage de 1991 («Migration from Kalimantan to Madagascar»), présenta ses arguments historiques, culturels et linguistiques, pourquoi, quand et d’où les possibles ancêtres des Malgaches partirent d’Indonésie. Plus récemment, les travaux du Hollandais Karl Adelaar («Malay influence on Malagasy : historical and linguistic interferences», 1989 ; «The Austronesian languages of South East Asia and Madagascar», 2005) étayent encore plus solidement un fait désormais indiscutable.

 

Ne se revendiquant d’aucune situation autre que la conscience d’être «anivon’ny riaka» (au milieu des eaux), les Malgaches ont été progressivement amenés à s’arrimer, sans l’avoir vraiment voulu. L’appartenance à l’ensemble des colonies françaises a entraîné la découverte des Africains occidentaux (AOF) et équatoriens (AEF). L’affiliation à des organisations dites régionales (sportives, économiques, diplomatiques) aura été le résultat d’une extension abusive de ce qui est l’Afrique australe proprement dite aux îles de l’Océan Indien. La conscience de ce que nous sommes à nos propres yeux, il faut sans doute en retrouver le ressort psychologique dans la participation de Siméon Rajaona, à la première conférence UNESCO sur la «culture malaise». C’était à Kuala Lumpur (Malaisie), du 21 au 28 janvier 1972.