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19. juil., 2017
L’impunité montrée du doigt

impunité

Le département d’État américain a publié son rapport annuel sur l’état des droits de l’Homme dans les pays du monde. Concernant Madagascar, le règne de l’impunité est souligné.

Probléma­tique. Tel est le point de vue du département d’État américain sur le niveau d’impunité, à Madagascar. Cette entité a publié son rapport annuel sur la situation des droits de l’Homme et des libertés fondamentales dans les pays du monde, pour l’année 2016.
Selon le document de vingt-sept pages qui traite du respect des droits humains dans la Grande île, « parmi les abus des droits de l’Homme les plus importants, il y a l’incapacité du gouvernement à assurer un État de droit, résultant à la corruption et l’impunité ainsi que des abus venant des forces de l’ordre ». Le résumé analytique du rapport termine sur la note que « le gouvernement punissait ou poursuivait rarement les responsables de ces abus et l’impunité demeure un problème ».
Une nouvelle fois, le rapport du département d’État américain n’est pas tendre envers Madagascar. Des cas d’atteintes aux droits humains tels que les conditions carcérales difficiles, le manque d’indépendance judiciaire, la discrimination sociétale, les violences contre les femmes, ou encore, les abus sur les enfants et les traites de personne ont, encore, été mis en exergue.
Les faits qui ont défrayé la chronique, depuis le dernier semestre de l’année 2016, que sont les vindictes populaires n’a pas échappé aux radars du rapport. « La justice populaire est survenue tant en milieu rural qu’urbain, en grande partie à cause de la criminalité et du manque de confiance du public dans la police et la justice. (…) Les autorités ont parfois arrêté les auteurs mais, la crainte de faire ressurgir la colère a entravé l’efficacité de la poursuite », rapporte le département d’État.


Le document narre, notamment, un cas survenu, à Maroantsetra.

Contrôle


Un éleveur accusé d’avoir participé au lynchage d’un présumé voleur de zébu, avait été relâché pour apaiser une foule en furie qui a réclamé sa libération. En réponse à la prolifération des vindictes popu­laires, les responsables étatiques et judiciaires affirment comme mesure l’assainissement et l’autorité pour reconquérir la confiance de la population. L’intransi­geance dans l’application des lois contre les auteurs de lynchage est, également, martelée par les tenants du pouvoir.


Dans la liste des atteintes aux droits humains énumérées dans son rapport, le département d’État épingle, par ailleurs, « les assassinats arbitraires », et les abus des forces de l’ordre. « Par moments, les autorités civiles ne maintenaient pas de contrôle effectif sur les forces de sécurité », rapportent les lignes du document. Le rapport soulève des cas d’exactions et parle même d’« homicides arbitraires ou extrajudiciaires de suspects criminels », perpétrés durant les missions de lutte contre les voleurs de bovidés.


« Bien que le gouvernement ait promis d’enquêter sur de nombreuses prétendues exécutions de représailles, en 2015, aucun résultat de ces enquêtes n’a été rendu public », soutient le département d’État américain. Pour dénoncer l’usage excessif de la force par les forces de l’ordre dans certaines situations, sur la base d’allégation de crime ou « simplement comme moyens de coercitions », le rapport rappelle le cas de Jean-Pierre Randrianamboarina, ancien meneur de grève estudiantine, en 2015.


« Dans la plupart des cas, les enquêtes annoncées par les officiers des forces de l’ordre ne résultaient pas à des poursuites (…) [ou] il n’y avait pas d’information disponible concernant les sanctions appliquées », affirme le rapport. Questionné sur l’issue de l’enquête ouverte concernant le passage à tabac du meneur de mouvement estudiantin, le général François Rodin Rakoto, commandant de la gendarmerie nationale de l’époque, avait soutenu devant la presse qu’au sein des bérets noirs, les sanctions prononcées ne se révèlent pas au public.

L'Express de Madagascar

Le 17/05/17

Garry Fabrice Ranaivoson

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12. juin, 2017

Grands de ce monde – Le narcissisme, c’est grave docteur

President Trump Marks 100 Days In Office With Rally In Pennsylvania

La scène n’étonne plus ni ses pairs ni les observateurs politiques : le vice-président Mike Pence, le secrétaire à la Défense James Mattis et le secrétaire à la Sécurité intérieure John Kelly s’échinent à arrondir les angles, et à dédramatiser les déclarations et les tweets de leur patron. On n’en citera pour exemple que ses inepties sur l’Europe et l’Otan, qui étaient autant d’incendies à éteindre au plus vite. Un chroniqueur compare Donald Trump, puisque c’est de lui qu’il s’agit, à un pilier de bar texan qui en est à sa dixième chope, et qui éructe contre tout ce qui tombe sous le coup de son inspiration, et qu’il menace de sa géostratégie primaire de fanfaron. John Gartner, un éminent psychiatre qui a longtemps enseigné à l’Université de Baltimore, énonce un diagnostic du Président qui donne froid dans le dos : « C’est un psychopathe narcissique, paranoïaque, détaché de la réalité. Il souffre de graves troubles de la personnalité qui en font un être dangereux pour lui-même, pour les autres, et pour le monde entier  Parmi les symptômes qui inquiètent le plus les psychiatres, car John Gartner n’est pas le seul, figure en très bonne place ce qu’ils appellent le déni de réalité. Quand cette réalité est intolérable pour lui, il la rejette et s’en fabrique une autre. À preuve, ses premiers cent jours qu’il  vient de fêter en Pennsylvanie, loin du marigot de Washington (sic) et du gala des correspondants de presse de la Maison Blanche, ont été dans son esprit extrêmement productifs, alors que tout le monde s’accorde du contraire. Le jour de son entrée en fonction, la foule venue l’acclamer était, se félicitait-il, « la plus importante jamais vue », ce qui  amena un autre psychiatre, spécialiste des personnalités que l’on peut qualifier de dérangées, à ce constat : « Son psychisme est fragile, comme son estime de soi. C’est pourquoi son narcissisme a besoin d’être entretenu par son entourage, qui lui est aussi indispensable que l’oxygène ».


Pas plus tard qu’en février dernier, une pétition appelant à la destitution du Président, recueillit en l’espace de quelques jours la signature de 28 000 médecins et spécialistes des troubles du comportement. Bien avant cela déjà, Judith Herman, professeur à Harvard et deux éminents collègues avaient demandé une évaluation médicale et psychiatrique de celui qui n’était encore que le candidat républicain : « Son instabilité mentale, qui inclut mégalomanie, impulsivité, hyper-réaction à la critique, et une apparente incapacité à faire la part entre le fantasme et la réalité, nous conduit à nous interroger sur sa capacité à assumer les immenses responsabilités de sa fonction ».

Le secrétaire américain à la Sécurité intérieure, John Kelly, est souvent contraint de donner des explications pour rattraper les inepties de Donald Trump à travers ses tweets.

Le secrétaire américain à la Sécurité intérieure, John Kelly, est souvent contraint de donner des explications pour rattraper les inepties de Donald Trump à travers ses tweets.

Neuf critères


L’article 4 du 25è amendement de la Constitution prévoit qu’un Président peut être remplacé s’il n’est pas capable d’assumer ses responsabilités. Selon John Gartner, le Président souffre de « narcissisme malin ou malfaisant », une maladie identifiée dans les années 1960 par le psychologue Erich Fromm. Celui qui en est atteint ne sait gérer ni ses émotions ni sa frustration, et fonctionne sur un mode binaire amour-haine, ami-ennemi, qui nourrit sa dépendance à la flatterie venant en premier lieu du cercle de ses proches. Il existe certes aux États-Unis une « règle Goldwater » qui qualifie d’entorse à l’éthique professionnelle le fait de commenter la santé mentale d’une personnalité qu’on n’a pas examinée, ce à quoi les psychiatres répondent : « Compte tenu de la gravité de la situation, ce sont plutôt ceux qui se taisent qui manquent d’éthique ». L’inquiétude n’épargne d’ailleurs pas certains rangs des républicains, qui ne sont pas plus rassurés que leurs homologues démocrates.


De l’avis de la psychiatre Bandy Lee, « c’est la combinaison de plusieurs facteurs simultanés qui inquiète ». Et de citer les apparitions publiques d’un Président sautant d’un sujet à un autre et obsédé par sa propre personne, ses mensonges, son incapacité avérée à se concentrer, et son refus chronique d’écouter l’avis des autres. Selon l’Association américaine de psychiatrie (APA), cinq des neuf critères suivants suffisent pour poser le diagnostic du « narcissisme malfaisant », une maladie mentale à part entière dont aucun traitement ne peut venir à bout :
– la conviction d’être exceptionnel, avec une tendance marquée à vouloir être reconnu comme supérieur ;
– le fantasme de la toute-puissance ;
– le sentiment d’être spécial, unique, et de ne pouvoir être compris par ses critiques et ses adversaires ;
– le besoin excessif d’être admiré ;
– la conviction d’avoir des droits particuliers ;
– une personnalité abusive ;
– le manque d’empathie, l’incapacité à reconnaître et à comprendre les besoins et les sentiments d’autrui ;
– la conviction d’être jalousé ;
– une attitude arrogante et hautaine.
Le mot de la fin revient au journaliste Michel Onfray, qui esquisse en ces termes ce que sera le mandat de ce Président qui inquiète même les siens : « Ce sera le gouvernement d’un milliardaire pour les milliardaires. Et le petit peuple crédule et tatoué qu’on enfume avec des diversions en fera les frais ».

L'Express de Madagascar
Le 06/05/17

Georges Baudoux
In Les vieux savaient tout

Textes : Tom Andriamanoro
Photos : L’Express de Madagascar – AFP